Étude comparative entre les systèmes de santé canadien et européens - «On n'en a pas pour notre argent»

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mardi 22 janvier 2008

Mots clés : réseau public, services, Médecine, santé, Union européenne (UE), Canada (Pays)

Le Canada investit davantage en santé que les pays de l'Union européenne, mais les services y sont moins bons

Photo: Agence France-Presse

L'adage veut que celui qui se compare se console. Or le plus récent rapport comparatif en matière de santé est loin de montrer le meilleur profil du Canada. À la lumière de ces données, force est en effet de croire que notre réseau public universel laisse encore trop de patients en plan.

Le jeux des comparaisons ne sourit guère au Canada quand il doit se mesurer aux pays de l'Union européenne (UE) en matière de santé. Globalement, le bon élève se classe parmi les cancres, ne faisant guère mieux sinon pire que les petits pays de l'Est européen, avec une 23e place sur 30. Pire, il occupe la queue du peloton dans deux des grandes catégories examinées par le groupe européen Health Consumer Powerhouse (HCP) et son pendant canadien, le Frontier Centre for Public Policy (FCPP), basé à Winnipeg.

Pour le président du think tank canadien, Peter Holle, la contre-performance du Canada dans ce premier bulletin conjoint est moins une surprise qu'un électrochoc. «Si l'on tient compte des montants investis en santé, le Canada arrive en peloton de tête. Mais quand on examine l'impact réel de ces montants sur notre système de santé, c'est la dégringolade. Manifestement, on n'en a pas pour notre argent.» En fait, les résultats obtenus pour chaque dollar investi placent le Canada au dernier rang, derrière les 27 pays membres de l'UE, la Suisse et la Norvège.

Cette 30e place lui revient également d'office en ce qui a trait aux délais d'attente. Sujet chaud s'il en est, le temps d'attente au Canada est jugé exécrable par les deux organismes. Ceux-ci notent des faiblesses importantes sur plusieurs fronts, dont l'accès difficile à un médecin spécialiste ou encore le recours tardif à des opérations chirurgicales orthopédiques, à des traitements contre le cancer ou à des technologies comme l'imagerie par résonance magnétique.

Sur le plan de la transparence, le système canadien a aussi plusieurs leçons à tirer de l'Europe, jugent ces deux groupes citoyens. En fait, seules la Lettonie et la Pologne font pire. «Je pense que le Canada aurait avantage à mieux outiller ses patients et à mieux les protéger», a répété hier le président du HCP, Johan Hjertqvist. Ce dernier se désole notamment de voir que les Canadiens n'ont toujours pas accès à une seconde opinion, qu'aucune loi ne protège leurs droits et que leur dossier est encore prisonnier des établissements qui tardent à adopter le dossier électronique.

Le Canada fait à peine mieux sur le plan des médicaments. Dans cette catégorie, seules la Lituanie, la Lettonie et la Bulgarie présentent un tableau plus noir. Il se rattrape toutefois avec la générosité de sa couverture publique qui lui vaut une 13e place mi-figue, mi-raisin. Ce résultat a d'ailleurs beaucoup étonné Johan Hjertqvist, qui espérait bien plus. «Le Canada est reconnu pour l'excellence de sa couverture universelle et, pourtant, il n'a pas pris la tête de cette catégorie en raison principalement de deux lacunes», soit l'absence de couverture pour les soins dentaires et la vaccination inégale des enfants contre des maladies comme le tétanos ou la polio.

De patients passifs à consommateurs avisés

Ce portrait très sombre n'arrive toutefois pas à éclipser l'étonnante performance du réseau canadien en matière d'indicateurs de santé. Ici, les taux de survie après un cancer sont excellents et le nombre d'années potentielles de vie perdues très réduit, ce qui nous vaut une 4e place qui fait l'envie de plusieurs pays, même parmi ceux qui se classent parmi les meilleurs.

N'est-ce pas là tout ce qui importe, au bout du compte? Pas si sûr, répond Johan Hjertqvist. «Il ne s'agit pas seulement de savoir combien de temps vous pouvez espérer vivre, mais dans quelles conditions. Si vous devez attendre des mois pour une chirurgie, si vous n'avez pas accès aux médicaments les plus récents, votre qualité de vie n'est pas aussi bonne, et il faut en tenir compte.»

Dans leurs conclusions, les deux organismes estiment d'ailleurs que le temps est venu pour un changement de paradigme au Canada. Quitte même à revoir les modalités de son monopole public, lance Peter Holle, qui se fait le partisan d'un assouplissement des règles existantes. Son but: arriver à intégrer des composantes propres aux marchés concurrentiels de manière à ce que les patients ne soient plus traités comme des éléments passifs, mais comme des consommateurs avisés.

C'est aussi l'opinion du Belge Johan Hjertqvist. «Nous remarquons que les modèles pluralistes "performent" mieux. À mon sens, il est clair que le Canada aurait avantage à s'inspirer du modèle bismarckien qui repose sur une ouverture des marchés à la concurrence. À ce titre, l'exemple à suivre est certainement la Suède où c'est l'État qui achète tous les soins, mais qui les négocie auprès de différents fournisseurs, publics comme privés.»


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Étude comparative et indicateurs de santé - par Gilles Lanthier
Le mardi 22 janvier 2008 11:00

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