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Mais tel n'était évidemment pas le but de cette rencontre, puisque d'une part «Stephen Harper a plutôt écouté, sans trop intervenir, a soutenu au Devoir une source de la délégation québécoise», ne cherchant donc pas à convaincre ses hôtes du bien fondé de son projet de fiducie d'un milliard de dollars; et d'autre part, il est resté inflexible et n'a pas changé celui-ci d'un iota, selon ce qu'ont exprimé les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, qui n'ont rien obtenu de ce qu'ils réclamaient.
Alors, quel était le but de cette réunion, dont le premier ministre de Terre-Neuve avait par avance proclamé qu'elle serait creuse et ne donnerait rien : «Faire une réunion, peu importe le sujet, un vendredi soir, sans la préparation habituelle, n'est pas la bonne façon de procéder. C'est fait pour avoir le minimum d'impact. Je pense que cette rencontre ne fera aucune différence.»
S. Harper avait sans doute une bonne raison d'organiser cette rencontre creuse. Faute d'explications, on ne peut que la supputer, en sachant qu'il agit beaucoup plus selon des critères psychologiques associés à une stratégie complexe destinée à embarrasser l'opposition, libérale en particulier, et à s'attirer l'appui direct de futurs électeurs. Il ne faut pas oublier que l'objectif de S. Harper est de devenir premier ministre d'un gouvernement majoritaire.
C'est une des raisons pour lesquelles ce plan de fiducie est destiné à aider «les communautés mono-industrielles à diversifier leur économie, il servira à former la main-d'oeuvre dans les entreprises et à recycler les travailleurs licenciés » et non à subventionner les industries elles-mêmes. Voilà qui ressemble à l'annonce de l'allocation de 1 200 $ par enfant de moins de 6 ans versée directement aux familles. Ainsi, S. Harper touche celles-ci directement et donc directement des électeurs, au lieu de subventionner des organismes. L'effet psychologique n'est pas le même dans les deux cas, ce qui peut influer sur le vote de l'électeur. Et l'on pourrait citer d'autres mesures du même genre.
En même temps, il place l'opposition, l'opposition libérale en particulier, dans une situation délicate, puisque cette fiducie est liée à l'approbation du prochain budget. Comment rejeter cette aide et faire tomber le gouvernement, sans s'attirer la mauvaise humeur des électeurs touchés et fournir à S. Harper des munitions percutantes pour sa campagne électorale?
La rencontre des premiers ministres s'inscrit probablement dans ce plan machiavélique et le premier ministre pourra faire état de cette rencontre pour montrer sa bonne volonté, montrer qu'il est à l'écoute des besoins, tout en faisant valoir qu'il apporte des réponses non négligeables. Est-ce la bonne interprétation? Difficile de le dire. Il est certain que S. Harper s'attendait aux réactions de ses hôtes, qu'il n'a pas appris grand chose de nouveau et donc que cette réunion avait un but psychologique à usage ultérieur. Je l'ai déjàa écrit, S. Harper est passé maître dans l'art de la psychopolitique. C'est un outil indispensable pour juger de sa stratégie.
