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Dangereuse unanimité
Il est étonnant que d'anciens chefs de cabinet tiennent de tels propos au sujet de l'éthique et de la moralité en l'associant avec autant de désinvolture au secret et à la loi du silence. À ce que je sache, nous vivons dans un état de droit où la règle de droit prédomine.
Les confidences du chef de l'exécutif ont-elles prééminences sur la règle de droit même si elles révèlent des actes illégaux ? Nous serions alors soumis à l'arbitraire du premier cercle du pouvoir pour qui taire les gestes illégaux commis par le chef du gouvernement est une question de simple loyauté, pas une question de droit!
Cette vision du pouvoir, nous en dit long sur la vision que ces éminences grises entretiennent au sujet de l'administration des affaires de la nation. Ce serait une affaire privée entre initiés à laquelle le commun des mortels n'aurait pas accès, loyauté oblige. Curieuse vision de l'état !
Ces révélations peuvent paraître anodines à premières vues, pourtant elles sont, au contraire, d'une extrême gravité, puisqu'elles nous autorisent à sérieusement douter de l'intégrité de nos gouvernants. Elles nous donnent à penser que, même si nos premiers ministres agissent illégalement, leur premier cercle les protège. Nos gouvernants auraient donc le droit de tricher, de mentir, de voler en toute impunité et de partager des informations privilégiées auxquelles seuls quelques initiés auraient accès.
En décrétant unanimement une règle mur à mur de la loyauté et du silence qui ne souffre d'aucune exception, Mario Bertrand, Martine Tremblay, Marcel Côté et Jean-Claude Rivest nous autorisent à douter de leur bonne foi et à questionner leurs actions alors qu'ils étaient en charge des affaires de l'État.
L'attitude de Norman Spector est beaucoup plus éthique, digne et morale que celle de ses collègues qui le dénoncent aujourd'hui. À ce titre, les crimes étant imprescriptibles au Canada, rien n'empêche une personne qui a découvert des faits nouveaux ou acquit longtemps après le fait la conviction qu'il a été témoin d'actes qui peuvent être frauduleux, de les dénoncer, même quinze ans après leur occurrence.
Il n'y aura aucun avocat pour défendre cette vision du secret énoncée par notre décevant quatuor devant le comité d'éthique de la Chambre des Communes, puisque cette règle n'existe tout simplement pas, ni au Canada, ni au Québec. Elle est illégale, contraire à la règle de droit, à toute morale et à l'éthique dans un pays démocratique comme le Canada et ne peut être l'oeuvre que de pauvres esprits timorés.
Louis Lapointe
Brossard
