Opinion
Autodéfense intellectuelle
Mots clés : réforme scolaire, Bernard Landry, Éducation, Québec (province)
Bernard Landry et la coalition «Stoppons la réforme» basent une grande partie de leur argumentation pour recommander un moratoire sur l'application de la réforme scolaire (ou plutôt du renouveau pédagogique) sur la dégradation des résultats des enfants de la réforme dans des enquêtes internationales par rapport à ceux des jeunes d'avant la réforme.
M. Landry et la coalition affirment que les jeunes Québécois sont passés du 6e rang en 2000 au 23e en 2005 en lecture, selon les données du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS). Or c'est faux. En fait, ils sont passés du 11e rang sur 35 pays en 2000 au 18e rang sur 40 pays en 2005.
Il s'agit effectivement d'un recul, mais drôlement moins important que celui dénoncé. Il est en plus ironique de constater que le 6e rang mentionné en 2000 s'applique en fait aux Québécois anglophones. Le 23e rang de 2005 semble s'appliquer lorsqu'on considère les cinq provinces canadiennes comme des pays. En fait, les résultats des jeunes Québécois sont passés de 537 à 532. Cette baisse est inquiétante, mais à peine supérieure à la marge d'erreur.
Ces résultats n'en demeurent pas moins nettement au-dessus de la moyenne (la moyenne des pays est établie à 500) et surpassent de façon significative ceux des jeunes Français (522) et des jeunes Wallons (500), seuls autres élèves francophones parmi ceux qui ont participé à cette enquête. Ces résultats sont toutefois aussi nettement inférieurs, il est vrai et il faut s'en préoccuper, à ceux des jeunes Albertains (560) et des jeunes Ontariens (555).
Il est tout à fait justifié de remettre en question la pertinence de la réforme et de s'inquiéter de la baisse des résultats des jeunes, surtout en mathématiques et en sciences. Cela m'horripile toutefois de constater qu'on manipule les données pour donner plus de poids à ses arguments. Pour trouver ces erreurs, je n'ai fait qu'appliquer les conseils d'autodéfense intellectuelle d'un des promoteurs de la coalition, Normand Baillargeon...

