Kenya - L'opposition veut boycotter les entreprises liées au pouvoir

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AFP
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 janvier 2008

Mots clés : bocyottage, Entreprise, Manifestation et émeute, Kenya (pays)

Nairoboi -- Au moins 25 personnes ont été tuées depuis mercredi en trois jours de manifestations convoquées par l'opposition kényane, qui a changé de stratégie hier en appelant au bocyottage des entreprises de proches du chef de l'État réélu Mwai Kibaki.

Hier, au dernier jour des manifestations visant à protester contre les résultats de l'élection présidentielle du 27 décembre, entachée de fraudes selon de nombreux observateurs, cinq personnes -- quatre à Nairobi et un à Mombasa -- ont été tués par balle par la police, qui a interdit tout rassemblement.

Déplorant la répression des forces de l'ordre, neuf ambassades occidentales au Kenya, dont celle du Royaume-Uni, ont appelé les autorités kényanes à cesser de tuer des «manifestants désarmés», enjoignant la police d'abandonner «tout usage disproportionné de la force».

Cinq cadavres portant des marques de flèches et des coups de machettes ont par ailleurs été découverts hier à Narok (sud-ouest) à la suite d'affrontements entre groupes rivaux, vraisemblablement dans la nuit de jeudi à hier.

Depuis mercredi, quinze autres personnes ont été tuées dans le pays, la plupart par la police, notamment dans les bidonvilles de Nairobi et dans la ville de Kisumu (ouest), des bastions électoraux de Raila Odinga, arrivé deuxième de la présidentielle, selon des sources policières.

Hier, une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Mombasa a été dispersée par la force, tandis que la police a fait usage de gaz lacrymogène contre des centaines de manifestants à Kisumu.

Le Kenya traverse une crise politique majeure depuis la réélection contestée, le 27 décembre, de M. Kibaki: au moins 700 personnes ont été tuées dans des violences depuis trois semaines. Quelque 200 000 personnes sont actuellement déplacées.

Devant la répression policière impitoyable, empêchant de fait tout rassemblement, le Mouvement démocratique orange (ODM) de M. Odinga a annoncé la fin des manifestations et une nouvelle stratégie visant à affaiblir le camp présidentiel.

«Nous avons vu beaucoup de souffrances causées par des actions irresponsables de la police contre des manifestants pacifiques. Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase de la lutte qui inclura un boycottage économique par les consommateurs de grandes sociétés appartenant à des faucons proches de M. Kibaki», a expliqué le porte-parole de l'ODM, Salim Lone.

Il a notamment cité la compagnie de produits laitiers Brookside Dairies, les compagnies de transports en commun City Hopper et Kenya Bus Service, ainsi que la banque Equity Bank. «De grâce, laissons le secteur privé en dehors de la politique», a réagi le porte-parole du gouvernement Alfred Mutua devant cette proposition de boycottage.

Dans un rapport publié vendredi à Nairobi, une coalition d'organisations africaines a accusé des responsables de la Commission électorale kényane d'avoir manipulé les résultats de certaines circonscriptions pour garantir la réélection de M. Kibaki.

Sur le plan diplomatique, l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan est attendu mardi à Nairobi pour tenter une médiation dans la crise politique majeure que traverse le pays, une visite qui avait été reportée pour raisons de santé.


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