¡Cuba! au Musée des beaux-arts - L'histoire abracadabrante de photos emblématiques
Mots clés : Musée des beaux-arts de Montréal, ¡Cuba!, Art, Musée, Cuba (pays), Montréal

Roberto Salas est l'un des rares célèbres photographes cubains de la révolution qui soient encore vivants. Avec son père, Oswaldo Salas, et notamment Alberto Korda, il a immortalisé sur pellicule les toutes premières images de Fidel Castro, Che Guevara et d'autres figures emblématiques qui ont été aux premières loges de la révolution de 1959.
Or, depuis la fin des années 1970, plusieurs de leurs photographies sont sorties de l'ombre, recevant même une diffusion sans précédent qui a échappé à leurs propres auteurs.
C'est le cas notamment d'Alberto Korda, un photographe phare de la révolution -- devenu ensuite photographe personnel de Fidel Castro -- à qui l'on doit la célèbre photo du Che, croqué en 1960 à La Havane, lors du rassemblement où avaient convergé plus d'un million de personnes, dans la foulée d'un attentat meurtrier attribué à la CIA.
Restée dans les classeurs du journal Revolución parce qu'on lui avait préféré une photo de Sartre et de Beauvoir, la photo du Che n'est devenue célèbre que le jour de la mort de celui-ci, en 1967. Elle connaît alors une diffusion sans précédent, reproduite par millions sur des affiches par un éditeur italien. La célèbre affiche devient ensuite une véritable icône des années 1970, figurant dans les chambres d'étudiants et dans tous les locaux d'organismes se réclamant de la gauche.
«Ce n'est qu'autour de 1980 qu'on a découvert qui était l'auteur de cette photo, qui était d'ailleurs fort heureux qu'elle soit connue de tous. Mais il n'a jamais reçu de droits sur cette oeuvre», a expliqué hier au Devoir Darrel Couturier, un spécialiste de l'art cubain qui gère aujourd'hui l'oeuvre de Korda pour sa succession et a organisé, en 1997, la toute première exposition jamais consacrée à ce photographe en Amérique.
Ironiquement, ce n'est que lorsque la compagnie Smirnoff a décidé d'utiliser son célèbre portrait du Che pour vanter sa vodka que Korda, outré dans son âme de révolutionnaire, décida d'entreprendre des démarches légales pour faire valoir ses droits. Idem lorsque la compagnie suisse Swatch, surfant sur l'immense vague de popularité du cliché du Che, la reproduisit sur les cadrans de ses fameuses montres en plastique. À la toute fin de la vie de Korda, la cour britannique lui donna raison et il versa à un hôpital pour enfants les 50 000 $ pour dommages accordés par le tribunal.
Dépassé par l'ampleur du phénomène, Korda, mort à Paris en 2001, ne put ensuite réussir à contrecarrer l'usage non autorisé de son oeuvre. «Aujourd'hui, sa fille continue la lutte pour faire valoir ses droits, mais c'est très difficile», soutient M. Couturier, qui affirme que la photo continue d'être imprimée sur à peu près tout ce qui est imaginable, du vêtement à l'objet de consommation.
Selon M. Couturier, qui représente plusieurs artistes cubains contemporains, l'exposition montréalaise, qui est «la plus ambitieuse sur l'art cubain jamais tenue», permettra de mieux faire connaître plusieurs artistes et photographes méconnus. «Cela changera la perception des gens sur cette île, où le haut niveau d'éducation a permis la naissance d'un art d'une grandeur inouïe», dit-il.
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

