Washington prête main-forte à Ottawa

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 01 février 2008

Mots clés : Afghanistan, Allemagne, France, Forces armées, Canada (Pays), États-Unis (pays)

Les États-Unis enjoignent à la France et à l'Allemagne d'aider le Canada dans le Sud afghan

Ottawa -- Les États-Unis ont mis tout leur poids aux côtés du Canada dans sa bataille diplomatique visant à convaincre un autre pays de venir prêter main-forte aux soldats canadiens à Kandahar. Hier, Washington a lancé des messages sans équivoque à la France et à l'Allemagne, leur enjoignant d'en faire plus pour soutenir le Canada dans le Sud afghan.

À Berlin, le ministre allemand de la Défense, Franz Josef Jung, a reçu de son homologue américain, Robert Gates, une lettre au ton «inhabituellement rude», selon les sources du journal Süddeutsche Zeitung. Cette missive d'une page et demie demanderait à l'Allemagne de contribuer aux efforts des États-Unis, du Canada et de la Grande-Bretagne dans le sud de l'Afghanistan, la région la plus instable du pays.

Le Pentagone voudrait notamment que Berlin envoie 3200 soldats dans le sud pour remplacer, dès cet automne, les 3200 marines que Washington va déployer sur une base temporaire entre mars et septembre pour donner un coup de main dans les provinces de Kandahar et de Helmand. Les États-Unis ont déjà signifié que cette force n'est pas permanente et qu'ils n'ont pas l'intention, pour l'instant, d'aider à plus long terme le Canada à Kandahar.

Dans sa lettre envoyée à Berlin, Robert Gates demanderait «la mise à la disposition [par l'Allemagne] d'hélicoptères et de troupes de combat», selon le journal. Ottawa cherche d'ailleurs à obtenir des hélicoptères pour aider ses militaires sur le terrain.

Le secrétaire américain à la Défense reconnaîtrait le mérite de la «prestation allemande dans le nord de l'Afghanistan» mais se plaint d'un déséquilibre au sein des forces de l'OTAN. Certains pays refusent de s'engager dans des combats, alors que d'autres combattent les talibans et al-Qaïda, a soutenu Robert Gates dans sa lettre. Ce dernier demande donc à l'Allemagne d'ajouter des soldats à sa force actuelle de 3100 militaires et met en garde Berlin contre le risque de «divisions accrues» au sein de l'OTAN et d'une «perte de crédibilité», toujours selon l'édition d'aujourd'hui du journal Süddeutsche Zeitung.

Et la France...

Parallèlement à cette démarche franche et directe, Washington a aussi fait pression sur la France hier. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, était de passage dans la capitale américaine pour rencontrer Robert Gates. En conférence de presse, les deux hommes ont esquivé les questions sur le rôle futur de la France en Afghanistan, mais un porte-parole du département d'État, Sean McCormack, a indiqué que les États-Unis souhaitent que la France envoie des renforts aux troupes canadiennes déployées dans le sud de l'Afghanistan. Le Pentagone a réitéré à la France que les pays européens doivent en faire plus.

La France a donné une nouvelle impulsion à sa mission afghane depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Paris met actuellement à l'oeuvre 1300 militaires à Kaboul, en plus de contribuer à la formation de l'armée afghane.

À Ottawa, plusieurs sources affirment que la France constitue un espoir sérieux -- avec Washington et Londres -- pour venir en aide au Canada à Kandahar. À l'ambassade de France au Canada, on affirme d'ailleurs que le rapport Manley est «scruté à la loupe à Paris».

Les deux capitales sont en pourparlers depuis plusieurs mois sur une aide possible, a affirmé au Devoir Jean-Christophe Fleury, porte-parole de l'ambassade. «D'ici le sommet de l'OTAN, à Bucarest, les discussions vont s'intensifier», dit-il. Pour montrer qu'elle n'est pas insensible aux problèmes du Canada à Kandahar, la France a envoyé six avions de chasse Mirage pour appuyer les soldats canadiens. Les avions sont déployés depuis septembre. «On est un allié de confiance, alors c'est normal qu'on se tourne vers nous», dit Jean-Christophe Fleury. Il précise que la France est en réflexion sur son rôle en Afghanistan.

