Les machettes sèment la mort dans le Rift kényan
Mots clés : Kofi Annan, Rift, Gouvernement, Violence, Kenya (pays)
La médiation entreprise par Kofi Annan tombe à plat

Photo: Agence France-Presse
Tous ces morts s'ajoutent aux plus de 750 personnes qui ont vu leur vie fauchée au cours d'accrochages au Kenya depuis la réélection contestée du président Mwai Kibaki le 27 décembre. Ces heurts opposent des Kikuyus, ethnie du président Kibaki, à des Luos et des Kalenjins qui soutiennent le chef de l'opposition, Raila Odinga.
Odinga a affirmé que 30 personnes avaient été brûlées vives, en accusant le gouvernement d'essayer de détourner l'attention de la querelle électorale à l'origine des violences. «Ce qui émerge dorénavant, ce sont des bandes criminelles, dans une folie meurtrière, travaillant sous la protection de la police, qui s'inscrivent dans un plan de terreur bien orchestré visant à étendre et augmenter la violence», dit le chef de l'opposition dans un communiqué.
À Timboroa, «nous avons entendu des sifflets et des chants de guerre. Ils [les assaillants] [...] faisaient tournoyer leurs machettes en l'air en approchant de la localité, avant d'y mettre le feu», a rapporté un policier. De son côté, le porte-parole du gouvernement, Alfred Mutua, a assuré que «tous ceux responsables de crimes seront tenus responsables de leurs actions».
Deux camions ont amené des soldats pour tenter de ramener le calme dans la ville. Plusieurs maisons et des véhicules ont été incendiés par les émeutiers. La route principale qui permet de quitter Naivasha par l'ouest était bloquée par des barricades et la police invitait les automobilistes à faire demi-tour.
«C'est comme si toutes les tribus étaient contre nous, et personne ne nous protège», a déclaré un Kikuyu, Dominic Karanja, qui regardait l'armée démanteler un barrage routier qu'il avait contribué à ériger.
Des coups de feu ont retenti jusqu'en fin de journée. Selon la Croix-Rouge kenyane, une maison où des habitants avaient cherché refuge a été incendiée, mais l'on ne saura que ce matin le bilan final de cette attaque.
Kofi Annan, qui a rencontré Odinga à Nairobi, a engagé hier les deux parties à désigner quatre représentants pour de nouveaux pourparlers. La veille, il s'était rendu dans le Rift, la région la plus touchée par les violences, et avait dénoncé les nombreuses violations des droits de l'homme à travers le pays.
«Ne nous leurrons pas nous-mêmes en disant que c'est seulement un problème électoral. C'est beaucoup plus vaste et plus profond», a-t-il dit en invitant les Kényans à répondre aux questions fondamentales à l'origine de cette situation. «Si nous ne le faisons pas, cela pourra se reproduire dans trois ou cinq ans», a-t-il dit .
Odinga et Kibaki se sont rencontrés jeudi, sous l'égide de Kofi Annan, pour la première fois depuis le début de la crise. Leurs sourires et leurs poignées de mains ont alors relancé l'espoir d'un règlement rapide, mais le chef de file de l'opposition a repris vendredi sa charge contre le président.
Odinga a ainsi exhorté l'Union africaine à ne pas reconnaître Kibaki à l'occasion du sommet qui doit se tenir du 31 janvier au 2 février à Addis-Abeba.
Dans un entretien accordé à Reuters, il a en outre exclu de cohabiter avec le chef de l'État en tant que premier ministre, solution évoquée par la presse et dans les milieux diplomatiques.
Le président de la Commission de l'Union africaine, l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré, a déclaré que l'ensemble du continent devait agir vite pour mettre fin à la crise.

