L'entrevue - Le super-recteur

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Isabelle Porter
Édition du lundi 14 janvier 2008

Mots clés : Université Laval, Denis Brière, recteur, Université, Éducation, Québec (ville)

Le nouveau patron de l'Université Laval semble posséder le don d'ubiquité

Denis Brière

Photo: Clément Allard

Denis Brière est partout. Après avoir présidé avec succès le Sommet sur l'avenir de la forêt québécoise, le voilà à la tête d'un comité sur le projet de train rapide dans le corridor Québec-Windsor. Sans compter tout le reste... Portrait d'un recteur qui veut faire de la politique sans être politicien.

Québec -- Le patron de l'Université Laval était d'excellente humeur lorsque nous l'avons rencontré vendredi. La veille, les gouvernements avaient annoncé le financement d'une nouvelle étude sur la faisabilité d'un train rapide entre Québec et Montréal. Même l'Ontario est intéressé par le prolongement du trajet jusqu'à Windsor.

«C'est extrêmement important. Si l'on réussit à faire Québec-Montréal en l'espace de deux heures, c'est certainement un avantage marqué», fait remarquer Denis Brière en soulignant que le contexte a bien changé depuis l'échec du projet de TGV du maire L'Allier, qui était par ailleurs beaucoup plus coûteux. «Par rapport au train rapide, le TGV, c'était extrêmement dispendieux. Et la situation a changé. La mobilité de la main-d'oeuvre et des gens d'affaires va devenir de plus en plus importante, et la question du réchauffement climatique n'était pas présente en 1995.»

Mais qu'est-ce qu'un recteur peut bien faire à la tête d'un comité sur les transports? «C'est une bonne question! Je me la suis moi-même posée quand on m'a approché...», lance-t-il. L'appel venait du ministre responsable de la région de Québec, Philippe Couillard. «L'effet du Sommet [sur l'avenir de la forêt québécoise, avant Noël] a probablement eu quelque chose à faire avec cela. Les gens nous ont sollicités pour que l'on organise quelque chose sur un terrain neutre. On n'a pas d'"agenda caché", on n'a rien à vendre, on n'a pas d'intérêts particuliers. Moi, j'aime contribuer, je vois mon rôle comme celui d'un rassembleur.»

Âgé de 61 ans, ce spécialiste en foresterie paraît calme et s'exprime à voix basse, à tel point qu'il faut lui demander de parler plus fort pour que le magnétophone capte ce qu'il nous dit. Des apparences discrètes qui tranchent avec la poigne et le leadership qu'il a manifestés depuis son entrée en poste, il y a moins d'un an.

L'immigration à Québec

On ne compte plus ses alliés. Avant les Fêtes, c'est à lui que le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a confié la présidence du délicat sommet sur la forêt. «Les projets du recteur sont mes projets», répète le maire Régis Labeaume.

Les deux hommes se sont rencontrés il y a une semaine pour discuter de la Maison internationale, un projet de centre de services pour immigrants lancé par Jean-Paul L'Allier et enterré pendant le mandat d'Andrée Boucher. Le recteur voulait que la Maison s'installe à l'Université, mais la Ville avait un projet concurrent. Finalement, M. Brière a eu ce qu'il voulait.

«L'immigration, dans la région de Québec, ça passe par l'Université Laval», martèle-t-il. En septembre, le recteur a même déposé un mémoire en commission parlementaire afin de convaincre le ministère de l'Immigration de hausser les niveaux d'immigration dans la capitale.

Quand on lui fait remarquer que la Ville a de la difficulté à retenir ses immigrants, il répond qu'il a «un plan». Partant du constat que 69 % des étudiants internationaux de l'Université souhaitent s'établir ici et que beaucoup partent parce qu'ils ne trouvent pas d'emploi, M. Brière veut littéralement leur trouver du travail! «On va garantir du travail aux gens diplômés du premier cycle pour une première année.» Il est évidemment question ici de secteurs-clés comme l'informatique, l'ingénierie et le domaine minier. Le programme, qui devrait débuter l'automne prochain, s'adresserait à tous, mais on espère qu'il aura un impact particulier sur les étudiants étrangers.

