¡Cuba! au Musée des beaux-arts - L'histoire abracadabrante de photos emblématiques

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Isabelle Paré
Édition du mercredi 30 janvier 2008

Mots clés : Musée des beaux-arts de Montréal, ¡Cuba!, Art, Musée, Cuba (pays), Montréal

Le célèbre portrait du Che, intitulé Guerillero héroïque, pris par Alberto Korda en 1960, fait partie des nombreux clichés du même auteur et d'autres photographes qui sont réunis dans le cadre de l'exposition ¡Cuba! Art et histoire de 1868 à aujourd'hui, inaugurée hier à Montréal. (Collection Diana Díaz avec l'aimable concours de la Couturier Gallery, Los Angeles © Succession Korda / SODRAC 2008). Photo: Alberto Korda

Plusieurs de leurs clichés ont fait le tour du monde, devenus des emblèmes de la révolution cubaine, et puis de la révolution tout court. Notamment, ce portrait iconique du Che, par Alberto Korda, arborant un regard sombre sous son béret noir, la photo la plus diffusée du dernier siècle. Or, derrière ces photos se cachent des histoires humaines inouïes. Celles de photographes qui n'ont récolté que les miettes de l'immense succès qu'ont connu leurs clichés mythiques, dont plusieurs sont exposés depuis hier au Musée des beaux-arts de Montréal, dans le cadre de l'exposition ¡Cuba!.

«L'intérêt pour nos photos ne s'est développé qu'il y a 15 ans. Nous avons peu commercialisé notre travail. Mon père a donné des milliers de photos signées de sa propre main que l'on vend aujourd'hui. Alors que moi, je n'en ai même pas une. C'est la vie!», a commenté, sans nostalgie, Roberto Salas, interviewé hier par Le Devoir, lors de son passage à Montréal dans la foulée de l'inauguration de l'exposition ¡Cuba!.

Roberto Salas est l'un des rares célèbres photographes cubains de la révolution qui soient encore vivants. Avec son père, Oswaldo Salas, et notamment Alberto Korda, il a immortalisé sur pellicule les toutes premières images de Fidel Castro, Che Guevara et d'autres figures emblématiques qui ont été aux premières loges de la révolution de 1959.

Or, depuis la fin des années 1970, plusieurs de leurs photographies sont sorties de l'ombre, recevant même une diffusion sans précédent qui a échappé à leurs propres auteurs.

C'est le cas notamment d'Alberto Korda, un photographe phare de la révolution -- devenu ensuite photographe personnel de Fidel Castro -- à qui l'on doit la célèbre photo du Che, croqué en 1960 à La Havane, lors du rassemblement où avaient convergé plus d'un million de personnes, dans la foulée d'un attentat meurtrier attribué à la CIA.

Restée dans les classeurs du journal Revolución parce qu'on lui avait préféré une photo de Sartre et de Beauvoir, la photo du Che n'est devenue célèbre que le jour de la mort de celui-ci, en 1967. Elle connaît alors une diffusion sans précédent, reproduite par millions sur des affiches par un éditeur italien. La célèbre affiche devient ensuite une véritable icône des années 1970, figurant dans les chambres d'étudiants et dans tous les locaux d'organismes se réclamant de la gauche.

«Ce n'est qu'autour de 1980 qu'on a découvert qui était l'auteur de cette photo, qui était d'ailleurs fort heureux qu'elle soit connue de tous. Mais il n'a jamais reçu de droits sur cette oeuvre», a expliqué hier au Devoir Darrel Couturier, un spécialiste de l'art cubain qui gère aujourd'hui l'oeuvre de Korda pour sa succession et a organisé, en 1997, la toute première exposition jamais consacrée à ce photographe en Amérique.

Ironiquement, ce n'est que lorsque la compagnie Smirnoff a décidé d'utiliser son célèbre portrait du Che pour vanter sa vodka que Korda, outré dans son âme de révolutionnaire, décida d'entreprendre des démarches légales pour faire valoir ses droits. Idem lorsque la compagnie suisse Swatch, surfant sur l'immense vague de popularité du cliché du Che, la reproduisit sur les cadrans de ses fameuses montres en plastique. À la toute fin de la vie de Korda, la cour britannique lui donna raison et il versa à un hôpital pour enfants les 50 000 $ pour dommages accordés par le tribunal.

Dépassé par l'ampleur du phénomène, Korda, mort à Paris en 2001, ne put ensuite réussir à contrecarrer l'usage non autorisé de son oeuvre. «Aujourd'hui, sa fille continue la lutte pour faire valoir ses droits, mais c'est très difficile», soutient M. Couturier, qui affirme que la photo continue d'être imprimée sur à peu près tout ce qui est imaginable, du vêtement à l'objet de consommation.

Selon M. Couturier, qui représente plusieurs artistes cubains contemporains, l'exposition montréalaise, qui est «la plus ambitieuse sur l'art cubain jamais tenue», permettra de mieux faire connaître plusieurs artistes et photographes méconnus. «Cela changera la perception des gens sur cette île, où le haut niveau d'éducation a permis la naissance d'un art d'une grandeur inouïe», dit-il.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com