L'argent ne vaut plus rien
Mots clés : prêts hypothécaires à haut risque, papiers commerciaux, subprimes, Économie, Canada (Pays)
Au-delà de l'actuel brasse-camarade des subprimes, il faut voir une grande réalité: la planche à billets tourne et tourne depuis fort longtemps. Le seul fait nouveau: elle tourne à un rythme démentiel depuis août dernier, soit au moment de l'éclatement de la bulle des prêts hypothécaires à haut risque et de leurs papiers commerciaux et produits dérivés sous-jacents.
Rappelez-vous. Après les malheureux événements du 11 septembre 2001, les États-Unis ont amorcé une véritable fuite vers l'avant. Pour éviter la récession à tout crin, les autorités monétaires ont poussé les taux d'intérêt à des planchers jamais vu depuis quarante ans. Pour ce faire, ils ont accéléré sensiblement la croissance de la masse monétaire. L'industrie de l'automobile y est allée des prêts sans intérêt. L'effet fut tel qu'elle a atteint un rythme de production annuelle record deux mois à peine après l'effondrement des deux tours du World Trade Center.
On n'a pas hésité à recycler les pétrodollars du Moyen-Orient en commandes d'avions pour Boeing. Là encore, à coup de dizaines de milliards de dollars. Au même moment, le gouvernement américain dépensait hors budget pas moins de 150 milliards de dollars par année pour financer ses guerres, celles de l'Irak et de l'Afghanistan.
Une véritable mer de liquidités s'est ainsi abattue sur le système bancaire et l'économie. Cette mer de liquidités a poussé les mises en chantiers dans la stratosphère pendant plus de quatre ans. Cette effervescence s'est traduite par une enflure des prix des immeubles qui a abouti à une véritable bulle immobilière et, aujourd'hui, à son éclatement.
Du génie à revendre
Cette mer de liquidités a aussi fouetté le génie de nos grands financiers, ceux-là mêmes qui gèrent vos caisses de retraite et fonds communs d'investissement. De leur perchoir, ils innovent. Ils ont créé les prêts hypothécaires à haut risque. Contre eux, ils ont émis différents niveaux d'obligations dites «collératilisées» (excusez! Je dois ici inventer le mot) pour les assortir de Default Swap (pas traduisible!) eux-mêmes, je crois -- ouf! -- émis par des firmes d'assurance contre les risques de défauts sur obligations qui, probablement, gèrent leur propre risque sur le marché en prenant position dans des contrats à terme. Des firmes d'assurance sans le sou, du moins si l'on se fie aux radiations de 2,7 milliards de dollars que doit prendre la banque CIBC à cause de l'insuffisance des réserves de la firme d'assurance ACA. Du génie, ils en ont nos grands financiers. Du génie pour multiplier les niveaux de services et produits et, avec eux, les sources de généreuses commissions prises à même votre épargne, un réservoir sans fin de richesse (je l'espère pour vous, épargnants).
Voilà maintenant que ces centaines de milliards de dollars sortis de la planche à billets se consument sous forme de radiations de dizaines de milliards de dollars prises par les grandes banques américaines et européennes sur leurs prêts octroyés à qui mieux mieux. Elles ont ainsi radié pas loin de 70 milliards $US au troisième trimestre et encore autant au quatrième trimestre.
Autant de milliards de dollars évaporés projettent une vision quelque peu apocalyptique de la situation économique des pays occidentaux. Mais n'ayez crainte. La planche à billets tourne et tourne. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a d'ailleurs pu constater que l'outil monétaire risquait de s'enrayer à cause des lourdes pertes subies par les banques. Ces dernières, préoccupées à panser leurs plaies, ne sont certainement pas d'humeur à accroître leur portefeuille de prêts. Aussi, même en injectant des tonnes de liquidités dans le système bancaire, risque il y a que l'argent ne se rende pas dans les mains des consommateurs sous forme de prêts accrus.
Aussi M. Bernanke a-t-il fait appel la semaine dernière à George W. Bush pour qu'il appuie à fond sur l'accélérateur fiscal. Ce dernier aurait bien pu larguer par avion des dizaines de milliards de dollars au-dessus des grandes villes américaines. Mais, décence oblige et afin d'éviter une tuerie entre des citoyens voulant s'arracher les billets venant du ciel, George W. Bush entend débloquer rapidement une enveloppe budgétaire de 145 milliards de dollars US pour être distribuée par un retour direct d'impôt de l'ordre de 800 $US par habitant et peut-être d'autant pour ceux qui ne gagnent pas suffisamment pour payer des impôts.
La machine est donc en marche pour sortir l'économie américaine du bourbier. Mais, sachez que cette orgie de liquidités injectées dans le système survient alors que le taux d'inflation s'est élevé à 4,1 % en 2007 aux États-Unis. Conclusion: l'argent ne vaut plus grand-chose. L'or continuera de bouffer les dollars américains et toutes les devises de ce monde.
cchiasson@proplacement.qc.ca
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Vos réactions
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