L'éthique n'est pas affaire de partisanerie
Mots clés : Brian Mulroney, Lysiane Gagnon, Média, Gouvernement, Canada (Pays), Québec (province)
Samedi dernier, la chroniqueuse Lysiane Gagnon expliquait aux lecteurs de La Presse que Brian Mulroney doit principalement ses difficultés au Canada anglais au fait d'avoir négocié l'accord de libre-échange canado-américain et, surtout, l'accord du Lac-Meech. Elle y critiquait «l'acharnement que met [...] une certaine presse torontoise à fouiller dans la petite histoire du régime Mulroney pour y trouver la preuve que l'ancien premier ministre était un personnage véreux».
En fait, M. Mulroney a reçu énormément d'aide de la part de ses amis des médias torontois. Le Globe and Mail a eu l'exclusivité de cette histoire parce que le National Post a carrément refusé de la publier. Le journaliste Philip Mathias a pris connaissance des paiements en espèces en 2001. Son rapport a ensuite été scruté par les avocats du National Post. Devant le refus de ses patrons de publier son article, il a écrit une lettre de protestation aux propriétaires de son quotidien, Conrad Black et Izzy Asper. En vain. On comprend aujourd'hui pourquoi il a pris une retraite anticipée.
L'auteur et historien William Kaplan, qui a rapporté cette histoire dans le Globe and Mail en novembre 2003, a développé tout cela dans son livre intitulé A Secret Trial. Il est vrai que M. Kaplan habite la Ville-reine, mais ce livre faisait suite à un premier tome dans lequel-- ne sachant rien des paiements en espèces -- il avait défendu M. Mulroney.
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Aujourd'hui, l'histoire des paiements en espèces faits à M. Mulroney est sur toutes les lèvres. Pourtant, M. Mulroney a toujours le soutien de médias amicaux, même au Québec. Faut-il y voir une simple coïncidence si l'affaire Schreiber-Mulroney a été reléguée aux dernières pages du Journal de Montréal? Sans oublier le nombre de chroniqueurs des journaux du groupe Gesca -- y compris Mme Gagnon elle-même -- qui ont invité le premier ministre Stephen Harper à extrader M. Schreiber en Allemagne avant même qu'il ne puisse comparaître devant le comité d'éthique de la Chambre des communes et qui, aujourd'hui, militent contre la tenue d'une enquête publique?
Il y a trois ans, j'ai contribué à un chapitre du livre de M. Kaplan en dépit du fait que j'étais l'architecte de l'accord du Lac-Meech. D'ailleurs, comme secrétaire au cabinet pour les relations fédérales-provinciales, j'ai aussi travaillé assidûment pour assurer le soutien provincial à l'accord de libre-échange pendant les négociations. Et en 1995, alors que j'étais président de l'Agence pour la promotion économique du Canada atlantique (APECA), j'ai remis à la GRC -- à sa demande -- une déclaration assermentée sur le projet Bear Head. Ce projet défendu par Karlheinz Schreiber, qui voulait faire construire les véhicules légers de l'armée en Nouvelle-Écosse, semble être de plus en plus au coeur de la prétendue affaire Airbus.
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En novembre dernier, M. Schreiber a dit que ma déclaration constituait la première indication voulant que M. Mulroney -- qu'il avait engagé en 1993 pour faire avancer son projet -- l'avait abandonné trois ans plus tôt. Dans le passé, M. Mulroney a lui aussi cité mon rapport comme preuve de sa bonne foi, ce qui était alors le cas. En vérité, j'ai souvent tempéré les pressions pour approuver certains projets portés par le ministre libéral David Dingwall alors que j'étais président de l'APECA, ce qui a d'ailleurs mené à ma démission de la fonction publique.
Aujourd'hui, je ne crois pas que les Québécois soient moins préoccupés que les autres Canadiens par le fait qu'un ancien premier ministre ait à trois reprises accepté 75 billets de 1000 $ d'un lobbyiste avec qui il avait entretenu des affaires étroites quand il était au pouvoir, billets qu'il a déposés dans un coffre-fort à la maison et dans un coffret de sûreté à New York. Et je n'accepterai jamais de croire que les Québécois sont à l'aise avec le fait que le gouvernement du Canada a versé 2,1 millions de dollars à M. Mulroney pour le dédommager après qu'il eut affirmé qu'il avait rencontré M. Schreiber seulement quelquefois pour prendre un café après sa démission comme premier ministre.
Dans dix jours, je témoignerai devant le comité d'éthique de la Chambre, à son invitation. Les députés s'intéresseront sans doute à ma bonne connaissance du projet Bear Head alors que j'étais chef du cabinet de M. Mulroney. J'espère également aider le comité à comprendre les motivations et le comportement de mon ancien patron en citant d'autres dossiers. Finalement, documents en main, je compte bien être en mesure de les aider à identifier la source de grandes quantités d'argent comptant rapportées au 24, promenade Sussex, alors que M. Mulroney était premier ministre du Canada.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
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