Quelle pilule!
Mots clés : industrie pharmaceutique, antidépresseurs, Médicament, santé, Québec (province)
Diable! Que reste-t-il comme certitude au patient atteint d'un trouble de santé mentale lorsque l'antidépresseur qu'il prend tous les jours, espérant ainsi éliminer son mal, a été prescrit par un médecin peut-être leurré dans l'administration des médicaments?
Les auteurs rapportent que la quasi-totalité (94 %) des essais cliniques publiés -- donc lus par les médecins de la planète -- sont positifs, les faiblesses des médicaments évalués étant quant à elles presque entièrement occultées. On ne sait pas si ce coup d'éclat est orchestré par les revues elles-mêmes ou s'il est commandé par les toutes-puissantes compagnies pharmaceutiques. Mais stupeur: un répertoire des études portant sur les antidépresseurs, relevé celui-là par la Food and Drug Administration, a montré la face cachée du portrait. C'était alors plutôt la moitié des essais (51 %) qui menaient à des résultats positifs. Cachez cette étude...
Ces révélations, qui portent une fois de plus sur la partialité de l'industrie pharmaceutique, frappent ce que d'aucuns n'hésitent plus à appeler le «nouveau mal du siècle». Les problèmes de santé mentale comptent désormais pour 50 % de l'absentéisme au travail au Québec. Ils traînent déjà dans leur sillage suffisamment de brume: difficulté à établir le diagnostic et à trouver la médication idéale, peine à avouer un mal entaché de nombreux préjugés...
S'il faut en plus que nos médecins, dont une grande partie de la formation continue se nourrit de la lecture de ces revues spécialisées, naviguent eux-mêmes en plein brouillard, que reste-t-il à un patient déjà abattu par la maladie pour croire la cure possible?
Pressés d'un côté par des malades en mal de pilules, courtisés de l'autre par d'impétueuses compagnies pharmaceutiques, les médecins, même les plus rigoureux, doivent donc composer avec ce nouvel élément flou dans leur travail de haute voltige. Certaines données sont renversantes: en médecine à l'heure actuelle, chez une personne sur deux, le médicament d'abord prescrit ne fonctionnerait pas... La crédibilité des revues spécialisées, qui ne dévoileraient qu'un portrait idyllique des effets de la médication, déséquilibre encore davantage le parcours du funambule-médecin.
En attendant la pharmacogénomique (qui permettra de prédire l'effet d'un médicament sur une personne à partir de son propre code génétique, éliminant du coup une grande part de l'approximation liée à la méthode essai-erreur), la question de l'impartialité des évaluations touchant les médicaments psychotropes n'est plus à contourner. Pour la santé des patients, l'industrie qui les traite doit elle-même guérir ses vilaines afflictions.
machouinard@ledevoir.com
Vos réactions
Preuve que même la science peut être orientée - par Michel Thibault
Le dimanche 27 janvier 2008 13:00
Vaste offensive - par Louise Chenel
Le mercredi 23 janvier 2008 09:00
À M. Lengellé- Lorsqu'on ne comprend pas, mieux vaut se taire - par Jean-Michel Leblanc (jean-michel.leblanc.2@ulaval.ca)
Le samedi 19 janvier 2008 14:00
La pourcentagite aigüe frappe encore - par Jean-G. Lengellé (jeangeorges.lengelle@sympatico.ca)
Le samedi 19 janvier 2008 07:00
La pilule n'est pas nécessairement amère. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le samedi 19 janvier 2008 07:00

