Record de réservistes au front
Mots clés : Forces armées, mission, réservistes, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)
20% du prochain contingent sera constitué de soldats «à temps partiel»

Photo: Agence Reuters
«La prochaine rotation sera effectivement celle qui contiendra le plus de réservistes depuis le début de la mission en Afghanistan», confirme le lieutenant-colonel Ian Creighton, du département des Opérations courantes des Forces canadiennes. «La mission afghane n'est pas la seule tâche de l'armée, que ce soit ici ou à l'étranger. La pression est forte sur la force régulière», ce qui pousse l'armée vers d'autres ressources disponibles, ajoute-t-il.
Les réservistes ne sont pas des soldats à temps plein. Ils consacrent leur vie à un autre métier au Canada, d'où le vocable de «militaire à temps partiel» souvent utilisé dans l'armée. Ils doivent toutefois être au service de l'armée entre 30 et 45 jours par année pour suivre des formations. C'est un travail bénévole, sauf lorsqu'ils sont en service actif. Les réservistes qui se portent volontaires pour être déployés en Afghanistan doivent donc prendre un congé sans solde de leur emploi habituel durant toute leur mission à l'étranger (six à neuf mois), mais aussi pour s'entraîner avec les autres militaires avant le départ.
Selon le lieutenant-colonel Ian Creighton, la grande proportion de réservistes dans le prochain contingent n'est pas une exception. «Je ne serais pas surpris de voir autant de réservistes pour la rotation 6 qui partira en août 2008, car elle viendra du centre du pays [Ontario], et la force régulière n'est pas abondante dans cette région.» Le groupe de soldats qui prendra place en Afghanistan à partir de mars prochain provient de l'Ouest du pays, principalement du Princess Patricia's Canadian Light Infantry (PPCLI) d'Edmonton.
Avant de s'embarquer pour Kandahar, les réservistes reçoivent le même entraînement que les soldats de la force régulière. Ils vont donc au Texas, où l'on simule les conditions de combat de l'Afghanistan. À Kandahar, plusieurs mènent des missions tout aussi dangereuses que les soldats réguliers, escortant des convois et livrant bataille aux talibans. Depuis 2001, huit réservistes canadiens ont perdu la vie en Afghanistan (sur 76 décès).
«Sans les réservistes, il serait extrêmement difficile de poursuivre la mission en Afghanistan, dit le lieutenant-colonel Ian Creighton. Ils sont très importants, particulièrement pour une longue mission.»
Pourquoi autant de réservistes?
Les Forces canadiennes utiliseront un nombre record de réservistes pour deux raisons: le manque de ressources au milieu d'une mission exigeante et le besoin de pourvoir des postes précis qui demandent une expérience recherchée.
«Il n'y a aucun doute que nous avons besoin de plus de soldats dans la force régulière, je ne peux pas le nier, affirme le lieutenant-colonel Ian Creighton. Mais est-ce la seule raison pour laquelle nous allons déployer autant de réservistes à l'étranger? Non. C'est aussi parce que nous voulons avoir la meilleure équipe sur place, peu importe d'où provient le soldat. Pour nous, le soldat régulier et le soldat à temps partiel font partie de la même armée, et il faut utiliser leur compétence.»
Ian Creighton cite l'exemple des médecins, qui ne sont pas assez nombreux dans la force régulière pour à la fois assurer les soins dans les différentes bases canadiennes et soutenir une mission à l'étranger. L'armée doit donc demander à des médecins réservistes qui pratiquent dans des cliniques ou des hôpitaux s'ils veulent bien s'engager pour une période de six à neuf mois en Afghanistan.
De plus, certaines tâches à Kandahar sont entièrement assurées par des réservistes. C'est le cas des soldats qui forment l'unité de Coopération civilomilitaire. Ces derniers font le lien entre l'armée et les Afghans pour mener à bien des projets de reconstruction. L'unité des Opérations psychologiques renferme elle aussi exclusivement des réservistes. Cette unité discrète a été mise en place par l'OTAN pour faire de la «propagande honnête» auprès des Afghans, comme le révélait Le Devoir le 23 avril dernier.
Aucune obligation
Les réservistes n'ont aucune obligation de s'embarquer pour Kandahar. La dernière fois que le gouvernement a obligé par décret les réservistes à participer à un conflit, c'était lors de la Seconde Guerre mondiale.
Selon le colonel à la retraite Alain Pellerin, qui est aussi directeur exécutif de la Conférence des associations de la défense, les Forces canadiennes peuvent se permettre d'avoir plus de réservistes en Afghanistan parce que la sécurité sur le terrain s'améliore. Il cite des chiffres: entre août 2006 et mars 2007, 26 militaires canadiens sont morts dans la région de Kandahar. Entre mars 2007 et août 2007, 23 soldats ont perdu la vie. Or, depuis que les soldats québécois sont en Afghanistan, en août dernier, sept militaires sont morts.
«Les gars sont mieux préparés, mieux équipés, et l'armée apprend de ses erreurs. Il y a du progrès en matière de sécurité, alors on peut se permettre d'inclure plus de réservistes», dit Alain Pellerin. Le nombre de volontaires parmi les réservistes est aussi très élevé, ce qui permet à l'armée de combler ses besoins, soutient-il.
Mettre à l'oeuvre autant de réservistes dans une mission n'est toutefois pas une première historique. En septembre 1993, lors d'une opération du PPCLI d'Edmonton (encore) en Bosnie, dans la région de Medak Pocket, pas moins de 40 % des 875 soldats canadiens étaient des réservistes. Une situation toutefois exceptionnelle.
Depuis 2000, plus de 4000 membres de la première réserve ont été déployés lors d'opérations menées par les Forces canadiennes, largement en Afghanistan, mais aussi en Bosnie, en Croatie et à Haïti. La force régulière compte 64 000 soldats, alors que la réserve renferme 34 000 militaires à temps partiel. Dans le cas de la mission afghane, les réservistes les plus sollicités sont ceux appartenant à l'armée de terre, qui compte 25 000 soldats à temps partiel sur les 34 000.
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