Faut-il croire pour méditer?

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Pauline Gravel
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 janvier 2008

Mots clés : santé, méditation, système immunitaire, Québec (province)

Selon les chercheurs, la méditation accroît l'épaisseur de la matière grise, renforce le système immunitaire et réduit la tension artérielle

La méditation peut contribuer à la guérison de diverses maladies et à la prévention d'autres maux. Méditer permet aussi de se centrer sur le présent, de se tenir à l'écart des ruminations négatives et de se déconnecter de cette spirale infernale.

Photo: Jacques Nadeau

Pratiquée depuis plus de 5000 ans en Orient, la méditation s'est grandement popularisée en Occident au cours des dernières décennies en raison de ses effets apaisants clairement reconnus. Même si cette activité a longtemps été associée à la spiritualité, à des mouvements nouvel-âge, voire à des religions comme le bouddhisme, les scientifiques ont commencé à s'y intéresser il y a une quinzaine d'années. À l'aide de leurs outils à la fine pointe de la technologie, ils nous montrent aujourd'hui que la méditation a des effets physiologiques et physiques sur l'organisme et qu'il n'est pas nécessaire d'être croyant pour en récolter les bienfaits.

Les récentes découvertes scientifiques font en sorte que la pratique de la méditation est de plus en plus souvent proposée par les professionnels de la santé, notamment pour faciliter la guérison de maladies comme le cancer, prévenir les rechutes chez les gens déprimés et accroître la concentration chez les travailleurs et les étudiants.

Les chercheurs ont ainsi découvert que la méditation induit des modifications tangibles non seulement dans le cerveau mais aussi dans le système immunitaire et les vaisseaux sanguins. La méditation accroît l'épaisseur de la matière grise et la force de frappe du système immunitaire et réduit la tension artérielle.

Voilà déjà quelques années que les scientifiques ont découvert et démontré que la pratique de la méditation stimule le système immunitaire. Dans un article paru dans le journal scientifique Psychosomatic Medicine, le professeur Richard Davidson et ses collègues de l'Université du Wisconsin à Madison révélaient en 2003 qu'un programme d'entraînement intensif de huit semaines à la méditation «pleine conscience» (mindfulness, voir page 5) amplifiait significativement l'activation électrique de la partie supérieure gauche du cerveau (un phénomène qui traduit l'instauration d'un état affectif positif) chez les personnes ayant médité par rapport aux sujets appartenant au groupe contrôle. De plus, les chercheurs affirmaient avoir mesuré une quantité supérieure d'anticorps produits à la suite de l'injection d'un vaccin contre la grippe chez les méditants que chez les témoins. Qui plus est, l'ampleur de l'accroissement de l'activation cérébrale annonçait la vigueur du système immunitaire puisqu'il était proportionnel à l'abondance des anticorps dosés.

Le cortex s'épaissit

Sara Lazar et ses collègues du Massachusetts General Hospital de Boston ont pour leur part effectué des observations tout à fait étonnantes qui nous indiquent que la pratique de la méditation peut modifier la structure du cerveau, dont on sait désormais que la plasticité se maintient même à l'âge adulte.

En passant au scanner le cerveau de 20 experts de la méditation et de 15 novices en la matière, la neuroscientifique a remarqué un épaississement notable de la matière grise du cerveau chez les férus de la méditation. «Nous avons mesuré chez les individus les plus expérimentés, qui pratiquaient une méditation bouddhiste depuis très longtemps, une augmentation d'environ 5 % de l'épaisseur de la matière grise dans cinq zones spécifiques du cortex cérébral -- dont le cortex insulaire et le cortex préfrontal -- intervenant dans l'attention ainsi que dans la perception des sensations émergeant des stimulations externes et internes au corps. Qui plus est, cet épaississement était proportionnel au nombre d'heures que la personne avait médité au cours de sa vie», a précisé Sara Lazar. Elle a aussi souligné que l'épaississement du cortex préfrontal était plus prononcé chez les personnes plus âgées qui, normalement, voient cette partie de leur cerveau s'amincir à mesure qu'elles vieillissent. «La méditation semble donc inverser le phénomène naturel d'amincissement du cortex cérébral qui survient avec l'âge, mais seulement dans une zone particulière du cerveau», a-t-elle résumé.

