Opinion
Lettres: La vigilance, ça se joue à deux
Mots clés : loi 101, Français (langue), Langue, Québec (province)
La semaine dernière, un quotidien montréalais publiait un de ces reportages-chocs dont il a le secret, cette fois sur le triste état du français dans les commerces de la ville. La journaliste se fait passer pour unilingue anglaise et trouve immédiatement 15 emplois. Si on peut contester sa méthodologie, car l'enquête fut menée durant la pénurie d'employés du temps des Fêtes, il n'en demeure pas moins qu'elle met en lumière ce que beaucoup voudraient cacher dans l'ombre: l'unique langue d'usage dans plusieurs commerces du centre-ville reste souvent l'anglais; le français recule dans Ville-Marie et même sur le Plateau Mont-Royal.
S'il existe un laxisme législatif qu'il faut corriger, il est surtout scandaleux d'entendre la classe politique se décharger de sa responsabilité sur le citoyen. Pour Philippe Couillard et Raymond Bachand, pour Christine St-Pierre et Mario Dumont, c'est au consommateur d'être vigilant. Mais depuis quand incombe-t-il à la population de faire respecter la loi? On croit rêver. Et être vigilant, qu'est-ce à dire? Cette attitude fait penser aux pires époques de l'histoire, quand l'on encourageait le peuple à se faire justice lui-même. Bien sûr, il est vrai que les francophones passent souvent à l'anglais lorsque leurs vis-à-vis ne parlent pas français, et je suis tout à fait pour le volontarisme citoyen. Mais ce désengagement de l'État encourage les tensions sociales, car, oui, la lutte du français à Montréal reste encore une réalité, n'en déplaise aux élus. Il serait plutôt de leur devoir de faire appliquer convenablement la Charte de la langue française à l'aide de mesures concrètes autres qu'une timide lettre de réprimande. Alors, le citoyen sera vraiment vigilant, et avec raison.

