Société Générale de France : la fraude atteindrait 50 milliards d'euros

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AP
Édition du lundi 28 janvier 2008

Mots clés : fraude, courtier, Société Générale, Justice, Économie, France (pays)

Paris -- La garde à vue du courtier auquel la Société Générale (SG) impute une «fraude» à l'origine de près de cinq milliards d'euros (7,4 milliards de dollars) de pertes a été prolongée hier après-midi de 24 heures, a confirmé le chef de la section financière du parquet de Paris, qui a ajouté que l'enquête était «extrêmement fructueuse».

La Société Générale a affirmé hier que la fraude portait sur un total de 50 milliards d'euros (74 milliards de dollars) et que le jeune homme avait reconnu le samedi 19 janvier «avoir créé des opérations fictives». L'établissement affirme que l'exposition totale a été «entièrement connue» le dimanche 20 janvier «en début d'après-midi» et que le PDG Daniel Bouton a «immédiatement» averti le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.

Les 50 milliards d'euros de positions frauduleuses ont été liquidés en trois jours, entre le lundi 21 et le mercredi 23 janvier, et la SG a annoncé l'existence de ces irrégularités jeudi 24 avant l'ouverture des marchés. La banque, qui se défend d'avoir fait plonger les Bourses, assure que le «débouclage» des positions a été réalisé de façon «contrôlée». Ainsi, l'impact sur le marché a été limité, selon Jean-Pierre Mustier, directeur de la banque de financement et d'investissement de la SG.

Le courtier incriminé par la Société générale, Jérôme Kerviel, 31 ans, qui s'est présenté spontanément aux services de police, selon le parquet de Paris, est entendu depuis samedi en début d'après-midi par les enquêteurs dans les locaux de la Brigade financière dans le XIIIe arrondissement de Paris. Sa garde à vue a été prolongée hier de 24 heures.

«Les conditions de la garde à vue se déroulent très bien, et l'enquête qui est menée par des spécialistes donc, à la brigade financière, est extrêmement fructueuse», a précisé Jean-Michel Aldebert, chef de la section financière au parquet de Paris, devant la presse. «Pour l'instant, il a accepté de s'expliquer sur les faits qui sont dénoncés par la plainte de la Société générale, donc il s'explique sur ces faits-là de manière très intéressante», a-t-il ajouté. D'après ce qu'il m'a dit, il était bien psychologiquement.»

L'enquête «progresse bien, et dans de bonnes conditions», a estimé M. Aldebert, refusant pour l'heure de se prononcer sur une éventuelle mise en examen ou non du courtier. «Il est évident que tout cela peut évoluer dans un sens ou dans l'autre.»

Le parquet décidera ce matin de l'opportunité d'ouvrir ou non une information judiciaire dans cette affaire. Si une information judiciaire est ouverte, Jérôme Kerviel pourrait être présenté à un juge d'instruction au terme de sa garde à vue, d'une durée maximale de 48 heures.

Jean-Pierre Mustier a refusé hier de se livrer à des conjectures sur les motivations du courtier désigné comme le responsable de la fraude, mais a jugé peu probable qu'il ait bénéficié de complicités, «tant internes qu'externes». Selon M. Mustier, le courtier a commencé «fin 2006, début 2007 sur de toutes petites transactions et a développé ce savoir-faire de fraude pour pouvoir aboutir à la mise en place début janvier 2008 de cette énorme transaction de 30 milliards d'euros [44,2 milliards de dollars] équivalents sur l'Eurostoxx, 18 milliards [26,5 milliards de dollars] sur le Dax et 2 milliards [2,95 milliards de dollars] sur le Footsie» -- les indices boursiers de la zone euro, de la place de Francfort et de Londres.

La Société Générale a déclaré hier qu'elle avait mis en place de nouveaux contrôles des opérations «cette semaine» et que d'autres le seraient encore prochainement. «Ce choc, a assuré M. Mustier, ne nous empêchera pas de continuer à bien fonctionner». Il a estimé que l'augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros (8,11 milliards de dollars) serait «bouclée à l'intérieur du premier trimestre» de cette année.


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