Spector ne se sent plus lié à Mulroney
Mots clés : loyauté, Brian Mulroney, Norman Spector, Gouvernement, Canada (Pays)

Photo: Le Devoir
Joint à Victoria, en Colombie-Britannique, M. Spector a rappelé avoir été affecté en 1990 au cabinet du premier ministre après avoir été secrétaire au cabinet pour les relations fédérales-provinciales et donc responsable de l'épineux dossier du Lac Meech. C'est à titre de fonctionnaire qu'il a été appelé à pourvoir le poste auprès de M. Mulroney.
«Je suis un animal assez rare dans le firmament politique canadien. Normalement, un chef de cabinet a une loyauté partisane ou personnelle, ou les deux, envers le premier ministre. Moi, je n'avais ni une ni l'autre», a-t-il expliqué faisant valoir qu'il n'y a jamais eu de liens d'amitié entre lui et Brian Mulroney. La relation entre les deux hommes s'est terminée avec la démission de M. Spector en 1992.
«C'est lui qui a demandé mon aide durant la période très difficile suivant l'échec du Lac Meech. Je n'ai pas voulu ni cherché à avoir ce poste. Très vite, je me suis rendu compte que c'était une erreur et j'ai démissionné après dix-huit mois, parce que ce n'était pas pour moi», a précisé Norman Spector.
Ce dernier entend faire des révélations devant le comité d'éthique, mais il a refusé d'en révéler la teneur par respect pour les membres du comité. «Je vais présenter des faits, mais je ne suis pas en mesure de déclarer si c'était correct ou non», s'est-il borné à dire.
L'empressement de Norman Spector à vouloir témoigner soulève des critiques sur son sens éthique dans le milieu politique. Dans une lettre publiée hier dans Le Devoir, Mario Bertrand, l'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, dénonce M. Spector sans jamais le nommer, rappelant que «le devoir de réserve des proches collaborateurs de premiers ministres est une obligation morale et éthique».
«Se vêtir quinze ans après les faits de la toge de l'éthique pour protéger sa nouvelle indépendance d'analyste politique et jouer au stripteaseur en annonçant d'avance les propos que l'on entend tenir devant le Comité parlementaire est nauséeux et peu crédible», écrit Mario Bertrand.
L'avis de M. Bertrand fait l'unanimité parmi les personnes contactées. Les mots solidarité, loyauté et fidélité sont brandis. Martine Tremblay, qui a été chef de cabinet de René Lévesque, qualifie l'attitude de M. Spector de triste. «Être chef de cabinet, c'est une situation exceptionnelle et particulière. Si on n'a pas cette obsession de la loyauté pour la personne pour qui on travaille, je trouve ça inquiétant», a-t-elle commenté tout en soulignant que, «dans ce genre de job, on voit des choses pas banales».
Marcel Côté, de Secor, qui a été conseiller de Robert Bourassa puis de Brian Mulroney, ne mâche pas ses mots. «C'est très déplacé de la part d'un ancien chef de cabinet qui connaît des secrets. Et s'il s'agit de gestes criminels, il aurait dû parler avant», fait-il valoir.
Le sénateur Jean-Claude Rivest, qui a été conseiller de M. Bourassa, s'explique mal la désinvolture de l'homme, alors qu'il a eu «l'immense privilège» de travailler avec un premier ministre. «Ultimement, on doit protéger les états d'âme des leaders politiques. À moins d'être convoqué pour témoigner devant un tribunal ou pour une enquête de police, je pense que lorsqu'on a été collaborateur d'un premier ministre, on doit avoir un devoir de réserve absolu», a indiqué M. Rivest.
Il a ajouté que, lorsqu'on occupe de telles fonctions, «on accepte le code de confidentialité que seule la personne pour qui on a travaillé peut lever. La règle non écrite, c'est que c'est le chef de gouvernement qui répond de ses actes, et non pas son entourage. Que ce soit bon ou mauvais».
Vos réactions
M. Spector, êtes-vous unique en votre genre? - par Guillaume Boucher (fuhokkuen@hotmail.com)
Le mardi 29 janvier 2008 18:00
Enfin! - par André Lacroix
Le mardi 29 janvier 2008 16:00
Dangereuse unanimité - par Louis Lapointe
Le mardi 29 janvier 2008 09:00
Bravo à Monsieur Norman Spector ! - par Michel Lauzon
Le mardi 29 janvier 2008 09:00
Comment ça fonctionne en pratique - par Norman Spector (nspector3@shaw.ca)
Le mardi 29 janvier 2008 08:00
Omertà - par Daniel Fortin
Le mardi 29 janvier 2008 07:00
code de confidentialité ou omerta? - par François Lesage (psy@videotron.ca)
Le mardi 29 janvier 2008 01:00

