Libérée d'Iran, Mehrnoushe Solouki a hâte de rentrer à Montréal
Mots clés : documentaire, emprisonnement, Mehrnoushe Solouki, Pénitencier et prison, Montréal, Iran (pays)
«Je ne peux pas m'empêcher de penser aux personnes qui sont toujours enfermées dans la terrible section 209 de la prison d'Evin où j'ai passé un mois»
Étudiante à l'Université du Québec à Montréal, Mehrnoushe Solouki a longtemps cru que son cauchemar iranien ne se terminerait jamais. Arrêtée et emprisonnée en février 2007, puis relâchée mais sans avoir le droit de quitter la république islamiste, elle a finalement pu en sortir... la semaine dernière. Son crime? Avoir voulu tourner un documentaire sur les cimetières juifs, arméniens et zoroastriens. Nos collaborateurs ont rencontré la jeune femme, affaiblie mais soulagée, à son arrivée à Paris. Épilogue d'un interminable calvaire.Paris -- «Demain, je rentre à Paris.» La bonne nouvelle est arrivée par courriel jeudi soir. Le lendemain, à midi, l'avion qui ramène Mehrnoushe Solouki se pose sur le tarmac de l'aéroport d'Orly. Samedi 19 janvier, la nuit a rejoint la pluie qui tombe depuis plusieurs jours. «Retrouvons-nous à la sortie du métro Censier-Daubenton, ce sera plus facile, j'habite dans le Ve arrondissement»; au début c'est juste une impression, mais très vite il n'y a plus de doute. Sa voix a changé: elle est plus forte, plus audible. Lorsqu'elle arrive au rendez-vous, nouvelle impression, la jeune femme semble plus grande que lorsque nous l'avions rencontrée à Téhéran. Le hijab a disparu. Ses vêtements moulants lui rendent sa féminité, mais laissent entrevoir une maigreur que la tenue flottante imposée par les mollahs dissimulait jusque-là. Mais qu'importe désormais, c'est une femme libre.
«Je suis très soulagée», confie Mehrnoushe installée à la table d'une brasserie. «Tout a été très vite, je ne m'attendais pas à ça», raconte-t-elle le sourire aux lèvres. En arrivant sur le sol français, elle a été accueillie par un représentant du ministère des Affaires Étrangères. «Il m'a demandé si des proches m'attendaient, j'ai dit non, je n'avais qu'une envie rentrer chez moi.» Elle reste cloîtrée chez elle jusqu'à samedi, ne réalisant pas encore ce qui lui arrive. «J'ai commencé à écrire, pour essayer de digérer ce que j'avais vécu, mais mes impressions changeaient d'heure en heure.» Elle doit aussi régler des problèmes de la vie quotidienne, comme ses factures et autres soucis administratifs. Lorsqu'elle consulte ses courriels, elle découvre avec surprise que sa boîte a littéralement explosé sous le poids des messages. «Mes amis à Paris et à Montréal, des journalistes, tout le monde voulait de mes nouvelles», explique-t-elle en souriant, avant d'ajouter: «Beaucoup de gens, notamment au Québec, m'ont apporté leur soutien, je leur en suis très reconnaissante.»
Pourtant, depuis le procès ajourné du 17 novembre dernier, la réalisatrice franco-iranienne était plutôt pessimiste. «Cela avait été une vraie mascarade. En plus, ces derniers temps, le climat politique s'est durci en Iran. Beaucoup de journalistes et d'étudiants ont été arrêtés.» C'est sans grand espoir qu'elle se rend à la nouvelle audience du 13 janvier. Mais, contre toute attente, les choses s'accélèrent. Son avocat commence par demander au juge si l'interdiction de sortie de territoire a été levée. Sans répondre directement, le magistrat déclare avoir reçu des consignes du ministère des Renseignements. Après de rapides débats, le juge rend son verdict: Mehrnoushe Solouki est libre de quitter l'Iran. «Je n'ai pas été innocentée, mais le dossier est clos; en fait, c'est comme si rien ne s'était passé.» De même que la lenteur inexpliquée du dossier jusqu'à présent, la soudaine accélération des choses reste inexplicable. «Ce sont les mystères de la justice iranienne!», s'exclame-t-elle. Toutefois ni les cassettes de son film ni son ordinateur, confisqué lors de son arrestation, ne lui sont restitués. Ensuite, tout s'enchaîne: les documents administratifs sont obtenus avec une facilité étonnante. Ses parents devraient prochainement récupérer la caution de 85 000 euros qu'ils avaient versée. Six jours après, elle embarque sur le vol IR 733 de la compagnie Iran Air à destination de Paris.
Elle laisse derrière elle un pays qu'elle a appris à mieux connaître. «Cela faisait très longtemps que je n'avais pas passé autant de temps en Iran; malgré moi, j'ai pu découvrir l'envers du décor.» Ce qui l'a le plus marquée, c'est l'ouverture des Iraniens sur le monde extérieur. «Grâce aux antennes paraboliques pourtant interdites, ils reçoivent les télévisions étrangères. Par exemple, Voice of America est une des chaînes les plus regardées! Même si, pendant la journée, la population vit sous les lois imposées par le régime, une autre vie commence le soir venu derrière les murs des maisons», et on est à mille lieues de l'image souvent véhiculée par les médias. La jeune femme va même plus loin: «Je pense que l'Iran vit une petite révolution intérieure, les choses changent doucement.» Et lorsqu'on lui demande si elle compte y retourner un jour, sa réponse est aussi catégorique que compréhensible: «Non, pas tant que ce régime sera en place.»
Des voyages, des projets, elle en a d'autres en tête: «Pour l'instant, j'ai vraiment hâte de rentrer à Montréal. Je dois rester un peu à Paris pour récupérer. Ma santé est encore fragile. Ensuite, on verra, mais j'aimerais bien créer un comité de soutien pour les opposants politiques iraniens. Je ne peux pas m'empêcher de penser aux personnes qui sont toujours enfermées dans la terrible section 209 de la prison d'Evin où j'ai passé un mois.» C'est sans doute cela qui impressionne le plus lorsqu'on rencontre Mehrnoushe Solouki après presque un an de captivité. Elle a gardé la même envie de raconter et de dénoncer. «J'espère bientôt pouvoir repartir en tournage, pourquoi pas en Afghanistan». Aujourd'hui, la réalisatrice peut savourer deux victoires: elle est enfin libre et, malgré ce qu'elle a vécu, elle a encore envie d'avancer.
Collaboration spéciale
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Après Persépolis - par Geneviève Marier
Le mardi 22 janvier 2008 19:00

