Autres temps

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Denise Bombardier
Édition du samedi 02 et du dimanche 03 février 2008

Mots clés : liberté, étudiants, McGill, Sexualité, Femme, Montréal, Québec (province)

Réjouissons-nous. On apprenait jeudi l'organisation d'une semaine de sexe et d'amour (sex and love) sur le campus de l'université McGill, prestigieux établissement au rayonnement international. Diverses activités, dont le speed dating, des cours de strip-tease et une soirée fétichiste sont au programme. Des centaines d'étudiants se sont inscrits à cette activité culturelle afin de parfaire leur formation générale. Fait divers? Certes, mais qui nous amène à réfléchir sur la conception et le rôle de l'université aujourd'hui.

Les universités, depuis leur création au Moyen Âge, furent le lieu de préservation des connaissances où des moines s'entouraient d'étudiants dans un contexte de ferveur intellectuelle. Au cours des siècles, non seulement les universités ont permis la transmission des connaissances, mais elles symbolisèrent la liberté et furent craintes et redoutées par les princes.

Dans un passé plus récent, les universités se définissaient comme des lieux de haut savoir et l'on considérait que l'entrée dans ces établissements se méritait. L'élite intellectuelle y accédait comme dans un temple et tous, professeurs et étudiants, s'imposaient des comportements dignes du lieu. Or la démocratisation a transformé radicalement cette conception. Il fallait combattre la discrimination financière et permettre à tous ceux qui le désiraient d'y accéder. Inévitablement cette bataille légitime a dérivé et la définition de la démocratisation s'est étendue.

De nos jours, selon un sondage récent, une majorité de jeunes estime que l'accès à l'université est un droit. Un droit absolu, sans restriction. C'est l'aboutissement logique de la conception antiélitiste. L'université, dans l'esprit de plusieurs, est devenue une sorte de centre commercial où l'on vient consommer des «produits intellectuels». C'est aussi une usine où l'on apprend des techniques avancées, bref, c'est un garage métaphorique où l'on vient «recharger ses batteries» et rendre le moteur plus performant.

En ce sens, le client a pris le pas sur l'étudiant et le vendeur sur le professeur. D'ailleurs, ce dernier a intérêt à trouver lui-même une partie de son financement, et pour cela il se transforme en démarcheur de subventions. Les bons vendeurs en obtiennent beaucoup, quitte à sacrifier une partie de cette liberté si chère aux Anciens et dont plusieurs ont payé sa défense de leur vie.

C'est peu dire qu'on entre à l'université comme dans un moulin de nos jours. C'est peu dire qu'on se comporte dans les salles de cours comme dans sa chambre à coucher. D'ailleurs, on en a la tenue mais, à cet égard, nos villes entières se sont transformées en chambres à coucher et en plage l'été pour ce qui est du look.

L'université n'est plus un lieu de haut savoir, car toute élévation qualitative est abhorrée depuis plusieurs années. Souvenons-nous du sort de la Grande Bibliothèque, rebaptisée après des hauts cris Bibliothèque nationale, encore que «nationale» en fait tiquer quelques-uns, ces derniers préférant le qualificatif de local ou provincial. Ah! Les maux des mots, comme nous l'avons déjà écrit dans cette chronique.

Dans ce contexte de décrispation institutionnelle de l'université, on leurre les étudiants-clients en leur faisant croire qu'un diplôme en vaut un autre, qu'un baccalauréat est égal à tout baccalauréat. Car le haut savoir se déguise désormais pour exister, mais il existe. Les lieux d'excellence se cachent, adoptent des profils bas pour ne pas être dénoncés comme quartiers généraux de l'élitisme.

On ferme les yeux sur des activités étudiantes qui éclaboussent l'institution universitaire et la transforme en Red Light à l'intérieur même de ses murs. Mais ce genre d'événements met en lumière l'esprit qui sévit parmi ceux qu'on appelle encore des universitaires. Le respect de l'institution, le respect des lieux physiques, en l'occurrence le campus, est-ce une attitude à jamais désuète? La valeur symbolique d'une institution comme l'université est-elle irrémédiablement à ranger dans les vieilleries des sociétés «inégalitaires» inspirées du siècle des Lumières?

Il y a des idiots pour prétendre que de telles activités dans l'enceinte même d'une université se justifient au nom de la transparence et du principe de liberté entre adultes consentants. Mais il y a une différence entre un club échangiste, un salon de massage et des locaux universitaires. Ce qui relève de l'offense, non pas aux bonnes moeurs, on l'aura compris, mais au prestige d'une institution et à la dignité du statut d'étudiants, c'est de constater que cette trivialisation provoque des sourires et, dans le meilleur des cas, des haussements d'épaules.

À l'université-supermarché, on ne s'embarrasse pas de protocole, on ne se sent pas dépositaire d'une tradition humaniste, on a peu de respect pour les «produits offerts» et on veut en avoir pour son argent. À l'université-supermarché, on consomme à son rythme, selon ses règles et ses envies. L'université? La rue, la station de métro ou l'établissement, c'est du pareil au même pour certains.

denbombardier@videotron.ca


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