À partir d'un vin

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Jean Aubry
Édition du vendredi 11 janvier 2008

Mots clés : vin, Cannonau di Sardegna Riserva 2004, Saumur Brut Cuvée Flamme, Alcool, France (pays), Québec (province)

Simone se régalant de bouchons, ces petites boules de viande épicées enrobées de pâte de riz. Photo: Jean Aubry

C'est Simone, la charmante Simone devrais-je dire, qui a ouvert le feu à la toute fin de son premier verre de vin, à moins que ce n'ait été son second. Le Saumur Brut Cuvée Flamme de la maison Gratien & Meyer (21,70 $, n° 165100) venait tout juste de mettre le feu aux poudres de la conversation. La bulle était fine, la femme embellissait à vue d'oeil et, surtout, le mousseux accompagnait à merveille ces bouchons (petites boules de viande épicées enrobées de pâte de riz) rapportés la veille par le grand Fred en direct de l'île de la Réunion. Bref, les pupilles brillaient et les papilles mouillaient: il y avait de l'humanité dans l'air.

L'apéro terminé, l'aventure commençait. Celle du vin, qui tenait absolument à se faire voir bien au-delà des apparences et à se faire boire bien au-delà des espérances. Les convives étaient-ils réceptifs? En tout cas, ils avaient mis la table des émotions car, déjà, le vin, servi à l'aveugle, intriguait.

Il avait quelque chose à dire. Pas de ces discours de salon, aussi voyants qu'insipides et creux, mais de ceux qui vous apostrophent et vous affûtent le pif, vous malaxent les tripes et vous mettent en mal de strophes. Du sérieux, du concret, du solide. À partir d'un tel vin, même une aventure de Bob Morane ou de Blake et Mortimer paraît aussi intrépide que le contenu d'un chapitre de la comtesse de Ségur! Nettement plus stimulant aussi que la version intégrale en trois tomes de la vie du non moins tumultueux Giacomo Casanova de Seingalt. J'exagère encore, excusez-la.

Vous aimez d'ailleurs vivre de telles aventures. Vous me dites souvent que les vins «ordinaires» vous ennuient, et vous avez raison. Mais à partir de quand l'ordinaire franchit-il la rampe et bascule-t-il dans l'«ordinaire plus», voire dans l'extraordinaire? La ligne qualitative ne se mesure pas ici parce qu'on est expert en vin. Elle se mesure parce que vous vous transformez en Harrison Ford ou en Angelina Jolie, parce que vous fouillez les pistes et ne vous contentez pas des réponses toutes prêtes fournies par vos chroniqueurs vins! Voici donc trois pistes à suivre, à prix bien en deçà d'un aller-retour Montréal-Istanbul.

L'insulaire. Quel panache il a, et quelle part de mystère aussi! Je me rendais sur place pour le compte de la Revue du vin de France il y a un an de cela, du côté d'Alghero, en Sardaigne, chez Sella & Mosca, une famille piémontaise arrivée sur les lieux au XVIIIe siècle et qui, depuis, élabore des vins profondément originaux.

Ce Cannonau di Sardegna Riserva 2004 à seulement 15,60 $ (n° 425488, ***, 1), à base justement du cépage cannonau, est l'exemple même du vin hors mode, intrigant à l'extrême, pâle en couleur, parfumé comme un grenache, peu chargé en matière mais qui livre en bouche une impression de récit du bout du monde dont on voudrait sans cesse connaître la fin de l'histoire. La maison élabore aussi (entre autres) la cuvée Marchesi di Villamarina, du calibre d'un grand bordeaux.

L'italien du Nord. Celui-là perche dans l'Alto Adige avec des cabernets francs plantés en altitude qui sont immédiatement délectables. Pas surprenant, car c'est Alois Lageder qui est derrière l'affaire avec un Cabernet Riserva 2003 à 23,80 $ (n° 744011, ***1/2, 1) dont on sait immédiatement qu'il ne fera de mal ni au corps ni à l'esprit. Vin de culture raisonnée, ce cabernet vinifié avec art, d'une parfaite maturité avec ses tanins soyeux, offre un profil qui le rapproche des meilleurs chinons de Loire par sa touche minérale mais avec, de surcroît, cette «caresse» à l'italienne qui fait immédiatement succomber. Et quelle élégance avec ça!

