L'AQOCI est insatisfaite - L'approche adoptée pour l'aide au développement est de nature trop économique
Mots clés : AQOCI, Aide à l'étranger, Québec (province)
Il est « honteux » que le niveau d'aide du Canada se maintienne autour de 0,3 % de son PNB

Photo: Jacques Nadeau
D'abord, le président de l'AQOCI, Brian Barton, tient à préciser que la Déclaration de Paris n'est pas une mauvaise chose en soi. «Nous critiquons certains points, mais il n'en demeure pas moins que la Déclaration de Paris est un pas en avant. L'efficacité de l'aide est très importante et certains principes du document vont dans la bonne voie. Par exemple, laisser plus de place aux gouvernements des pays du Sud dans les efforts de développement est une bonne chose.»
Par contre, l'efficacité de l'aide publique au développement dans la Déclaration de Paris est vue avec une approche très économiste, selon M. Barton, encore trop proche des controversés plans d'ajustement structurel élaborés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. «Ces plans, imposés dans les années 80 et 90, qui comprenaient généralement une réduction des dépenses publiques, une augmentation de la privatisation et la libéralisation commerciale, ont accru les inégalités entre les riches et les pauvres», déplore-t-il.
La société civile éclipsée
Le plus grand problème avec cette «approche trop technocrate» de la Déclaration de Paris, selon l'AQOCI et les nombreux syndicats et organismes québécois qui l'appuient dans cette lutte, c'est qu'aucun rôle n'a été donné à la société civile dans les efforts de développement.
«Pourtant, il est très important de travailler à renforcer la société civile des pays du Sud pour assurer qu'une certaine pression est faite sur les dirigeants pour qu'ils adoptent des principes de bonne gouvernance», explique M. Barton.
D'après l'AQOCI et ses 61 organisations membres, les différents groupes et associations de la société civile des pays du Sud amènent également plusieurs idées et approches intéressantes en matière de développement en raison de leur grande connaissance du terrain et des populations marginalisées.
De plus, certains domaines d'intervention risquent d'être délaissés par certains gouvernements des pays du Sud. «Par exemple, les organismes d'ici qui travaillent avec des partenaires sur le terrain poussent beaucoup les questions d'égalité entre les hommes et les femmes. C'est une question fondamentale, mais pour les gouvernements, ce n'est pas toujours une priorité. Ainsi, en privilégiant l'aide qui passe directement d'un gouvernement à un autre, nous craignons que certaines populations vulnérables soient pénalisées», soutient le président de l'AQOCI.
Faire changer les choses
L'AQOCI et ses partenaires ne sont pas les seuls à avoir manifesté leur mécontentement quant à cette non-reconnaissance de la société civile comme acteur majeur de développement. Tellement qu'à la suite des nombreuses critiques qui ont fusé au lendemain de l'adoption de la Déclaration de Paris, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis sur pied le Groupe consultatif sur l'efficacité de l'aide et la société civile. C'est le Canada qui assume la présidence de ce comité, qui réunit quelques pays et ONG du Nord et du Sud. D'ailleurs, le groupe se rencontrera cette semaine à Ottawa pour s'entendre sur des conclusions qui seront présentées à la conférence d'Accra, au Ghana, en septembre prochain.
«Lors de cette réunion, on discutera de l'application du plan d'action sur l'efficacité de l'aide. Déjà, nous souhaitons que l'idée du rôle de la société civile soit incluse dans les actions concrètes à mener. Toutefois, ce n'est qu'en 2010, lors de la conférence d'évaluation, qu'il sera possible d'intégrer officiellement dans la Déclaration de Paris le rôle de la société civile comme acteur clé du développement. D'ici là, nous comptons travailler fort pour y arriver avec l'appui de plusieurs pays», affirme Brian Barton.
Un niveau d'aide trop bas
Enfin, on a bien beau travailler sur l'efficacité de l'aide publique au développement, encore faut-il que les ressources allouées par les pays du Nord se maintiennent à un niveau raisonnable. Or, dans ce domaine, la fiche du Canada est loin d'être reluisante.
«Le niveau d'aide du Canada se maintient autour de 0,3 % de son PNB. C'est honteux!», s'exclame M. Barton.
En effet, déjà, en 1969, la commission Pearson avait demandé un nouvel objectif d'aide publique au développement, soit 0,7 % du PNB. Cela n'a jamais été atteint ici, contrairement à plusieurs pays d'Europe, notamment les pays scandinaves. Or, le Canada ainsi que les autres pays riches donateurs se sont engagés à porter à 0,7 % de leur PNB leur niveau de contribution à l'aide au développement lors du Sommet du Millénaire de l'ONU. Et le Canada n'est pas le seul à aller dans la mauvaise direction. Un récent rapport de l'ONU indique qu'il n'y a pas eu d'augmentation significative de l'aide au développement depuis 2004 et que l'aide officielle totale a baissé de 5,1 % en termes réels entre 2005 et 2006.
«Et on ne peut pas dire que le gouvernement conservateur fait quelque chose pour améliorer la situation, soutient M. Barton. En juin 2005, la Chambre des communes a adopté une résolution qui invitait le gouvernement à proposer un échéancier pour se conformer à la cible fixée à 0,7 % du PNB d'ici 2015. Le gouvernement de Harper n'a pris aucun engagement, et ce, même si Ottawa nage dans les surplus budgétaires. Avec un peu de volonté, il serait facile d'y arriver. On dirait que la question de l'aide au développement a disparu de la carte au gouvernement et que tout l'espace est occupé par la présence des soldats en Afghanistan. Malheureusement, avec Harper, le militaire a pris tellement d'envergure que beaucoup de dollars y sont destinés au détriment de l'aide au développement.»
Collaboratrice du Devoir
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