Un allié de poids - Des sanctions contre le Kenya risquent d'être inefficaces

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AFP
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 janvier 2008

Mots clés : Mouvement démocratique orange, Kofi Annan, médiation, Élection, Kenya (pays)

Nairobi -- La communauté internationale, impuissante jusqu'à présent à amener au dialogue les rivaux kényans, dispose de peu de leviers pour imposer une solution négociée au Kenya et ne paraît pas très pressée d'en jouer contre un partenaire de choix des Occidentaux.

Après l'échec des tentatives de médiation menées depuis début janvier par la sous-secrétaire d'État américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, puis par le président de l'Union africaine, John Kufuor, l'ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a hérité du dossier.

Si M. Annan a retardé sa venue à Nairobi, officiellement pour cause de grippe, deux personnalités l'assistant dans sa mission -- l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa et Graça Machel, l'épouse de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela -- sont arrivées cette semaine dans la capitale kényane.

Le Mouvement démocratique orange (ODM) du chef de l'opposition Raila Odinga, qui revendique la victoire à l'élection présidentielle du 27 décembre, s'est dit prêt hier à les rencontrer. Le gouvernement, qui a jusqu'à présent accueilli froidement ce type d'initiatives, a finalement fait savoir qu'ils étaient les bienvenus au Kenya.

L'accord s'arrête là entre Raila Odinga et le camp du président Mwai Kibaki, dont la proclamation de la réélection a plongé le pays dans une crise ayant fait au moins 700 morts et plus de 200 000 déplacés.

Pour l'ODM, le seul enjeu d'une médiation est une nouvelle élection présidentielle. Pour le pouvoir, qui récuse le terme de médiation, le dossier de la présidentielle est clos et seul un dialogue visant à régler la crise est envisageable.

Face à ce dialogue de sourds persistant, l'Union européenne, en pointe depuis le début de la crise dans la dénonciation des irrégularités du scrutin, commence à agiter la menace d'une suspension partielle de son aide.

Jeudi, le Parlement européen a demandé «le gel de toute aide budgétaire au gouvernement du Kenya en attendant [...] une résolution politique de la crise actuelle».

Problème: l'État kényan peut parfaitement fonctionner sans aide budgétaire extérieure. Cette aide ne représente en effet que 3 % du montant total du budget, selon les chiffres officiels kényans.

L'écrasante majorité de l'aide au Kenya est directement attribuée à des projets de développement (santé, éducation, adduction d'eau, infrastructures routières, etc.).

Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a déjà exclu de suspendre «purement et simplement» cette aide, qui frapperait surtout une population déjà éprouvée. De surcroît, les pays européens, notamment l'ancienne puissance coloniale britannique, marchent sur des oeufs au Kenya. «On a beaucoup d'intérêts ici», résume sous couvert d'anonymat un ambassadeur occidental en poste à Nairobi.

L'économie kényane est en pleine expansion et ouverte aux investissements étrangers dans des secteurs porteurs comme le tourisme mais aussi les télécommunications ou encore l'agro-industrie, où les Occidentaux se retrouvent de plus en plus en concurrence avec la Chine.

Cette gêne à entrer en conflit avec le Kenya transparaît également dans la position du Commonwealth, d'ordinaire prompt à sermonner ses membres lors d'élections douteuses. L'organisation a officiellement mis en doute jeudi le résultat de la présidentielle sans s'avancer sur le terrain mouvant de possibles sanctions.

Quant aux États-Unis, pour lesquels le Kenya est un allié de taille dans la lutte antiterroriste dans la Corne de l'Afrique, ils ont décidé jeudi de renvoyer dos à dos MM. Kibaki et Odinga dans la responsabilité des violences en leur demandant d'ouvrir un «dialogue positif», sans mentionner de possibles nouvelles élections.


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