L'épicerie-école

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les relations entre le recteur et le secteur privé sont excellentes. C'est à la fois sa force et sa faiblesse, d'ailleurs. Son passage chez Kruger inc. avait suscité beaucoup de méfiance à son arrivée à la tête de la faculté de foresterie en 2000. Et cela lui a sûrement nui lors de sa première course au rectorat deux ans plus tard.

Mais le recteur n'a cure des étiquettes, c'est d'ailleurs lui qui a mis fin au controversé projet d'épicerie-école avec Sobeys, mais il tient à dire que celui-ci est loin d'être enterré. «L'épicerie-école n'est pas un mauvais projet, mais il a été mal présenté dès le départ, et ç'a créé toutes sortes de soupçons, dit-il. On a pensé que l'Université allait bouleverser les règles commerciales dans la région en favorisant le positionnement d'une entreprise, les étudiants étaient contre...» Bref, le projet va se réaliser, «mais de façon différente». Il assure qu'il n'y aura pas d'épicerie sur le campus. «Comme recteur, il faut que je protège mon patrimoine.»

La place du secteur privé sur le campus est une question que le recteur a décidé d'attaquer de front par une politique définissant les relations entre l'Université et le privé. «L'objectif n'est pas de diminuer la présence du privé, mais de mieux l'encadrer, pour que des épisodes comme l'épicerie-école ne se reproduisent pas.» La règle est simple pour les partenariats: l'Université doit y trouver son compte, et pas seulement d'un point de vue financier. «Quand j'étais doyen de la faculté de foresterie, j'ai déjà refusé un million de dollars par année pour un projet parce que le rôle de l'Université se réduisait à celui de consultant et qu'il n'y avait rien sur le plan de l'avancement des connaissances.»

À ceux qui disent que les entreprises de Québec sont déjà trop sollicitées, il répond que le privé ne «donne pas pour donner». «Il faut se renseigner sur leurs besoins.» Ainsi, lors d'une rencontre avec les gens d'Alcan, on lui a fait remarquer que Rio Tinto était très présente en Afrique et que la relève manquait là-bas. Un nouveau projet est né. «Savez-vous combien d'étudiants africains nous avons formés ces cinq dernières années? 900! On pourrait former des étudiants qui retourneraient ensuite en Afrique. L'entreprise pourrait nous financer, donner des bourses, permettre des échanges.»

Le campus vert

Le même enthousiasme prévaut en ce qui concerne le futur centre sportif Super-PEPS. «La Ville de Québec met 10 millions de dollars, le gouvernement provincial a consenti 32,5 millions et on est en négociation avec le fédéral pour attacher tout ça», explique le recteur, qui se dit résolu à obtenir l'appui d'Ottawa avant d'éventuelles élections.

M. Brière est lui-même un ancien joueur de football. Dans l'équipe du collège, il était défenseur, le meilleur de son équipe. «J'ai joué pendant sept ans. J'ai dû cesser en arrivant à Laval. À l'époque, il n'y avait pas d'équipe de football.» Le centre sportif permettra de rénover les installations du Rouge et Or (football et autres disciplines) tout en bonifiant les services offerts aux sportifs de l'extérieur du campus. Fait intéressant, le stade de soccer qui fait partie du projet doit être construit... en bois, comme l'a recommandé le Sommet sur l'avenir de la forêt.

Le recteur milite justement pour faire du campus un exemple en matière de développement durable. «On veut que le campus serve de banc d'essai pour de nouvelles façons de faire en environnement.» L'Université vient d'investir deux millions sur cinq ans dans une table sur le développement durable à laquelle siègent des professeurs, des représentants de la Ville et des étudiants. On veut éliminer les sacs de plastique, imposer aux bâtiments des normes de construction vertes, développer davantage le recyclage et éventuellement offrir des cartes d'autobus gratuites aux étudiants.

«Lorsqu'on parle d'environnement, c'est rassembleur. Les gens sont très sensibles à ça. Les jeunes en particulier. Quand mes petits-enfants me voient avec un sac de plastique, ils me demandent: "Qu'est-ce que tu fais là?"» Devant tant de flair, la question s'imposait: intéressé par la politique, Monsieur le Recteur? «Non, j'ai été aussi loin que je pouvais aller en politique en me faisant élire à l'Université Laval!, lance-t-il dans un éclat de rire. Ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse, je suis un gars de contenu, de projets.» Et d'ajouter: «Bien qu'il y ait un rôle politique à jouer en tant que recteur...»

Collaboratrice du Devoir


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