Deuxième baisse en huit jours pour la Fed
Mots clés : Réserve fédérale américaine, Économie, États-Unis (pays)
La banque centrale n'écarte pas la possibilité de réduire à nouveau les taux d'intérêt
La Réserve fédérale américaine a repris hier son combat contre la menace d'une récession aux États-Unis là où elle l'avait laissé la semaine dernière, en abaissant de nouveau les taux d'intérêt d'un demi-point de pourcentage. La banque centrale n'a pas écarté la possibilité de récidiver avec d'autres baisses, alors que les signes d'un ralentissement économique marqué se multiplient dans le pays.On voyait mal, en effet, comment elle aurait pu faire autrement, une semaine seulement après avoir jugé la situation économique américaine tellement grave et urgente qu'elle n'avait pas attendu à sa réunion de cette semaine pour frapper un grand coup avec une première réduction du loyer de l'argent de trois quarts de point de pourcentage mardi dernier.
Prise à neuf voix contre une, la décision du Comité de politique de la Fed (FOMC) d'hier porte ainsi le total des baisses à 1,25 point en seulement huit jours. Elle constituait la cinquième baisse consécutive depuis l'éclatement de la crise des subprimes au mois d'août. Avant cela, la Fed avait au contraire plutôt cherché à resserrer les conditions monétaires et avait relevé son taux directeur petit à petit jusqu'à 5,25 %. Seule voix dissidente au sein du FOMC, le président de la Réserve fédérale à Dallas, Richard Fisher, aurait préféré cette fois qu'on laisse inchangé le loyer de l'argent.
«Les marchés financiers restent soumis à des tensions considérables et le crédit a continué de se resserrer pour certains ménages et certaines entreprises, a répété l'institution présidée par Ben Bernanke dans son traditionnel communiqué laconique. De plus, les dernières informations indiquent une aggravation de la situation dans le secteur immobilier et un affaiblissement du marché de l'emploi.»
Censée se préoccuper au premier chef du niveau de l'inflation, la Fed n'y voit guère de danger pour le moment. Il est vrai qu'à 2,7 %, l'inflation de base s'est maintenue au dernier trimestre bien au-dessus de sa cible non officielle de 2 %. La banque centrale a dit toutefois s'attendre à ce que les prix et les salaires redescendent au cours des prochains trimestres.
Elle s'est aussi dite confiante que ses deux baisses de taux d'intérêt en deux semaines produisent leur effet sur l'économie et contribuent à une croissance modérée à long terme. «La croissance continue néanmoins de faire face à des risques à la baisse», a prévenu la Réserve fédérale.
La plupart des analystes y ont vu une indication que d'autres baisses des taux d'intérêt sont probablement à venir. «L'ampleur des baisses des taux d'intérêt déjà effectuées par la Fed est considérable, mais le travail n'est pas terminé, a par exemple commenté Francis Généreux, économiste senior au Mouvement Desjardins. Nous prévoyons que l'assouplissement monétaire se poursuivra, la Fed cherchant à éviter à tout prix une récession. Le taux cible des fonds fédéraux pourrait se rendre à 2,25 % à la mi-année.»
Mauvaises nouvelles
Les mauvaises nouvelles ont continué de s'accumuler hier aux États-Unis. Le département du Commerce a révélé que l'activité économique a brutalement décéléré au quatrième et dernier trimestre de l'année en affichant un taux de croissance annualisé d'à peine 0,6 %.
Ce chiffre est encore pire que ce à quoi s'attendaient la plupart des experts, qui tablaient sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,2 % en rythme annuel. Il marque une nette rupture avec le trimestre précédent, qui avait affiché une croissance annualisée de 4,9 %. Au total, l'année 2007 aura connu une croissance de 2,2 % , soit le plus faible taux enregistré en cinq ans. À titre de comparaison, l'économie américaine avait crû de 2,9 % en 2006 et de 3,1 % en 2005.
Les malheurs du secteur immobilier ont encore une fois été l'une des principales sources du problème. L'investissement résidentiel a reculé de 23,9 % au quatrième trimestre, du jamais vu depuis 1981. Les entreprises ont aussi réduit considérablement leurs stocks dans l'anticipation du ralentissement économique. Ce dernier phénomène n'est toutefois pas nécessairement une mauvaise chose, ont noté les experts, dans la mesure où ces stocks ne peuvent plus désormais descendre plus bas.
La publication de nouveaux chiffres sur l'emploi a été le seul rayon de soleil hier. Selon une enquête du cabinet privé ADP, le secteur privé aurait procédé à 140 000 embauches aux États-Unis en janvier. Ces chiffres n'ont pas la même valeur que les statistiques officielles sur le chômage qui doivent être publiées demain. Ils suggèrent cependant que l'économie américaine pourrait avoir gagné au moins 100 000 nouveaux emplois en janvier, ce qui serait une belle amélioration par rapport au misérable total de 18 000 emplois enregistré en décembre.
La Bourse broie du noir et le huard s'envole
La décision de la Fed, hier, a d'abord semblé plaire aux investisseurs de Wall Street avant de les replonger dans leurs idées noires. Les principaux indices de la Bourse de New York avaient commencé la journée en baisse d'environ 0,5 % à la suite du dévoilement des statistiques sur la croissance américaine au quatrième trimestre. Ils ont grimpé en flèche dans les minutes qui ont suivi l'annonce de la banque centrale en milieu d'après-midi, mais ils sont retombés à leur point de départ en fin de séance, après l'annonce, par une chaîne de télévision, de la décote de deux organismes financiers, AMBAC Financial et MBIA, garantissant la dette émise par les collectivités locales.
Le Dow Jones a finalement clôturé en baisse de 37,47 points (-0,3 %) par rapport à la veille, à 12 442,83 points. Le Standard & Poor's 500 a perdu quant à lui 6,49 points (-0,48 %), à 1355,81 points, alors que le Nasdaq a cédé 9,06 points (-0,38 %), à 2349 points. La nouvelle baisse des taux d'intérêt américains a augmenté l'écart qui les sépare de ceux en vigueur au Canada, rendant par le fait même le dollar canadien plus attrayant pour les investisseurs étrangers. Le huard a ainsi gagné hier 0,63 ¢US en clôturant, à 100,68 ¢US, pour la première fois en trois semaines au-dessus de la barre de la parité avec le billet vert.
Un président confiant
Le président américain, George Bush, s'est employé hier à remonter un peu le moral de ces concitoyens. Plus tôt cette semaine, la Maison-Blanche et la majorité démocrate au Congrès ont convenu d'un compromis sur son plan de relance fait de baisses d'impôt pour les entreprises et les particuliers totalisant environ 160 milliards. Le Congrès travaillerait également sur un projet de loi visant à augmenter les fonds alloués aux prestations d'assurance chômage, aux coupons alimentaires ainsi qu'à d'autres programmes gouvernementaux.
«J'espère que vous avez confiance dans notre économie, a déclaré hier George Bush lors d'une visite dans une entreprise de la Californie. Moi, j'ai confiance. Nous avons des problèmes à régler à court terme, mais, à long terme, vous devez avoir confiance dans notre économie.»
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Avec l'Agence France-Presse
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