Forum de Davos - La crise financière gâche la fête
Mots clés : crise financière, Davos, Mondialisation, Économie, Suisse (pays)
Le pessimisme a dominé les premiers débats de l'élite économique et politique mondiale

Photo: Agence France-Presse
«Il va y avoir une grave récession aux États-Unis, un ralentissement dans les pays émergents et un fort ralentissement en Europe», a déclaré l'économiste Nouriel Roubini lors du traditionnel débat d'ouverture sur l'état de l'économie mondiale.
Certains intervenants ont tenté d'instiller un peu de confiance, assurant que la Chine et d'autres économies émergentes aideront la planète à amortir le choc. Mais cette théorie du «découplage» entre les États-Unis et les pays du sud a été âprement débattue.
La fête annuelle du gotha des affaires et de la politique a en outre été gâchée par une série d'annulations. Après le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson, pour cause de crise financière, et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le ministre britannique des Finances Alistair Darling ont renoncé à faire le voyage, officiellement pour des problèmes d'agenda.
La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, prononçant le discours inaugural, s'est brièvement écartée des sujets diplomatiques pour tenter de rassurer: «L'économie américaine est résistante, sa structure est solide et les données économiques fondamentales à long terme sont saines», a-t-elle déclaré.
Mme Rice s'était auparavant entretenue en privé avec les présidents pakistanais Pervez Musharraf et afghan Hamid Karzaï.
Alors que depuis plusieurs années, le Forum était l'occasion de célébrer de nouveaux profits record et de réjouissantes perspectives, il s'agit cette fois d'évaluer les dégâts que va causer la récession américaine.
Stephen Roach, économiste renommé et président de la branche asiatique de la banque américaine Morgan Stanley, a formulé un jugement sans appel.
«Nous allons entrer dans une période très douloureuse. Lorsque le consommateur américain a des problèmes, cela a des conséquences pour toute l'économie mondiale», a-t-il lancé.
Signe de l'inquiétude ambiante, plusieurs intervenants ont pris soin de souligner qu'il ne prévoyaient pas une récession d'ampleur mondiale. «Mais ce sera de justesse. Le ralentissement sera plus fort que ce beaucoup prévoient», a dit M. Roach.
Plusieurs voix se sont élevées pour instiller un peu de confiance. «Je pense que [la crise américaine] n'aura pas un impact aussi fort sur le reste du monde que beaucoup de gens pensent», a affirmé David O'Reilly, p.-d.g. de la compagnie pétrolière américaine Chevron.
L'économiste américain Fred Bergsten a, lui, défendu l'idée du «découplage» entre États-Unis et pays émergents, affirmant même que le dynamisme des pays du sud allait amortir et abréger la récession américaine.
«Cette histoire de découplage relève du fantasme», a au contraire lancé Stephen Roach, qui a également durement critiqué la spectaculaire baisse des taux de la Réserve fédérale américaine mardi.
«C'est une décision dangereuse», a-t-il dit, estimant que la Fed avait voulu calmer les marchés financiers mais n'avait pas répondu au problème de fond: une consommation des ménages financée par l'emprunt.
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, attendu deman à Davos, a laissé entendre qu'il n'était pas disposé à imiter la Fed.

