La petite chronique - Biographies et autobiographies
Mots clés : Jean-Denis Bredin, José Cabanis, Biographies, Livre, Culture, Québec (province)
José Cabanis a écrit des romans dont la sensibilité et la finesse sont exem-plaires. Le cycle commencé par Le Bonheur du jour compte à mon sens parmi les oeuvres les plus remarquables du roman d'après les années cinquante.
Alors que ne se comptent plus les glorifications de cette figure historique, Cabanis ne perd aucune occasion de ridiculiser, ou du moins de ramener à sa taille réelle le Corse. Son règne, «la plus pointilleuse tyrannie qu'ait connue la France».
Pour arriver à ses fins, tous les moyens sont bons. L'intrigue, comme de raison, mais aussi la fureur guerrière. S'il réussit à lever des armées et à convaincre de pauvres diables de le suivre dans son appétit de conquête, c'est qu'il s'adresse à des populations croupissant dans la misère. «Une ordonnance de police fixera à douze heures la journée de travail, les salaires dépassaient rarement trois francs à trois francs 50 par jour. En province les salaires plafonnaient à 2 francs et le salaire des mineurs du Nord à 1 franc.» Pendant ce temps, l'émolument de l'archevêque de Paris était à 150 000 francs. Comme quoi les voies de la Providence et du Pouvoir sont impénétrables.
Le Sacre de Napoléon montre sans détours les méandres de l'accession au pouvoir d'un être à l'orgueil et à l'ambition démesurés. Il tente d'assujettir l'Europe, morigène l'Église. Son règne ne sera que de courte durée,
il s'accommodera des pires pratiques: mises en fiche des citoyens, trahisons sans nombre, flirt avec les royalistes en exil, pratiques blâmables de tous ordres.
En romancier qu'il est, Cabanis souligne comme pas un le ridicule des prétentions du dictateur et démontre, preuves à l'appui, les paradoxes d'un homme qui, sur le champ de bataille, fraternisait avec ses soldats et qui n'aura plus tard que le souci de monter sur le trône. Cette ambition ne convaincra pas, on le sait, même les gens de son entourage, qui ne lui pardonneront pas d'avoir trahi la Révolution.
L'enfant trop bien élevé
Les lecteurs des romans et des livres intimistes de Cabanis ne voudront pas rater un petit essai autobiographique écrit dans une tonalité qui est celle de ses romans. Trop bien élevé, de Jean-Denis Bredin, raconte une enfance. Né en 1930, de père juif et de mère catholique, il sera élevé dans les principes les plus stricts. «Ce que je voudrais ici, c'est décrire les premières années d'un enfant trop éduqué... De chaque ligne écrite je vois tomber comme une goutte d'acide... »
Être trop bien élevé veut dire ne jamais regimber, ne jamais protester. Ses parents s'étaient séparés, c'est le père qui a la garde de l'enfant. La discipline est rigide, même si on est dans un milieu bourgeois très à l'aise, pas question de se laisser aller à quelques extravagances.
La valeur de ce récit réside surtout dans l'écriture étroitement surveillée, d'un classicisme maîtrisé. L'enfant trop bien élevé qu'était l'auteur n'est surtout pas devenu un écrivain bavard. Le compte rendu des rafles qui marquèrent la population juive du Marais en 1942 ne pouvait être plus sobre et, partant, plus prégnant. Sans conteste, un livre dont la justesse de ton et le pouvoir d'émotion nous impressionnent d'entrée. «Il ne suffira pas d'une vie entière pour se faire pardonner d'exister», écrit Bredin dans un texte reproduit en
quatrième de couverture. Il ne pouvait pas mieux résumer son entreprise.
Collaborateur du Devoir
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Le Sacre de Napoléon
José Cabanis
Gallimard, coll. «Folio Histoire»
Paris, 2007, 284 pages
Trop bien élevé
Jean-Denis Bredin
Grasset
Paris, 2007, 134 pages
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