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Un vieux ticket d'autobus froissé

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Marie Lauzier
Envoyé Le samedi 26 janvier 2008 16:00



Il y a 30 ans, je me suis rendue à Burlington, Vermont dans le but d'obtenir un avortement sécuritaire, pratiqué par des professionnels. Ici, au Québec, c'était encore risqué et illégal. La clinique médicale était tenue par des socialistes, je l'ai constaté sur place. Des féministes, aussi.

On m'a reçue dans un bureau, questionnée sur ce qui m'amenait là, écoutée, renseignée. On m'a demandé d'attendre et de réfléchir environ 1 heure dans une chambre privée. J'ai dû reconfirmer mon choix au bout de ces 60 minutes.

Puis, ce fût l'avortement comme tel suivi d'un repos de 2 heures dans la même petite chambre, sous observation.

J'ai repris l'autobus Greyhound, direction Montréal.

Je ne pouvais pas donner naissance à cet enfant. Pourtant, il vit encore dans mes pensées. Je l'ai toujours imaginé en petit garçon. La nuit suivant l'avortement, j'ai rêvé à lui. Il avait une douzaine d'années, arme à la main, il se battait au Vietnam et répétait sans arrêt: «I'm dying... I'm dying...»

C'est à cela que je pense quand je retrouve au fond d'une boîte à souvenirs un vieux ticket d'autobus froissé avec une date inscrite: 16 octobre 1977.

Je suis pro-choix, bien sûr, mais ça reste à contre-coeur.

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