Transferts de prisonniers afghans - Le gouvernement Harper est accusé d'avoir menti
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«C'est de la désinformation, c'est de la manipulation, c'est du secret comme on

Photo: Agence France-Presse
Or on a appris cette semaine que ces transferts ont cessé le 5 novembre dernier, justement à la suite de sérieuses allégations de torture. Ottawa n'en avait jamais dit un seul mot. Deux séances d'information à propos de la mission en Afghanistan ont même eu lieu en décembre et en janvier. Les journalistes ont demandé une mise à jour au sujet des inspections des prisons afghanes, mais personne n'a cru bon de révéler l'arrêt des transferts.
Encore aujourd'hui, Ottawa refuse de dire si, depuis le 5 novembre, les soldats canadiens ont capturé d'autres prisonniers et, si oui, où ceux-ci sont enfermés et à qui ils sont remis. C'est le noir le plus total.
«C'est de la désinformation, c'est de la manipulation, c'est du secret comme on n'en a jamais vu au Canada», s'est insurgé le chef libéral Stéphane Dion en entrevue avec Le Devoir. «Un gouvernement qui peut manipuler l'information à ce point, qui peut cacher la vérité sur un enjeu aussi grave que la torture, comment peut-on le croire sur quelque enjeu que ce soit?» Pour M. Dion, ce ne sont pas seulement les partis d'opposition qui ont été bernés. «C'est la démocratie canadienne qui est balafrée par ce gouvernement qui ne satisfait pas aux critères minimaux de transparence et de responsabilité. [...] Ils sont devenus paranoïaques dans leur partisanerie!»
Les commentaires étaient tout aussi acerbes du côté bloquiste. «C'est un gouvernement qui a menti à la population, qui a manipulé l'opinion publique, qui a manipulé la Chambre des communes», a lancé le chef Gilles Duceppe.
Selon le leader du NPD, Jack Layton, «c'est une tromperie. Quand un gouvernement commence à tromper le public et les membres du Parlement à propos d'une guerre, c'est très dangereux». M. Layton réclame la démission du ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, qui n'a pas informé le Parlement de ce changement de politique au retour de la Chambre des communes, le 13 novembre, bien qu'il ait été questionné à de multiples reprises à propos des prisonniers.
Au bureau du premier ministre, on présente les déclarations de M. Bernier sous un jour positif. Le 14 novembre, M. Bernier avait annoncé de son propre chef qu'une allégation sérieuse de torture avait été formulée par un prisonnier afghan aux inspecteurs canadiens. «Le ministre Bernier a agi de manière appropriée», a commenté par courriel la directrice des communication du premier ministre, Sandra Buckler. «J'espère que cela laissera une impression positive auprès des Canadiens.»
Une toute petite lettre
C'est au moyen d'une courte lettre envoyée par l'avocat du gouvernement fédéral à Amnesty International et à la B.C. Civil Liberties Association qu'on a appris cette semaine l'arrêt des transferts. Ces deux organismes demandent une injonction à la Cour fédérale pour faire cesser immédiatement les transferts de prisonniers.
En cour hier, l'avocat du gouvernement fédéral a tenté de convaincre la juge Anne Mactavish que la demande était désormais irrecevable puisque les transferts avaient déjà cessé. La cause, selon lui, est devenue «hypothétique et abstraite». «Si les transferts reprennent, ce sera sur une base entièrement différente. [...] Ce tribunal doit décider à la lumière des faits qui lui sont présentés et non pas dans l'éventualité où les circonstances changeraient à l'avenir», a plaidé l'avocat Sanderson Graham.
L'avocat d'Amnesty International, Paul Champ, ne veut pas qu'on accorde ainsi un chèque en blanc aux généraux de l'armée canadienne. Il a rappelé qu'en mai dernier, le Canada a signé une nouvelle entente censée assurer le bon traitement des prisonniers remis aux Afghans. Des cas de torture se sont quand même produits. En outre, les généraux ont mis deux mois et demi avant d'annoncer la fin des transferts. Combien cela leur en prendra-t-il pour dire qu'ils ont recommencé?, s'est demandé l'avocat. «Nous avons de sérieux doutes à propos des capacités des généraux, qui ont été totalement incapables de prendre des décisions éclairées.»
Hier, la Cour fédérale a aussi entendu un témoin, le brigadier-général André Deschamps, responsable des missions militaires canadiennes à l'étranger. Le 14 décembre, dans le cadre de ce procès, M. Deschamps a signé une déclaration sous serment dans laquelle il affirme que le Canada ne pourrait pas interrompre ses transferts de prisonniers sans compromettre les opérations militaires. M. Deschamps savait pourtant que les transferts avaient cessé...
M. Deschamps a été obligé de reconnaître en cour hier que les opérations n'avaient pas cessé depuis le 5 novembre. A-t-on fait d'autres prisonniers? «Objection», a lancé l'avocat du gouvernement: question de «sécurité nationale». M. Deschamps a indiqué que l'arrêt des transferts de prisonniers était «temporaire». Ils pourraient reprendre n'importe quand, lorsque les soldats seront convaincus qu'il n'y a pas de risque.
John Manley était-il au courant?
Ironie du sort, dans son rapport rendu public mardi, le groupe d'experts dirigé par l'ex-ministre libéral John Manley invitait le gouvernement à faire preuve de plus de transparence dans ses communications à propos de l'intervention militaire en Afghanistan.
«Disons-le sans ambages, depuis le début de la présence canadienne en Afghanistan, les gouvernements n'ont pas su entretenir des communications équilibrées et franches avec la population pour exposer les raisons de la participation du Canada et les risques, les difficultés et les résultats attendus», est-il écrit dans ce rapport.
La question qui se pose, c'est de savoir si les membres du groupe Manley savaient que les transferts de prisonniers avaient cessé. Le groupe a en effet reçu ses informations du gouvernement pour rédiger son rapport. «L'ont-ils dit au groupe Manley? Et, si non, quelles autres informations ne leur a-t-on pas fournies?», se demande le chef libéral Stéphane Dion. Son homologue bloquiste partage ses interrogations.
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Avec la collaboration d'Alec Castonguay
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