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Je me souviens !

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Fernand Foisy
Envoyé Le mardi 22 janvier 2008 09:00



Je me souviens précisément d'un jeune, talentueux et redouté plaideur, Me Robert Lemieux, pendant ce qu'on a appelé «Les événements d'octobre 70»;
Je me souviens d'un Robert Lemieux qui travaillait sur un coin de table dans les bureaux du Conseil central de Montréal de la CSN à l'automne 1970, tout juste avant le fatidique 16 octobre 1970;
Je me souviens de secrétaires dévouées du Conseil central qui tapaient, sans se plaindre, les longues plaidoiries que le jeune et fougueux avocat avaient rédigées à la main;
Je me souviens d'un Robert Lemieux qui travaillait tard dans la nuit sans s'inquiéter de la rémunération qu'il recevrait peut-être, un jour;
Je me souviens d'un Robert Lemieux qui mettait tout son coeur et toute son énergie au service des démunis sans se préoccuper des répercussions sur sa réputation d'avocat;
Je me souviens du Barreau du Québec, qui sous les pressions des gouvernements libéraux autant au fédéral qu'au «provincial», avait laissé arrêté et emprisonné, dans l'exercice de ses fonctions, et laissé saisir les dossiers de l'un de ses membres en règle, Me Robert Lemieux;
Je me souviens d'un Robert Lemieux, qui, une fois libéré, se remettait au travail au même rythme, nullement impressionné par les forces gouvernementales répressives;
Je me souviens d'un Robert Lemieux qui, pour son grand malheur selon certains, épousait carrément la cause de ses clients dont il était souvent le dernier recours;
Je me souviens d'un Robert Lemieux, arrêté sous la loi des mesures de guerre de Pierre Elliott Trudeau, à qui j'apportais à la prison Parthenais, tout le matériel de bureau, y compris un dactylographe afin qu'il prépare, en compagnie de ses co-détenus, Michel Chartrand, feu Pierre Vallières, feu Charles Gagnon et feu Jacques Larue-Langlois, leurs défenses devant le juge Roger Ouimet;
Je me souviens d'un Robert Lemieux, détenu sans accusions formelles, pendant 4 mois à la prison de Parthenais, qui se présentait, portant la toge et ses boîtes de carton dans le box des accusés devant affronter seul, les représentants de la Reine les avocats Fed Kaufman, feu Gabriel Lapointe, Yves Fortier, feu Jacques Ducros, Jean-Guy Boilard et Bruno Pateras;
Je me souviens d'un Robert Lemieux, libéré par le Juge Ouimet, après 4 mois de détention préventive, en février 1971, faute d'accusation formelle.
Robert Lemieux, avocat, a payé chèrement de sa personne parce qu'il a commis le crime odieux de vouloir obtenir justice pour tous sans exception.
C'est ce Robert Lemieux, grand patriote, à qui je veux, en ces quelques mots, rendre hommage aujourd'hui.
Merci Robert !

Fernand Foisy
Ex Secrétaire général
Conseil central de la CSN à Montréal


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