Loi 101: faut-il un débat sur les CPE ?
Mots clés : Parti québécois, Centres de la petite enfance, loi 101, Québec (province)
Des députés du PQ pensent que oui
S’ils sont portés au pouvoir, certains députés péquistes souhaiteraient que leur parti envisage de soumettre à la loi 101 les enfants qui fréquentent les Centres de la petite enfance (CPE), selon ce qu’a appris La Presse canadienne à travers une série d’entrevues. Déjà tenus d’envoyer leurs enfants à l’école française, les immigrants devraient donc faire de même avec leur enfant inscrit dans un CPE.Or, selon une série d’entrevues menées au cours des derniers jours auprès d’élus péquistes laisse croire que le parti va dans cette direction, pour favoriser la francisation des immigrants et leur intégration à la majorité francophone. À l’heure actuelle, les CPE — qui sont financés par plus d’un milliard de dollars de fonds publics par an — échappent à tout encadrement linguistique, autre que la Charte de la langue française.
Ce ne serait plus le cas une fois le PQ au pouvoir, s’il n’en tenait qu’à certains élus du parti, car diverses mesures s’adressant aux enfants issus de l’immigration et à tous les autres, seraient envisagées, a appris La Presse canadienne.
Parmi les scénarios évoqués figure l’abolition pure et simple du libre choix des parents immigrants. «Quand on fréquente un CPE, comme dans les écoles, la même logique s’applique. Je pense qu’on serait en droit d’exiger ça, dans la mesure où on sera capable d’offrir le nombre de places suffisantes», a ainsi affirmé le député de Borduas et porte-parole de l’opposition péquiste sur la Charte de la langue française, Pierre Curzi, lors d’une entrevue.
Dans son esprit, à partir du moment où le nombre de places requis est atteint, il serait donc justifié que Québec étendent aux services de garde l’obligation faite aux immigrants d’envoyer leurs enfants à l’école française. «La logique pure voudrait peut-être qu’ils n’aient pas le choix», selon lui.
Pour que les bambins se familiarisent très tôt avec la langue française, les immigrants avec enfants seraient invités à signer un «contrat d’intégration» et les CPE obligés de fournir des services en français, d’embaucher des éducatrices capables de s’exprimer en français, et d’offrir des cours d’initiation au français. «[Ainsi] on aurait créé dans les lieux les plus sensibles — le travail, la famille — une intégration à la langue», a ajouté M. Curzi, en faisant part de sa «peur qu’on n’ait pas le choix d’intervenir».
Pauline Marois n’y avait pas pensé
Alors que La Presse canadienne lui demandait la semaine dernière pourquoi, au moment de la mise sur pied du réseau, le gouvernement n’avait pas pris les dispositions nécessaires pour en faire un outil de francisation, la chef du PQ, Pauline Marois — qui pilotait le dossier à l’époque — a répondu: «C’est simplement parce qu’on n’y a pas pensé.»
En admettant ne pas avoir beaucoup réfléchi à la question, elle a dit voir d’un bon œil l’idée d’en débattre, avec en tête l’objectif «de franciser les nouveaux arrivants». «C’est quelque chose qu’on devrait pouvoir discuter et aborder», a-t-elle dit, sans vouloir cependant s’engager davantage. Mais, chose certaine, il faut selon elle pouvoir «offrir les services en français» dans les CPE.
Le député péquiste de Verchères, responsable du dossier famille, Stéphane Bergeron, pense lui aussi que l’esprit de la Charte de la langue française devrait régner dans les services de garde. «S’il n’y a pas contravention à la lettre même, on ne peut pas tolérer qu’il y ait contravention à l’esprit» de la loi 101, a-t-il plaidé, lors d’une entrevue.
Il a aussi rappelé que «les institutions financées par l’État doivent favoriser l’intégration des nouveaux arrivants à la majorité francophone. Il y a certainement lieu d’être préoccupé», selon lui, en disant juger la question «éminemment pertinente».
Contacté par Le Devoir hier soir, M. Bergeron a toutefois insisté pour nuancer les conclusions du texte de l’agence de presse. Selon lui, au moment de l’entrevue, on lui aurait demandé de réagir au fait qu’«il y aurait des CPE qui offriraient des cours ou des services en anglais et qui s’engageraient à respecter la langue d’origine [autre que le français] des enfants». Se disant préoccupé par cette possibilité, il a soutenu hier qu’«il faut dans un premier temps, explorer la situation et voir s’il y a un problème, et si oui, de quelle ampleur est-il, avant de se lance dans d’éventuelles mesures pour corriger la situation».
Zone d’ambiguïté
Par ailleurs, en 2001, rappelait l’agence de presse hier, alors qu’il présidait les États généraux de la langue française, Gérald Larose en était venu à la conclusion que les CPE devraient être assimilés à «l’économie générale de la loi 101» et tenus «d’offrir des services de francisation aux enfants des immigrants de moins de quatre ans». Il préconisait aussi que le personnel des CPE «s’impose des exigences de haut niveau en matière de langue française dans ses rapports avec les enfants».
Aujourd’hui, celui qui est devenu président du Conseil de la souveraineté juge que cette question, tout en étant préoccupante, ne devrait quand même pas devenir une priorité d’action, tout en faisant remarquer que les CPE se situent dans une «grande zone d’ambiguïté, c’est évident».
Par voie de communiqué, le Parti québécois a aussi estimé hier soir qu’il y a «bien d’autres priorités sur lesquelles devraient s’attarder le gouvernement [libéral de Jean Charest] en matière de langue française, notamment la francisation des petites entreprises et une offre de cours plus adéquate pour les nouveaux arrivants».
CPE bilingues et polyglottes
Depuis les États généraux, pourtant, rien n’a bougé. Au ministère de la Famille, il existe d’ailleurs bien peu de données sur le sujet. Le rapport d’activités 2002-2003 — le seul à aborder la dimension linguistique — indique que 95,8 % des CPE offrent des services en français, 13,5 % en anglais et 4,3 % dans une autre langue. Si le total dépasse 100 %, c’est justement parce que plusieurs d’entre eux, surtout à Montréal, offrent des services dans deux, voire plusieurs langues.
Par exemple, sur le site Internet du CPE Mes premiers pas, du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, on apprend que «le centre accorde une attention particulière à l’apprentissage du français et de l’anglais chez les enfants de familles allophones, tout en reconnaissant que ces enfants ne doivent pas oublier leur langue maternelle».
Sur l’île de Montréal, on compte 172 CPE fréquentés par 13 500 enfants, dont 35 % parlent une autre langue que le français. Chaque année, le Québec accueille quelque 45 000 immigrants, dont 5000 ne parlent pas français.
Quant à savoir quelle stratégie le PQ devra privilégier pour s’attaquer au problème, le député Stéphane Bergeron hésite. Cela pourrait être par exemple «via un engagement formel dans le cadre du programme électoral», a-t-il dit. Le PQ doit se donner un nouveau programme électoral dans les prochains mois.
Avec La Presse canadienne