Selon Sara Lazar, ces résultats calquent en quelque sorte ceux obtenus dans d'autres études qui démontraient que la pratique prolongée d'un instrument de musique ou de la jonglerie, par exemple, est associée à un accroissement des aires corticales auditives, visuelles et motrices, grandement sollicitées dans ces activités.

Bénéfique pour l'hypertension

On savait que la méditation réduit le stress; on soupçonnait donc qu'elle puisse agir sur la tension artérielle. Jeffrey A. Dusek, directeur de recherche à l'Institute for Health and Healing de l'Abbott Northwestern Hospital à Minneapolis, au Minnesota, s'est appliqué à le vérifier auprès de 122 individus souffrant d'une légère hypertension systolique allant de 140 à 159 millimètres de mercure. «À partir de la cinquantaine, nous voyons généralement apparaître une diminution de la pression diastolique, qui s'accentue avec l'âge, alors que la pression systolique, elle, continue de s'élever. Cette différence qui s'accroît graduellement fait augmenter le risque d'infarctus», souligne le chercheur.

Dans le cadre de cette étude, Jeff Dusek a comparé l'effet d'un programme de méditation intégrant quatre approches différentes à l'effet d'un programme éducatif comprenant diverses recommandations, par exemple perdre du poids, faire de l'exercice, accroître la consommation de légumes et réduire l'absorption de sodium. Après huit semaines de séances quotidiennes d'une durée de 20 minutes au cours desquelles les participants des deux groupes ou bien pratiquaient la méditation qui leur avait été enseignée, ou bien écoutaient sur cassette vidéo le programme éducatif qu'on avait élaboré à leur intention, tous les sujets ont vu leur pression sanguine systolique s'abaisser de 8 mm de Hg, passant d'une moyenne de 145 à 137.

Par la suite, les chercheurs ont tenté d'éliminer la prise de médicaments uniquement grâce aux programmes de méditation et éducatif. Cette fois-ci, seuls les individus pratiquant la méditation ont réussi à réduire leur tension artérielle en l'absence de leur traitement médicamenteux. «Et cet effet persistait dans le temps puisque, plusieurs semaines plus tard, la plupart d'entre eux parvenaient toujours à se passer de leurs médicaments ou n'avaient besoin que de doses réduites», a ajouté M. Dusek.

Le scientifique a ensuite cherché à savoir ce qui permettait aux méditants de réduire leur tension artérielle et ainsi d'abandonner leur médication. «En 2006, nous avons démontré que les niveaux sanguins d'oxyde nitrique augmentaient quand les personnes pratiquaient la méditation. Or l'oxyde nitrique est une substance qui dilate les vaisseaux sanguins. Si votre sang contient plus d'oxyde nitrique, votre pression sanguine diminuera», a expliqué Jeff Dusek.

«Ensuite, nous avons noté que les personnes dont la consommation d'oxygène diminuait le plus présentaient aussi l'augmentation la plus élevée en oxyde nitrique. En d'autres termes, l'oxyde nitrique était plus abondant chez les personnes qui réussissaient le mieux leur séance de méditation», a affirmé le chercheur. M. Dusek a aussi précisé que la technique de méditation qu'il proposait aux participants réduisait généralement le nombre de respirations et de battements cardiaques à la minute et, par conséquent, la consommation d'oxygène.

Les séances de méditation proposées par Jeff Dusek débutent par de profondes respirations abdominales que la personne tente de ralentir graduellement. Une relaxation progressive des différentes parties du corps suit tandis que l'individu répète un mantra de son choix. «La séance se conclut par une méditation de pleine conscience [mindfulness] au cours de laquelle la personne se concentre sur le moment présent sans chercher à planifier ou à se remémorer des événements passés tout en restant à l'écoute de toutes les sensations corporelles qui surgissent», a précisé le scientifique.

Les recherches vont bon train, menant les scientifiques à découvrir que la méditation peut contribuer à la guérison de diverses maladies et à la prévention d'autres maux. Zindel Segal, professeur de psychiatrie et de psychologie à l'Université de Toronto, intègre quant à lui la pratique de la méditation à ses psychothérapies dans le but de prévenir les rechutes dépressives chez les patients en rémission d'une dépression unipolaire récurrente. Méditer permet de se centrer sur le présent, de se tenir à l'écart des ruminations négatives et de se déconnecter de cette spirale infernale, affirme-t-il.


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