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Quelques notions de linguistique...

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Caroline Sigouin
Envoyé Le dimanche 20 janvier 2008 18:00



Bonjour Madame Bombardier,

j'ai lu votre article "Why not?" paru dans l'édition des 19 et 20 janvier 2008 du Devoir, et je dois vous avouer que j'ai été plutôt déçue de l'opinion que vous avez du français québécois et du manque de connaissances linguistiques dont font preuve vos affirmations.

Premièrement, sur quoi vous basez-vous pour dire que la langue parlée se détériore? Prouvez-le moi. Il n'y a pas grand différence entre la façon dont parlent mes grands-parents et la mienne. Peut-être utilisent-ils simplement un peu plus d'anglicismes comme beaucoup de personnes âgées des régions minières. Peut-être que je dis un peu plus de "si j'aurais". Nos expressions sont différentes. Les miennes ne sont pas pires.

D'ailleurs, qu'est-ce pour vous qu'une langue de bonne qualité? Vous semblez penser que la qualité d'une langue va de pair avec son respect d'une norme édictée artificiellement par un quelconque office ou une quelconque académie. Je ne vois pas en quoi un manuel de grammaire est plus riche que la syntaxe et la grammaire naturelles dont font usage Monsieur Madame Toutlemonde quand ils parlent dans un registre familier. Ce sont deux formes différentes à utiliser dans des contextes différents, voilà tout. Une forme n'est pas meilleure que l'autre.

Et les anglicismes! C'est vraiment une réaction de peur typique des peuples minoritaires que de craindre le changement apporté par le contact du peuple majoritaire. À preuve, crie-t-on au meurtre lorsque l'on entend un amérindianisme? Non, puisque dans ce contexte, nous sommes le peuple majoritaire. Les langues évoluent constamment et l'emprunt est un phénomène tout ce qu'il y a de plus normal dans ce processus. Saviez-vous que le tiers du lexique anglais vient du français du temps des invasions normandes? Saviez-vous que le français de France comporte beaucoup plus d'anglicismes que le français québécois? Saviez-vous que dans le Multi, on proscrit certains anglicismes québécois pour suggérer à la place d'utiliser un anglicisme de France?

Vous parlez aussi de fierté, de sacralisation même. Je peux vous dire Madame, que les québécois seront fiers de leur langue quand ils auront conscience que justement, c'est LEUR langue. Ce n'est pas celle des Français, que ce n'est pas quelque chose d'extérieur à eux, que ce sont eux qui la font. Comment être fier de mots que nos parents, que nos amis ne nous ont jamais dit? Comment être fier de notre langue quand on nous dit sans cesse qu'elle se détériore, qu'elle est de mauvaise qualité, que ce n'est pas la bonne façon de parler? Ce n'est pas dans le peur de mal parler que notre langue s'épanouira, s'émancipera.

Notre langue au Québec est différente. La langue française en général est riche de tous ses accents, de tous ses dialectes, de tous ses registres, ses variétés, ses emprunts, ses changements de sens, de forme, riche de son évolution. La langue française est bien vivante et je préfère qu'elle ait "fait face au vents qui soufflent de partout pour imposer ses mots jusque dans les" colères, tabarn,,, plutôt que "dans les collèges" où l'on essaie de nous faire croire qu'elle tient dans un livre, où elle est réservée à une élite.

Ma langue est dans ma bouche, pas dans mon stylo, je ne la mettrai pas dans ma poche en parlant comme on doit écrire.

En espérant ne pas avoir été trop dure et que vous poursuivrez vos réflexions linguistiques,

bonne journée,

Caroline Sigouin
Étudiante au baccalauréat en linguistique
UQAC
http://lexidicocaro.hautetfort.com

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