Par contre, même si la France ne ferme pas la porte aux demandes canadiennes, il ne faut pas croire que l'aide est déjà acquise, précise M. Fleury. «La France est déjà déployée dans plusieurs théâtres d'opération à travers le monde. Quand on demande à un pays d'en faire plus, il faut tenir compte de sa capacité globale. Il faut voir l'effort mondial.» En effet, Paris a plus de 10 000 soldats répartis dans 11 missions. La France a notamment 2000 hommes et femmes au Kosovo, 2400 en Côte d'Ivoire, 1500 au Liban, 1100 au Tchad, 1300 à Kaboul et bientôt 2100 au Darfour. La France estime qu'elle fait largement sa part sur la planète.

Stephen Harper devrait d'ailleurs parler à son homologue français dans les prochains jours, peut-être même dès aujourd'hui, concernant la mission en Afghanistan. Hier, le premier ministre a poursuivi son offensive diplomatique en téléphonant au leader britannique, Gordon Brown. Il lui a répété la même chose qu'à George W. Bush la veille, c'est-à-dire que son gouvernement appuie la principale recommandation du rapport Manley: un retrait des troupes canadiennes en 2009 si aucun pays ne vient donner un coup de main à Kandahar.

Les démarches canadiennes sont suivies avec intérêt au quartier général de l'OTAN à Bruxelles, où un départ précipité du Canada ferait mal à la coalition internationale. Un porte-parole de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, James Appathurai, a soutenu mercredi que l'organisme prend les demandes canadiennes au sérieux. L'OTAN «va jouer son rôle» pour aider le Canada à trouver du renfort, a dit M. Appathurai. «L'OTAN veut avoir plus de capacité de combat, plus d'hélicoptères, plus de drones et va continuer à travailler avec les alliés pour les trouver», a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a dit qu'il souhaitait que le Canada s'entende d'abord à l'interne avant de placer ses demandes. «Attendons de voir le débat au Parlement et ensuite nous verrons comment nous pouvons établir des ponts» entre les pays, a-t-il affirmé.

Mais une telle entente est-elle possible entre les partis politiques canadiens? Rien n'est moins sûr. Même si le chef libéral Stéphane Dion affirme être prêt à rencontrer Stephen Harper pour en discuter, il a réitéré hier que la position libérale n'avait pas changé: il souhaite la fin des combats à Kandahar en février 2009, comme prévu.

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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press


Vos réactions


@ M. Trudel, piqué au vif - par Gilles Bousquet
Le samedi 02 février 2008 13:00

@ mes détracteurs : Charbonneau et Bousquet - par Fernand Trudel
Le samedi 02 février 2008 09:00

@ Fernand Trudel s'en-va-t'en-guerre défendre les bons - par Gilles Bousquet
Le vendredi 01 février 2008 15:00

De l'OTAN à l'ONU - par Raymond Saint-Arnaud
Le vendredi 01 février 2008 14:00

Enfin! M. Fernand Trudel a localisé Ben Laden! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le vendredi 01 février 2008 14:00

Il était temps. - par Simon Poirier
Le vendredi 01 février 2008 13:00

Enfin un pas dans la bonne direction - par Fernand Trudel
Le vendredi 01 février 2008 09:00

L'OTAN... - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 01 février 2008 09:00

Ils n'en demandaient pas tant - par Gilles Bousquet
Le vendredi 01 février 2008 07:00

Tout de même - par Gabriel RACLE
Le vendredi 01 février 2008 07:00

Est-ce une nouvelle? - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le vendredi 01 février 2008 01:00

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