L'emploi termine 2007 sur une mauvaise note

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Gérard Bérubé
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 janvier 2008

Mots clés : Canada (Pays), Industrie, emploi, Canada (Pays)

Dure année pour les travailleurs du secteur manufacturier

Le recul de l'emploi en décembre vient jeter une ombre sur une année 2007 marquant une 15e année consécutive de croissance du marché du travail au Canada. Le bilan d'ensemble demeure donc on ne peut plus favorable, avec le Québec trônant au premier rang parmi les provinces quant au nombre d'emplois créés, une performance qui masque toutefois une saignée de 6,2 %, ou de 132 000, des emplois dans le secteur manufacturier.

L'économie canadienne a perdu 18 700 emplois en décembre, un recul qui survient cependant après trois mois de forte croissance. Une légère diminution de la population active explique que le taux de chômage soit resté inchangé, à 5,9 %. Au total, pour 2007, Statistique Canada a comptabilisé un gain net de 369 500 emplois. On parle d'une croissance de 2,2 % comparable au taux de 2,1 % de 2006, de loin supérieure au taux de 0,2 % observé aux États-Unis. «Il s'agit de la 15e année consécutive de croissance de l'emploi», a souligné l'agence nationale.

Par province

Par province, l'Alberta a dominé la scène pour une deuxième année consécutive, avec une croissance de 4,3 % en 2007. Au Québec, la croissance de l'emploi a été de 2,4 %, soit un taux inégalé en cinq ans. «Parallèlement, le taux d'emploi a atteint des niveaux records en 2007 (61,4 % en novembre) et le taux de chômage, un creux sans précédent depuis 33 ans (à 6,9 % en juin», a rappelé l'agence fédérale.

L'emploi québécois a reculé de 10 700 en décembre, malgré un taux de chômage demeurant inchangé, à 7 %. Le bilan sur 12 mois fait cependant ressortir une création de 92 800 emplois entre les mois de décembre 2006 et 2007, «soit la plus forte progression en nombre parmi les provinces canadiennes. C'est également la meilleure marque depuis l'année record de 2002 (plus de 168 400 nouveaux postes)», ont retenu les économistes du Mouvement Desjardins.

Lorsque mesurée selon les moyennes mensuelles, la croissance de l'emploi a été de 86 300 au Québec l'an dernier et de 101 100 en Ontario. Le taux de chômage québécois devient 7,2 %, un record de plus de 30 ans, et celui de l'Ontario passe à 6,4 %, selon les calculs du Mouvement Desjardins.

Bilan sanglant

En Ontario, l'économie a retranché 15 800 emplois le mois dernier, pour faire passer le taux de chômage de 6,2 à 6,5 %. Le bilan sur 12 mois indique un gain net de 88 700 emplois (de décembre à décembre), un résultat inférieur à celui de 115 800 emplois de 2006, soit une croissance de 1,4 %. «En 2007, la faiblesse de la croissance de l'emploi en Ontario s'explique par le relâchement du secteur de la production de biens (-5,6 %)», a ajouté Statistique Canada. Pire, «l'emploi manufacturier dans la province a chuté de 6,5 % (-64 300) en 2007, principalement dans les industries des véhicules automobiles, des carrosseries et des pièces, des produits métalliques et des produits en bois».

Dans l'intervalle, le Québec a perdu 43 300 emplois manufacturiers sur 12 mois. «Cependant, la saignée de l'emploi manufacturier pèse davantage au Québec (-7,5 %) qu'en Ontario (-6,5 %). Le Québec compte un plus grand nombre de travailleurs dans les secteurs du bois, du vêtement, du textile et du meuble, qui sont particulièrement éprouvés ces dernières années», ont précisé les économistes de Desjardins.

Ce bilan de l'emploi manufacturier est particulièrement sanglant. «L'emploi dans le secteur de la fabrication a fléchi de nouveau en décembre (-33 000). Après un repli de 2,4 % en 2006, l'emploi dans cette industrie a connu une baisse estimative de 6,2 % en 2007», a comptabilisé l'agence fédérale de statistiques. Ce fort recul n'est pas étranger à la poussée du dollar canadien, à la flambée des coûts de l'énergie et à la concurrence étrangère.

Les 132 000 emplois manufacturiers perdus en 2007 à l'échelle canadienne gonflent à 348 000 (-14,9 %) la baisse cumulative depuis novembre 2002, «une perte qui s'apparente à celle du début des années 1990, lorsque l'emploi manufacturier avait reculé de 364 000 (-17,1 %)», a noté Statistique Canada.

Outre ces données bigarrées sur l'emploi, la Banque du Canada devra également conjuguer avec une progression de 4,9 % des salaires de décembre 2006 à décembre 2007, de loin supérieure à la dernière hausse de l'indice des prix à la consommation (+2,5 %). Or, malgré ces pressions inflationnistes, «les pertes d'emplois au cours du mois donnent un argument de plus à la Banque du Canada pour abaisser son taux directeur le 22 janvier prochain afin de limiter les méfaits liés au ralentissement américain, à la vitalité du huard et au resserrement des conditions de crédit au pays», a noté Desjardins.

À la Financière Banque Nationale, on retient que la performance d'ensemble en 2007 repose sur un gain net de seulement 50 000 travailleurs dans le secteur privé. «Sans l'ajout de 208 400 employés du secteur public en 2007, le marché du travail au Canada ne serait pas aussi tendu.» La Banque du Canada devra en tenir compte, estime l'économiste Stefane Marion, qui prévoit une baisse totale de 75 points de base du taux directeur de la banque centrale cette année. «Le taux de chômage est peut-être bas et l'inflation des salaires, en hausse, mais le ralentissement américain conjugué au contrecoup de la vigueur du dollar canadien coûte des emplois dans le secteur privé.»


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