Médicaments en vente libre: prudence

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Pauline Gravel
Édition du mercredi 30 janvier 2008

Mots clés : Centre antipoison du Québec, Décès, Médicament, Québec (province)

Le dépassement de la posologie peut être mortel

Une fois de plus, les médicaments en vente libre font parler d'eux. Cette fois, ils sont montrés du doigt par la coroner Me Andrée Kronström pour expliquer le décès, à l'âge de 49 ans, d'Yvan Houle, qui avait été retrouvé sans vie dans son appartement de Québec le 1er mars 2007.

À la suite de son investigation visant à éclaircir les causes et les circonstances de ce mystérieux décès, la coroner a conclu que M. Houle avait succombé à une intoxication médicamenteuse consécutive à une consommation de doses excessives de décongestionnants et d'expectorants qu'on peut se procurer sans ordonnance. Cette conclusion a conduit la coroner à recommander haut et fort de plus nombreuses et visibles campagnes destinées à rappeler à la population l'importance de respecter scrupuleusement la posologie prescrite sur les emballages des médicaments disponibles sur les tablettes des pharmacies.

Dans le rapport de la coroner Me Andrée Kronström qui a été rendu public hier matin, les résultats des analyses toxicologiques effectuées sur la dépouille de M. Houle ont révélé la présence de trois médicaments: un expectorant du nom de Guaifénésine à une concentration thérapeutique dans le sang ainsi qu'à l'état de traces dans l'estomac, et deux autres composés retrouvés dans divers décongestionnants. D'une part, près de 250 mg de pseudo-éphédrine/éphédrine dans le contenu gastrique «alors qu'un comprimé de 120 mg est généralement recommandé pour une durée de 12 heures», précise la coroner en entrevue. Et d'autre part, environ 10 mg de Dextrométorphan dans l'estomac. Ces concentrations ne semblent pas énormes, mais il faut se rappeler qu'elles ont probablement été mesurées quelques jours après le décès de M. Houle car au moment de sa découverte, le corps était rigide et les dernières apparitions de M. Houle à l'extérieur remontaient à près d'une semaine. Pendant ce temps, les médicaments ont pu continuer à être éliminés, explique Me Kronström.

«Si les pathologistes ont retrouvé de telles concentrations dans le sang et l'estomac, cela veut dire qu'au moment du décès, elles étaient probablement plus élevées», ajoute le Dr Sophie Gosselin, urgentologue à l'hôpital Royal Victoria et toxicologue pour le Centre antipoison du Québec.

Pour ces raisons, la coroner en est donc venu à affirmer que «M. Houle aurait pris une quantité supra-thérapeutique de médicaments qu'il pouvait se procurer à la pharmacie sans aucune prescription». «Selon moi, écrit-elle, il s'agit d'un accident thérapeutique. M. Houle voulant se soulager de symptômes grippaux aurait forcé la dose de ces médicaments [décongestionnant et expectorant]. M. Houle n'avait probablement pas bien compris les dangers auxquels il s'exposait s'il ne respectait pas la posologie.»

La pseudo-éphédrine/éphédrine retrouvée dans le sang et l'estomac de M. Houle accélère le rythme cardiaque, elle a pu induire une arythmie maligne susceptible de provoquer le décès car M. Houle souffrait peut-être de problèmes cardiaques à son insu, avance le Dr Gosselin. «La dose prescrite sur les médicaments en vente libre est thérapeutique pour la population en général, mais elle peut s'avérer excessive pour un individu qui a d'autres problèmes de santé», prévient-elle.

Prudence avec les médicaments en vente libre

«Le problème est que les personnes sont nombreuses à penser que les médicaments en vente libre ne sont pas dangereux. Souvent, ces produits, comme le Tylenol Sinus, les contraceptifs oraux, les multivitamines ou les suppléments naturels ne sont pas considérés comme des médicaments. Chacun de ces médicaments vendus sans ordonnance est sécuritaire en autant qu'on le consomme seul. Mais quand on en absorbe plus que ce qui est recommandé sur la bouteille, ou encore en combinaison avec d'autres produits, cela devient problématique», fait remarquer le Dr Gosselin, qui conseille au public de ne pas hésiter à s'adresser au pharmacien pour évaluer les interactions médicamenteuses possibles.

Les gens ont souvent des attentes démesurées vis-à-vis de ces médicaments qu'ils croient capables d'enrayer tous les symptômes rapidement. Pourtant, sur les contenants, seul un soulagement est annoncé. «Il y a une tendance à la surconsommation de ces médicaments pour se débarrasser immédiatement d'une mauvaise grippe car les gens n'ont plus le temps d'être malades. Or, ce n'est pas le but de ces remèdes en vente libre», dit-elle.

«Avec ces médicaments en vente libre, il y a une tendance à s'auto-traiter et à ajuster soi-même les doses en fonction de ce que l'on croit bon pour soi, en fonction de ce que l'entourage nous recommande, ou en fonction de ce qu'on peut apprendre sur des sites Internet -- plus ou moins fiables -- au sujet des substances présentes dans ces médicaments. Les doses d'acétaminophène dans le Tylenol Sinus, par exemple, sont inférieures aux doses thérapeutiques pour un adulte, mais elles sont accompagnées d'une dose thérapeutique d'antihistaminique et d'une dose thérapeutique de décongestionnant. Néanmoins, il ne faut pas s'aventurer à augmenter la dose d'acétaminophène pour autant», poursuit le Dr Gosselin.

Avec les médicaments en vente libre, il y a aussi le danger qu'on en achète souvent plusieurs et qu'on les combine. Il faut toutefois se méfier des interactions qu'auront ces médicaments entre eux ainsi qu'avec les autres médicaments qui peuvent être prescrits par ailleurs à un individu qui les consomme de façon régulière, ajoute l'urgentologue.

Ces expectorants et décongestionnants vendus sans ordonnance ne soulagent que temporairement certains symptômes associés au rhume ou la grippe, rappelle le médecin. Le virus à l'origine de l'infection, quant à lui, sévira pendant sept à dix jours, pas moins grâce à ces médicaments. «Même si le repos demeure le meilleur traitement, ces médicaments peuvent néanmoins alléger les symptômes de congestion nasale, qui induisent une forte pression au niveau des sinus et de puissants maux de tête, quand il est impossible à la personne malade de prendre congé de son travail. Mais leur effet thérapeutique est limité, ils rendent les symptômes plus tolérables mais ils n'accélèrent pas la guérison. Et pour cette raison, ce n'est pas indiqué de les consommer de façon régulière pendant plusieurs jours», insiste le Dr Gosselin, avant d'ajouter que si les symptômes ne s'estompent pas après quelques jours de traitement, il serait préférable de consulter un médecin, comme cela est clairement inscrit sur les emballages de ces médicaments.

La coroner Me Kronström spécifie bien que les recommandations qu'elle formule dans son rapport ne visent pas à informer le public du danger que représentent ces produits mais plutôt à souligner l'importance de suivre la posologie prescrite. Car celle-ci est loin d'être respectée. À ce sujet, le Dr Gosselin fait part d'une étude récente indiquant qu'environ 7000 enfants de moins de 12 ans sont amenés à l'urgence chaque année à la suite d'une consommation inappropriée ou excessive de médicaments contre la toux ou la congestion des sinus.


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