Le bordelais excentré. Comme le relevait bien justement mon collègue Benoit de La Presse il y a deux semaines, les bordeaux 2001 jouent avant tout sur l'équilibre. C'est le cas de ce Fronsac 2001, Château La Vieille Cure (38,75 $, 855213, ***1/2, 1), qui a patiemment assoupli la structure tannique de l'ensemble au fil des ans à la façon d'un tanneur penché sur une belle pièce de cuir.

L'épanouissement est total, au nez comme en bouche, avec un merlot qui raconte le fruit dans sa plénitude avec l'assistance de cabernets qui modulent et allongent le tout avec une touche fraîche, épicée, à peine empyreumatique. Du bon bordeaux avec une notion précise de terroir derrière, et surtout prêt à boire. «C'est drôlement bon, ça!», s'est exclamée la belle Simone. Ne comptez pas sur moi pour la contrarier.

- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.

***

La vinterrogation de la semaine

«Je suis abonnée depuis plusieurs années à l'infolettre du Wine Advocate de Robert Parker mais je trouve les propos de plus en plus répétitifs. Auriez-vous une autre source d'information à me proposer, traitant principalement des vignobles français? Merci!»

Isabelle Pépin, Outremont

Voilà une bonne résolution de nouvelle année! Sans vouloir me mouiller pour ladite infolettre, je viens moi-même tout juste de renouveler mon abonnement à la sérieuse revue trimestrielle Le Rouge & le Blanc (www.rougeetblanc.org), une revue française indépendante sans but lucratif, sans publicité ni sponsoring, rédigée par un comité de rédaction tout aussi impartial que chevronné.

Pas de langue de bois ni de jugements hâtifs ici, que du solide avec des entrevues, des dégustations et des incursions dans les différents vignobles (principalement français) qui vont à la racine de l'info. Abonnez vos amis qui savent déjà tout sur le vin: ils risquent de trinquer de nouveau!

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Vins de la semaine

La belle affaire - Chatons du Cèdre 2005, Cahors, 12,35 $, n° 560722

Pas de discours dithyrambique ici mais une conversation d'homme à homme, un rien virile mais sans rudesse ni agressivité. Un vin non seulement de poigne mais aussi de fruit, condensé, d'une franchise avouée, d'une fraîcheur assurée. L'ami de la merguez, du sauté de porc aux olives, du pâté de campagne au poivre. 1.

Le moelleux - Florus 2005, Moscadello di Montalcino, Castello Banfi, 27,40 $, n° 10809954

Un demi-litre de pur bonheur muscaté, jouant la finesse comme la ténacité sur des saveurs expressives, miellées, abricotées et profondes, dont le toucher de bouche des plus soyeux fait littéralement fondre sur place. Surtout sur les lamelles de foie gras de canard au torchon! 2.

La primeur en blanc - Domaine de l'Idylle, Cruet Cuvée vieilles vignes 2005, Savoie, 17 $, n° 855171

J'attends toujours avec impatience l'arrivée de ce blanc sec à base de roussette parce qu'il m'ancre illico le palais dans ce magnifique terroir savoyard à base d'éboulis calcaires. Résultat? Verve, précision, finesse et légèreté de saveurs pour un vin tout aussi digeste qu'original. Idéal sur une fondue. 1.

La primeur en rouge - Shiraz-Cabernet Sauvignon 2006, Red Label, Wolf Blass

Un grand classique, d'une incroyable constance qualitative compte tenu des volumes produits. Le fruité lisse et abondant se frotte au palais avec une impression de sucrosité, mais ce n'est qu'un leurre car le vin est bien sec, frais, corsé et franchement bien orienté. Par ici les saucisses... au kangourou, bien sûr. 1.

Le vin plaisir - Zinfandel 2004, Kenwood, Sonoma County, 19,70 $, n° 403345

Du bon vin pour amateurs de fruité tricoté serré, multipliant les paliers savoureux avec intensité, vinosité, ardeur et conviction. Les tanins fins et abondants révélés par une trame boisée et épicée bien intégrée conviendront ici à merveille sur les jus sucrés d'une viande braisée. 2.

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- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

Posez vos questions sur www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir.


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