Musique classique - Le barbier et l'iceberg
Mots clés : péra de Montréal, Le Barbier de Séville, Musique classique, Culture, Québec (province), Montréal

Oui, je vous le concède: une symphonie de Miaskovski, ça peut être plate à mourir, et le lot commun des oeuvres orchestrales d'Allan Pettersson est de vous donner envie d'écouter en boucle le disque de Mika pour reprendre goût à la vie. Mais Le Barbier de Séville est un opéra qui peut toucher et enthousiasmer tous les spectateurs, néophytes ou aguerris. C'est d'ailleurs le cas de maints opéras de Rossini, le compositeur qui a connu, dans le dernier quart du XXe siècle, une véritable résurrection. À tel point que Le Barbier, son seul opéra (avec La Cenerentola) qui trouvait grâce aux yeux des programmateurs, est devenu la pointe d'un iceberg qui émerge de plus en plus.
Le ténor a besoin d'aide
Il est bien dommage que l'Opéra de Montréal ne puisse s'offrir un coup d'audace. Le redressement financier de l'institution reste étroitement tributaire du taux de remplissage, d'où la nécessité de programmer des blockbusters, comme Le Barbier de Séville. On a vu, avec la présentation de L'Étoile de Chabrier il y a deux saisons, que l'absolue réussite musicale et théâtrale dans un ouvrage peu connu, même facile d'accès et remarquable, ne suffisait pas à remplir Wilfrid-Pelletier. L'audace ne paie pas. Dommage, car aujourd'hui, en matière de représentations rossiniennes, le monde de l'opéra a élargi le répertoire de manière considérable et des ouvrages comme L'Italienne à Alger ou Le Voyage à Reims sont encore bien plus débridés et amusants que Le Barbier de Séville. Il nous reste le DVD pour les découvrir...
L'histoire du Barbier de Séville est celle d'un noble, le comte Almaviva, qui cherche à séduire la jolie Rosine, dont il est follement épris. Rosine émoustille aussi les sens d'un vieux médecin, Bartolo, qui s'est juré de l'épouser. Évidemment -- c'est comme dans Columbo --, il n'y a pas de suspense: on sait qu'à la fin le bel Almaviva (un ténor, bien sûr) épousera sa flamme et que le vieux barbon (une basse) repartira seul avec son stéthoscope!
Cependant -- comme dans Columbo --, le tout est de savoir comment. C'est là qu'intervient le barbier, et comme on est à Séville au XVIIIe siècle, cet homme nommé Figaro est connu comme «le barbier de Séville». Le Barbier de Séville est donc un opéra où un baryton aide un ténor à conquérir une soprano (qui est en fait une mezzo-soprano). Cela nous fait une variante par rapport au trio habituel, avec ténor séducteur triomphant et baryton cocu.
Si vous assistez à l'une des représentations, vous aurez tout loisir de vous plonger dans les péripéties complexes aboutissant à ce que l'Opéra de Montréal a si bien appelé «le triomphe de l'amour librement consenti». Tous les ingrédients y sont: des travestissements, un balcon, une échelle qui disparaît. C'est drôle et mené de main de maître par Rossini.
Le renouveau du chant
Sur le papier, l'Opéra de Montréal a eu bien raison de miser sur des talents en début de carrière, qui ont tout à fait le profil de l'emploi. Julie Boulianne, ex-pensionnaire de l'Atelier de l'Opéra de Montréal et primée au Concours musical international de Montréal en mai dernier, incarnera Rosine, séduite par Frédéric Antoun, la grande révélation québécoise de ces trois dernières années.
Ce «ténor à tout faire» avait véritablement lancé sa carrière, ici même, dans L'Étoile de Chabrier. Figaro sera joué par Aaron St. Clair Nicholson, un baryton-acteur que l'on a entendu fort à son aise dans Don Giovanni. Le rôle de Bartolo sera tenu par Donato di Stefano, une «basse-bouffe» italienne.
L'emploi d'une «basse-bouffe» (une voix grave dans un rôle comique) est une des caractéristiques de la configuration des opéras rossiniens. Ces rôles demandent une vraie agilité de la part de chanteurs que leur voix grave expose en général à des lignes vocales plus longues
et tranquilles.
Tant qu'il n'y avait au répertoire que Le Barbier de Séville, chanté en général par des cocottes qui rajoutaient des fioritures, l'art rossinien était quasiment perdu. C'est de Pesaro, la ville du compositeur, qu'ont émergé, depuis les années 80, lors d'un festival, de nouvelles oeuvres, des partitions et une nouvelle vague de chanteurs. Totalement inconnu avant sa présentation à Pesaro en 1984, Le Voyage à Reims est devenu aujourd'hui un ouvrage populaire, régulièrement programmé.
Et de grands chanteurs ont pris la suite de Marilyn Horne, de Lucia Valentini-Terrani et de Teresa Berganza, ou des ténors rossiniens du renouveau, tels Chris Merritt, Rockwell Blake ou William Matteuzzi. La star absolue du moment est le ténor péruvien Juan Diego Florez. Du côté féminin, après le règne de Jennifer Larmore et l'incursion dans ce répertoire de Cecilia Bartoli, la mezzo-soprano en vogue est Joyce DiDonato, que le Palais Montcalm de Québec accueillera bientôt.
Pour rendre justice au vrai Rossini, le soin porté à l'articulation, à la vocalité et à la virtuosité doit être absolu. C'est dans ces conditions que le plus connu de tous les compositeurs de la première moitié du XIXe siècle retrouve peu à peu sa place au firmament des génies de la musique.
Collaborateur du Devoir
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LE BARBIER DE SÉVILLE
Avec Frédéric Antoun (Almaviva), Aaron St. Clair Nicholson (Figaro), Julie Boulianne (Rosine), Donato di Stefano (Bartolo), Stephen Morscheck (Basilio), Orchestre symphonique de Montréal, Jacques Lacombe. Mise en scène: Alain Gauthier. Décors et costumes: Robert Prévost. À la salle Wilfrid-Pelletier les 2, 6, 9, 11 et 14 février à 20h. Le 16 février à 14h.
- Le Barbier en DVD. De nombreuses productions recommandables, dont celles du Theatro Real de Madrid, avec Juan Diego Florez (Decca), de l'Opéra des Pays-Bas, mise en scène par Dario Fo et dirigée par Alberto Zedda, et de l'Opéra de Paris, avec Joyce DiDonato et une mise en scène de Coline Serreau.
On espère une édition DVD de la représentation du Metropolitan Opera diffusée dans les cinémas en 2007, d'autant qu'elle réunissait Florez et DiDonato.
- Le «renouveau Rossini». Découvrez La Gazetta revue par Dario Fo, La Pietra del Paragone mise en scène par Pier Luigi Pizzi ou Le Voyage à Reims dans la représentation du Théâtre du Châtelet. Ces trois opéras ont été édités en DVD par Opus Arte.V
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