Se refaire une beauté intérieure
Mots clés : relaxation, méditation, santé, Québec (province)
Esther exerce une profession exigeante et stressante, de surcroît dans un milieu très compétitif. Depuis six mois, elle se réserve chaque jour deux pauses de 20 minutes, l'une le matin, l'autre en fin de journée, au cours desquelles elle s'assoit bien droite sur une chaise, fixe son attention sur la flamme d'une bougie et répète intérieurement une courte phrase de quatre syllabes qu'elle a choisie en raison de sa signification, qui l'inspire. De nature dépressive et anxieuse, Esther trébuchait sporadiquement dans le tourbillon infernal qu'est sa vie, au demeurant très semblable à celle de la plupart des Occidentaux. La pratique d'une technique de méditation qu'elle s'est inventée en s'inspirant de diverses traditions méditatives a grandement adouci son existence.
Comme maints autres Occidentaux, de plus en plus nombreux à pratiquer la méditation, Esther a emprunté des éléments à diverses techniques traditionnelles de méditation plusieurs fois millénaires. Les techniques de méditation sont légion, mais elles se distinguent par l'importance accordée à certains éléments centraux comme la posture, la respiration, la relaxation, l'attention (focalisée ou ouverte), l'utilisation ou non d'un mantra ainsi que la fréquence et la durée des périodes de pratique, qui doivent être quotidiennes et durer au moins une vingtaine de minutes.
«La première étape consiste à stabiliser le corps et l'esprit. Pour ce faire, il faut s'asseoir dans une position stable et confortable, mais pas trop confortable non plus afin de ne pas s'assoupir», prévient Daryl Vansier, qui enseigne diverses techniques de méditation à l'Institut Ciel et Terre, qu'il a créé à Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. La respiration, «le pont entre le corps et l'esprit», peut être passive ou contrôlée, comme dans plusieurs formes de yoga. «On peut tout simplement observer notre respiration ou l'approfondir en comptant les respirations intérieurement, comme dans la méditation bouddhiste zen», dit M. Vansier.
Le mantra qui distingue certaines formes de méditation, notamment la méditation transcendantale où l'attention du méditant est carrément dirigée vers le mantra, est «une arme contre la tendance du mental à errer», souligne M. Vansier. Il peut s'agir d'un simple son comme om, d'un mot ou d'une phrase plus élaborée pouvant par exemple évoquer la compassion, par exemple le «om mani padme oum» que psalmodie le dalaï-lama. Ce mantra est inlassablement répété à voix haute ou silencieusement. «Le cerveau a tendance à s'épivarder. Comme je suis sans cesse entraînée dans le feu roulant de mes pensées, qu'il est difficile d'arrêter, la répétition d'un mantra m'aide à raccompagner vers la sortie les pensées qui surgissent», précise Esther, qui trouve nécessaire le recours à un mantra dans son cas.
Les méditations dites de pleine conscience (mindfulness), parmi lesquelles on reconnaît la méditation Vipassana et la méditation bouddhiste zen, ne font appel à aucun mantra: la personne qui médite doit plutôt intéresser son esprit au moment présent. Selon Daryl Vansier, qui a pratiqué la méditation bouddhiste zen pendant dix ans alors qu'il s'était fait moine bouddhiste, «on ne sépare pas l'état de méditation de notre état habituel. Les yeux restent habituellement ouverts et sont orientés vers le bas sans toutefois se fixer sur quelque chose en particulier, dit-il. On peut néanmoins fermer les yeux afin d'être moins distrait par ce qu'on voit, ce qui permet de transférer notre attention sur ce qui se passe à l'intérieur de nous».
Dans la méditation Vipassana, le méditant observe avec détachement ses sensations internes et les idées qui surgissent dans sa tête sans toutefois être happé par elles. En utilisant une approche comparable, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, fils du philosophe français Jean-François Revel, pratique quant à lui la méditation de la «présence ouverte». «Étymologiquement, "méditer" veut dire "cultiver une manière d'être"», souligne M. Ricard, qui vit au Tibet et est l'interprète français du dalaï-lama. «Dans la méditation de la présence ouverte, nous cultivons une habileté ou une qualité humaine qui est désirable pour l'accomplissement humain, comme la compassion, l'altruisme ou l'équilibre émotionnel.» Quand il médite, Matthieu Ricard s'applique donc à ressentir une compassion et une tendresse infinies pour tous les êtres vivants.
Or des observations effectuées par imagerie cérébrale ont montré que la méditation axée sur la compassion, que pratique et préconise Matthieu Ricard, activait les régions du cerveau qui contrôlent les émotions, génèrent des sentiments heureux, comme la joie et l'amour maternel, et interviennent dans la planification des mouvements. «Cette méditation induit une disponibilité, celle d'être prêt à aider. L'empathie que nous éprouvons n'est pas celle où vous ressentez la souffrance de l'autre mais celle où vous êtes prêt à tout pour aider, et ce, sans être perturbé émotionnellement», précise M. Ricard.
«Quand nous méditons, nous n'ignorons pas complètement les événements qui surviennent dans notre environnement mais nous rendons notre esprit extrêmement vaste, comme un ciel. » La présence ouverte se distingue donc significativement des méditations où l'attention est focalisée sur un objet, un mot, voire la respiration, et cette approche particulière diminue la vulnérabilité de l'individu aux perturbations de son environnement. Au point où les moines bouddhistes les plus expérimentés ne seraient absolument pas perturbés par une violente explosion qui se produirait à leurs côtés alors qu'une telle détonation déclencherait un réflexe inné de sursaut chez tout autre humain, relate M. Ricard.
La méditation peut aussi se pratiquer en mouvement comme dans le taï chi, le qi gong et le hatha yoga, rappelle Daryl Vansier. Le taï chi se compose de mouvements qui s'enchaînent lentement et continûment et qui favorisent non seulement la flexibilité mais aussi la relaxation, le bien-être et la concentration sur le moment présent. Le qi gong, proche parent du taï chi, met quant à lui l'accent sur l'alignement du corps et la régulation de la respiration. Quant au hatha yoga, il se compose de diverses postures qu'on adopte tout en cherchant «à générer plus d'harmonie en nous-mêmes», résume M. Vansier.
Parmi la variété de techniques offertes, chacun peut trouver son compte, voire s'aménager une technique sur mesure qui répondra à ses besoins particuliers et sa personnalité.
Vos réactions
méditation - par Lucie St-Cyr
Le samedi 02 février 2008 11:00
Cessons d'avoir peur - par André Beaudoin
Le lundi 14 janvier 2008 18:00
Régression dans le sein maternel... - par Hélène Bourgeois (h_bourgeois@sympatico.ca)
Le samedi 12 janvier 2008 22:00

