Bank of America vient à la rescousse du premier prêteur hypothécaire
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Photo: Agence Reuters
Countrywide, qui fait l'objet de rumeurs récurrentes de faillite depuis plusieurs mois, «va bénéficier de la stabilité que lui apportera son appartenance à l'une des institutions financières parmi les grandes et les plus solides financièrement des États-Unis», a argumenté Bank of America.
Bank of America espère que la transaction sera finalisée au troisième trimestre et en attend pour 670 millions $US de synergie. Elle affirme que l'opération sera neutre pour ses résultats en 2008 et positive en 2009, hors coûts de fusion et de restructuration.
On savait depuis longtemps Bank of America intéressée par Countrywide: la banque avait déjà investi deux milliards $US dans sa future cible, sous forme d'obligations convertibles en actions ordinaires. Cette émission, qui lui donnait potentiellement 16 % du capital, lui a aussi permis de sa familiariser en profondeur avec les comptes de Countrywide.
Mauvaises surprises
Les investisseurs ont pourtant réagi tièdement, inquiets de potentielles mauvaises surprises que pourrait recéler le bilan de Countrywide: en dépit de la modestie du prix offert, Bank of America cédait 0,5 %, à 39,10 $US.
Avant de connaître ses difficultés présentes, Countrywide avait longtemps été l'une des plus spectaculaires success stories de la finance américaine. Fondée en 1969 par David Loeb, décédé il y a quatre ans, et Angelo Mozilo, qui la dirige toujours, Countrywide est devenu le premier prêteur hypothécaire du pays dans les années 90 et a permis à des millions d'Américains modestes d'accéder à la propriété. Entre 1982 et 2003, le rendement de l'action a atteint... 23 000 %, mieux que les firmes d'investissement les plus réputées.
Mais pour conforter son leadership, le groupe a octroyé massivement ces dernières années des crédits à des ménages ne présentant pas toutes les garanties de solvabilité. Ce développement forcené sur le marché du subprime, au départ payant, explique les difficultés actuelles du groupe.
En août, Countrywide avait provoqué l'une des plus grosses secousses de la crise financière actuelle en reconnaissant qu'il avait consommé l'intégralité d'une ligne de crédit de 11,5 milliards $US pour simplement colmater les trous dans son exploitation courante. Et il avait fallu l'investissement de la Bank of America pour rasséréner un peu les marchés, mais les rumeurs de faillite n'ont depuis jamais réellement cessé.
En octobre, Countrywide avait annoncé avoir subi une perte de 1,2 milliard, sa première perte trimestrielle en 25 ans. Le groupe a dû supprimer 12 000 emplois, soit 20 % de ses effectifs, pour adapter sa structure à la nouvelle donne d'un marché hypothécaire complètement sinistré.
Même ainsi reconfigurée, la société était jugée trop centrale dans l'économie du pays pour être autorisée à simplement faire faillite. À son pic de 2006, Countrywide n'avait-elle pas généré près de 20 % des crédits hypothécaires du pays, soit l'équivalent de 3,5 % du produit intérieur brut du pays?

