De Monica à Margarita

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Lio Kiefer
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 janvier 2008

Mots clés : emploi, huîtres, Porlamar, Alcool, Tourisme, Venezuela (pays)

Trois heures du matin à Porlamar, au Venezuela. Les derniers effluves de bière et de rhum rôdent autour du Gator's, un des bars chauds de l'île. Monica n'a pas encore vendu tous ses napperons. Quand on a huit ans, à Margarita, les jours sont parfois très longs... Monica fait partie de ces mômes qui arpentent les plages de Margarita à l'affût des touristes. Qu'ils soient Vénézuéliens, Brésiliens, Allemands ou Québécois, il y aura toujours un collier de coquillages, une paire de lunettes, un chapeau de paille ou des calmars qui rempliront leurs vacances.

Sur la plage d'El Agua, Ernesto est l'ouvreur d'huîtres le plus rapide de sa génération. À sept ans et quelques dents, il en décortique une douzaine en moins d'une minute, pour 80 ¢, de 10h à 22h. Quand Ernesto rentre chez lui, son patron lui aura donné l'équivalent de 3 $. Mais Ernesto est content. Les doigts entaillés par les mollusques et le sable, il gagne en un mois presque l'équivalent de ce que gagne son père, serveur au Paris Croissant, le meilleur trou touristique à expressos de Porlamar. Avec un revenu d'une centaine de dollars par mois, le Margaritain moyen compte beaucoup sur ses enfants pour boucler les fins de mois.

Furètent là également des Québécois et gens d'autres nationalités facilement reconnaissables à leurs maillots trop grands ou à leurs hamburgers trop larges et qui s'essaient avec les petites filles...

Trois heures du matin à Porlamar. Le Gator's va fermer. Monica s'est endormie, les yeux rougis par la fatigue. Elle n'a pas pu vendre tous ses napperons mal brodés. Normalement, sa mère passe chaque soir la prendre, compte l'argent amassé, rumine quelques reproches à Monica en lui indiquant de prendre par la main ses deux autres petits: Carlos, cinq ans, et Isabella, sept... Ce soir-là, le Gator's expulse les derniers Néerlandais et Allemands défoncés par l'alcool et par un nez trop gourmand.

Trois heures du matin... Monica s'est allongée dans mes bras. Elle tient très fort ses bouts de tissu et ses bolivars. J'ai dû lui caresser l'oreille. Elle a ouvert son cou, comme une chatte. Elle a souri, peut-être ronronné. Je l'ai raccompagnée chez elle en taxi. Facile à trouver: la première maison du bidonville à droite, à côté de la marina, là où il y a toujours un homme qui gueule contre une femme et des enfants qui se cachent le visage sous des napperons.

Trois heures du matin: Margarita s'est endormie, Monica aussi, et je pleure un peu de ne savoir vraiment que faire...


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