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Un vieux ticket d'autobus froissé
On m'a reçue dans un bureau, questionnée sur ce qui m'amenait là, écoutée, renseignée. On m'a demandé d'attendre et de réfléchir environ 1 heure dans une chambre privée. J'ai dû reconfirmer mon choix au bout de ces 60 minutes.
Puis, ce fût l'avortement comme tel suivi d'un repos de 2 heures dans la même petite chambre, sous observation.
J'ai repris l'autobus Greyhound, direction Montréal.
Je ne pouvais pas donner naissance à cet enfant. Pourtant, il vit encore dans mes pensées. Je l'ai toujours imaginé en petit garçon. La nuit suivant l'avortement, j'ai rêvé à lui. Il avait une douzaine d'années, arme à la main, il se battait au Vietnam et répétait sans arrêt: «I'm dying... I'm dying...»
C'est à cela que je pense quand je retrouve au fond d'une boîte à souvenirs un vieux ticket d'autobus froissé avec une date inscrite: 16 octobre 1977.
Je suis pro-choix, bien sûr, mais ça reste à contre-coeur.
