Il faut rester à Kandahar, dit le rapport Manley
Mots clés : mission canadienne, John Manley, rapport, Canada (Pays)
Le groupe de travail propose de poursuivre la mission jusqu'en 2011
Ottawa -- Le Canada doit rester à Kandahar après février 2009 et continuer à former l'armée afghane et la police locale, sans quoi le pays retournera aux mains des talibans et des terroristes d'al-Qaïda. Cette conclusion sera au coeur du rapport du groupe de travail sur l'Afghanistan remis aujourd'hui au gouvernement Harper.Le groupe de travail précisera qu'il faut diminuer la fréquence des combats et mettre l'accent sur l'entraînement de l'armée et de la police afghane, ce qui permettrait au Canada de se retirer de la région instable de Kandahar lorsque les Afghans seront assez autonomes pour prendre la relève. Mais puisque ce virage a déjà été entrepris par les Forces canadiennes il y a un an, cette recommandation revient à accréditer la poursuite de la mission actuelle.
Le premier ministre Stephen Harper devrait recevoir avec joie cette principale conclusion, puisque son gouvernement a déjà pris position en faveur de la poursuite de la mission afghane jusqu'en 2011. C'est toutefois un vote aux Communes qui tranchera le débat ce printemps.
Par contre, les partis d'opposition devraient mal digérer la principale recommandation du rapport Manley. Le NPD veut mettre fin à la mission afghane dès maintenant, alors que le Bloc québécois et le Parti libéral du Canada souhaitent la fin des combats en 2009 et le départ des troupes de Kandahar.
Les sources consultées par Le Devoir indiquent que les membres du groupe de travail ont été influencés par trois facteurs majeurs. D'abord, aucun autre pays de l'OTAN ne veut prendre en charge la dangereuse province de Kandahar. Même si le haut commandement de l'OTAN affirme avoir des solutions de rechange si le Canada décide de partir en 2009 comme prévu, la réalité est que les pays ne se bousculent pas pour aller dans le sud de l'Afghanistan.
Ensuite, un départ rapide du Canada contribuerait à affaiblir la coalition internationale en Afghanistan, ce qui ouvrirait la porte à un retour des talibans et de leur allié al-Qaïda. Les camps d'entraînement terroristes reviendraient en force, selon les auteurs du rapport Manley.
Finalement, quitter l'Afghanistan en 2009 serait très dommageable pour la réputation internationale du Canada, qui a fait de cette mission sa principale vitrine mondiale en matière de défense et de géopolitique.
L'ACDI et l'OTAN critiquées
Selon le réseau CTV, le rapport sera d'ailleurs très critique à l'égard de l'OTAN et des alliés du Canada. Plusieurs pays refusent de partager la lourde tâche de pacifier le sud de l'Afghanistan, ancien fief des talibans. Actuellement, outre le Canada, la Grande-Bretagne, les États-Unis et les Pays-bas subissent les plus violents combats. Le réseau CTV ajoute que l'Agence canadienne de développement internationale (ACDI), responsable du volet reconstruction, sera aussi sévèrement critiquée pour le peu de résultats obtenus.
De plus, le rapport du groupe de travail présidé par John Manley devrait faire un constat de la situation en Afghanistan. Près de 93 % de l'opium mondial provient de ce pays, ce qui alimente à coups de milliards de dollars la guérilla des talibans. Les attentats se multiplient depuis deux ans. La situation instable à la frontière du Pakistan, là où se cachent les talibans et les terroristes d'al-Qaïda, freine également les progrès en Afghanistan.
Le groupe de travail a consulté des dizaines d'experts et de groupes depuis octobre dernier. Les cinq membres sont aussi allés en Afghanistan et ont discuté de la situation avec les hauts gradés de l'OTAN qui gèrent la mission. Précisons que la majorité des membres du groupe de travail, et au premier chef John Manley, se sont prononcés en faveur de la mission en Afghanistan dans le passé.
Le premier ministre Stephen Harper avait demandé à ce groupe d'examiner quatre avenues possibles pour le Canada en Afghanistan après février 2009.
- La première option était celle du statu quo. Les soldats canadiens continueraient donc à former les militaires et les policiers afghans dans la province de Kandahar pour que les militaires canadiens puissent un jour se retirer.
- La deuxième possibilité consistait à concentrer les efforts canadiens sur la reconstruction à Kandahar. D'autres pays devraient alors prendre la relève afin d'y assurer la sécurité.
- La troisième option portait sur l'idée d'axer les activités canadiennes de sécurité et de reconstruction dans une région moins instable de l'Afghanistan.
- La dernière possibilité étudiée par le groupe de travail consistait à retirer toutes les forces militaires canadiennes après février 2009.
Comment va réagir la population canadienne à ce rapport? Le dernier sondage paru dans le Globe and Mail du 17 janvier dernier montre que seulement 42 % des Canadiens appuient la mission en Afghanistan. Une proportion qui chute à 29 % au Québec.
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