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Cela existe au Québec depuis trente ans!

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Pierre-Yves Pau
Envoyé Le jeudi 31 janvier 2008 10:00



Au Québec, cela fait trente ans que ce genre de 'ségrégation' existe; sous une autre forme, mais cela revient au même : cela s'appelle la loi 101. Elle oblige les enfants d'immigrants, même de langue anglaise, à aller à l'école francophone. Au temps des colonies, on aurait simplement appelé cela de l'intégration forcée.

On le justifie en argumentant que le français disparaitrait au Québec si tous les immigrants pouvaient envoyer leurs enfants à l'école de leur choix, et on leur explique gentiment que si ils ne sont pas content ils peuvent toujours aller ailleurs. Pourtant, le discours d'un Jacques Noël démontre bien quel genre de préjugés racistes on peut cautionner derrière ce vertueux prétexte.

À priori j'ai moi aussi un scrupule concernant le concept d'une 'école ethnique'. En particulier, mettre des jeunes dans le même sac parce qu'ils ont des origines africaines, quand on connait la diversité de la communauté noire, c'est un peu naïf. Mais soyons clairs : il s'agit avant tout d'un établissement centré sur les besoins particuliers de la communauté antillaise. Ensuite, dans les grands centres d'immigration comme Toronto, on a affaire à une dynamique particulière : on a beau tenter de mélanger les groupes, lorsque ces groupes sont de dimensions comparables ils ne se mélangent plus, et au contraire se divisent selon des critères ethniques et culturels.

C'est le phénomène de la bande: les stéréotypes se renforcent au lieu de s'atténuer. De la même façon, dans une école mixte les stéréotypes sexuels sont également exacerbés entre garçons et filles.

J'ai donc de fortes réserves au sujet de cette décision, mais j'admet qu'il puisse s'agir d'une expérience à tenter, quand on connais les problèmes d'intégration des immigrés antillais. Disons qu'en plus des systèmes 'public-anglo', 'catho-anglo', 'public-franco' et 'catho-franco' il faudra maintenant tenir compte d'un système 'public-afro'.

Au final, cela revient à se poser la question de savoir qui a le droit de revendiquer une culture et une identité distincte au Canada, et à savoir jusqu'à quel point on peut occulter la contribution des victimes de l'esclavage à la construction de la nation.

Cela revient aussi à se demander quels sont les moyens légitimes pour préserver ces cultures et ces identités, c'est-à-dire à se poser la question du multiculturalisme, qui malgré ses défauts et les ajustements constants qu'il requiert a tout de même permis de faire du Canada un des pays les plus étonnamment pacifiques et tolérants de la planète. Ce n`est pas rien, et cette initiative en est la preuve.

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