«C'est un peu Ingrid qui est libérée»
Mots clés : FARC, Ingrid Betancour, Consuela González, Colombie (Pays), Venezuela (pays)
Les otages Rojas et González enfin relâchées par les FARC

Photo: Agence France-Presse
Clara Rojas et Consuela González, enlevée le 10 septembre 2001, faisaient partie, comme Ingrid Betancour, des quelque 45 otages dits «politiques» que les FARC veulent échanger contre 500 des leurs actuellement incarcérés dans les prisons colombiennes. En 2001, les FARC avaient libéré environ 300 militaires et policiers qu'ils retenaient dans le maquis.
L'opération d'hier, qui a été coordonnée par le Venezuela et la Colombie, en collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), avait été annoncée la veille par Hugo Chávez, qui disait avoir reçu un message des FARC indiquant l'endroit exact où se trouvaient les deux otages.
Le président colombien Alvaro Uribe avait alors donné son feu vert à une opération d'extraction «discrète», allusion à la médiatisation organisée par Hugo Chávez lors de la première tentative de libération.
Hier matin, deux hélicoptères vénézuéliens marqués du symbole de la Croix-Rouge se sont posés à l'aéroport colombien de San José de Guaviare, à 300 kilomètres au sud-est de Bogotá, pour y faire le plein avant de redécoller pour aller chercher les deux otages.
À leur arrivée à l'aéroport de Caracas, Clara Rojas et Consuela González, âgées respectivement de 46 et 57 ans, étaient apparemment très émues, heureuses et en bonne santé, après les années passées en captivité dans la jungle.
«C'est comme revenir à la vie. Par moments, je pense que c'est un rêve», a déclaré Mme González en retrouvant ses deux filles en pleurs.
Clara Rojas a affirmé être sans nouvelles d'Ingrid Betancour depuis trois ans, expliquant que les guérilleros avaient séparé les deux femmes «pour des raisons de sécurité». Elle a en revanche affirmé que ceux-ci avaient fourni des preuves que huit autres otages dont on est sans nouvelles depuis des années sont encore vivants.
Hugo Chávez a ensuite reçu au palais présidentiel les deux femmes qui l'avaient plus tôt remercié par téléphone satellite pour son engagement dans le dossier.
Le président vénézuélien a affirmé hier que son pays continuera «à ouvrir la voie pour la paix en Colombie». «Nous y sommes prêts, et [nous sommes] en contact avec les FARC [...] Nous espérons que le gouvernement colombien comprend.»
Entre Noël et le jour de l'An, une première tentative de libération avait avorté. La guérilla et le gouvernement colombien du président Alvaro Uribe s'étaient ensuite accusés mutuellement d'avoir saboté l'opération.
Le mouvement marxiste reprochait à l'armée colombienne d'intensifier ses opérations dans la région où les otages devaient être remis à la Croix-Rouge, tandis qu'Alvaro Uribe accusait les FARC de mentir et révélait que le fils de Clara Rojas, né d'une brève union avec un des révolutionnaires et qui devait accompagner sa mère, n'était plus sous le contrôle des FARC.
«Nous nous réjouissons de tout coeur de la libération de Clara et de Consuelo», écrivent Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid, et Astrid Betancourt, sa soeur, dans un message diffusé hier à Paris par un comité de soutien aux otages en Colombie.
La libération de Clara Rojas et de Consuelo González est «un formidable élan» pour les autres otages, dont Ingrid Betancourt, a déclaré la fille de cette dernière, Mélanie Delloye, dans une entrevue téléphonique accordée à l'AFP depuis New York.
«Je suis très émue. C'est un formidable élan pour faire que tous les autres otages, dont maman, reviennent à la maison. Cela montre que, quand il y a de la volonté, on peut avancer», a déclaré Mélanie Delloye.
Avec la libération de Clara Rojas et de Consuelo González, «c'est un peu Ingrid qui est libérée», a de son côté affirmé Fabrice Delloye, l'ancien mari de l'otage franco-colombienne et père de ses deux enfants.
«Nous ne pouvons que nous réjouir que les présidents Chávez et Uribe aient trouvé la possibilité de dialoguer ensemble pour faciliter cette libération», a-t-il dit à Reuters par téléphone.
Il a formulé le souhait que «le dialogue se poursuive dans la discrétion et la tranquillité» avec l'appui des présidents brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et français Nicolas Sarkozy, afin de parvenir à la libération de tous les otages.
Il a ajouté sur les ondes de France-Info que la «méthode Chávez paie depuis le début» et que «tout le monde [...] s'était rendu coupable de la surmédiatisation» qui avait contribué à l'échec de la tentative de libération en décembre.
Nicolas Sarkozy s'est également réjoui des nouvelles en provenance de l'Amérique du Sud et a invité toutes les parties engagées dans le processus à «redoubler d'efforts».
«La France se réjouit profondément de la libération des deux otages détenues par les FARC, a déclaré le président français dans la cour de l'Élysée. Cela prouve que les choses bougent, que la mobilisation donne ses premiers résultats. Cela nous engage à redoubler d'efforts pour faire rentrer les autres otages, au premier rang desquels [...] Ingrid Betancourt.»

