L'Égypte tente de colmater sa frontière avec la bande de Gaza

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AP
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 janvier 2008

Mots clés : Palestiniens, bande de Gaza, Frontière, Égypte (pays), Israël (pays)

Des milliers de Palestiniens ont réussi hier à entrer en Égypte, par plusieurs passages, malgré la présence de soldats égyptiens.

Photo: Agence Reuters

Gaza -- Des gardes-frontières égyptiens équipés de boucliers anti-émeutes ont commencé hier à former des barrières humaines destinées à rétablir la fermeture de la frontière avec Gaza. Mais ces opérations n'ont pas pu empêcher des centaines de Palestiniens de pénétrer en Égypte après la destruction à l'aide d'un bulldozer d'un nouveau pan du mur-frontière.

Des hommes vêtus de noir, certains le visage dissimulé, ont pris place sur le bulldozer tandis que ce dernier renversait un bloc de béton sous les yeux des forces égyptiennes de l'autre côté. Celles-ci ont tiré en l'air pour tenter d'endiguer le flot de Gazaouis se précipitant en Égypte. Elles ont aussi tiré au canon à eau et déployé des chiens pour dissuader la foule de traverser. Des militants du Hamas ont ouvert le feu et tué trois des chiens que les soldats avaient lancés après des Gazaouis en train de passer du côté égyptien.

Des milliers de Palestiniens, dont nombre s'étaient munis de récipients vides destinés à recevoir du carburant, ont réussi à entrer en Égypte, par plusieurs passages, malgré la présence des soldats égyptiens déployés en rangs serrés successifs à certains endroits. Dans l'après-midi, des centaines de policiers égyptiens sont soudain partis, regagnant le côté égyptien de Rafah.

Des pans entiers de l'imposant mur-frontière avaient été détruits mercredi par des militants palestiniens. Depuis, l'Égypte a autorisé des dizaines de milliers de Gazaouis à aller et venir.

Hier, des gardes égyptiens armés de boucliers ont pris position en pénétrant de quelques mètres dans la bande de Gaza, où la foule a rapidement grossi, jusqu'à compter plusieurs milliers de personnes, mécontentes de ne pas pouvoir entrer en Égypte. Certaines, grimpées sur les toits de voitures, ont lancé des pierres sur les Égyptiens. D'après des témoins, un photographe a été légèrement blessé par un jet de pierre.

Des personnes revenant d'Égypte ont déclaré avoir entendu des annonces lancées à l'aide de haut-parleurs, précisant que les habitants de la bande de Gaza devaient rentrer chez eux avant 19h locales hier.

Dans un entretien publié hier, le président Hosni Moubarak a qualifié d'«inacceptable» la situation dans la bande de Gaza et appelé Israël à «lever son siège» et à «régler le problème».

«Ils devraient ramener les choses à la normale conformément aux précédents accords», a déclaré M. Moubarak à l'hebdomadaire al-Osboa. Il a également invité les factions rivales palestiniennes au Caire pour des discussions, sans mentionner de date.

L'ouverture, même temporaire, de la frontière entre l'Égypte et la bande de Gaza est un plus pour la popularité des responsables du Hamas, qui contrôlent le territoire palestinien. Le Mouvement de la résistance islamique peut se prévaloir d'avoir réussi à contourner la fermeture israélienne, soutenue par la communauté internationale, qui prive la bande de Gaza de relations commerciales normales depuis près de deux ans.

Pour la première fois depuis que le mur a cédé, mercredi, les islamistes au pouvoir ont déployé les forces d'élite du Hamas à la frontière du côté de Gaza pour tenter de contenir la foule et de ramener un peu d'ordre.

Appel au Fatah

Le Mouvement islamiste a demandé hier la tenue d'une réunion avec le Fatah du président modéré Mahmoud Abbas, seul dirigeant palestinien reconnu par la communauté internationale, sous l'égide de l'Égypte. «Si la direction à Ramallah [M. Abbas] rejette cet appel, nous ne resterons pas sans rien faire en attendant que le siège étouffe la vie à Gaza», a prévenu le Hamas dans un communiqué.

Tant l'Égypte qu'Israël ont restreint la liberté de déplacement des personnes et des biens en dehors de Gaza après la victoire du Hamas aux législatives de 2006 et ont renforcé la fermeture depuis que le Mouvement de la résistance islamique a pris par la force les commandes du territoire, en juin dernier.

Le Caire est confronté à un dilemme: recourir à la force contre les Gazaouis risquerait d'être mal vu par l'opinion publique égyptienne, tandis que ne rien faire risquerait d'exposer l'Égypte à des infiltrations redoutées d'islamistes radicaux.

Des milliers de personnes ont manifesté leur soutien aux Gazaouis hier dans la région, notamment en Égypte (environ 2000 personnes) et en Jordanie (3000).


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