Le grand débarras annuel - Remue-ménage raté

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Josée Blanchette
Édition du vendredi 11 janvier 2008

Mots clés : ménage, bureau, Livre, Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau

Les piles copulent, instables. Des hordes de livres ont pris le dessus et ma vie d'assaut. 2008 s'annonce riche en sujets, divertissante aussi. Comme à chaque début d'année, je tente de mettre de l'ordre dans tout ce fatras de papiers épars, d'articles indispensables, de magazines feuilletés à la va-vite, de catalogues d'éditeurs prometteurs. Je déplace, je replace, je bazarde, je conserve pour plus tard sans grande conviction mais avec la compulsion d'une archiviste. Une emprise temporaire sur l'existence s'installe, une illusion de contrôle m'apaise.

Je m'attarde à l'instant sur Love On Campus (The American Scholar, été 2007); huit pages expliquent pourquoi on devrait encourager une certaine forme d'intensité érotique entre professeurs et étudiants. I'm all for it! Si ça peut «stimuler» les étudiants à persévérer jusqu'à l'université!

Tsst, tsst, digression, digression, nous sommes à cent lieues du sujet qui m'amène ici: le grand ménage annuel du bureau.

Avouons, le succès est relatif, ma coach de vie va me taper sur les doigts et m'obliger à faire des redressements assis sur un tapis de clous en regardant mon calendrier de pompiers. (Aparté, 30 redressements plus tard: voulez-vous me dire pourquoi le pompier de février se rase le torse à moitié? Faut choisir, dans la vie, mon gars. Ou tu portes à gauche, ou tu portes à droite. Eva, ma femme de ménage, est formelle: on rase tout ou on frise naturel. La moitié d'un ménage, c'est pas un ménage. Fin de l'aparté.)

Mon bureau «mou», un lit en fer orné de cuivre qui m'accompagne depuis l'enfance, n'est pas plus à l'ordre qu'à la fin de 2007. Quant au bureau dur, il fait dur. Et c'est sans parler du bureau virtuel, un souk invisible à l'oeil nu. J'admire ma capacité à me jouer de moi-même tout en multipliant les bilans vaseux et en tirant des conclusions définitives d'une autre année de paperasse copulatrice, galopante comme une gono mal soignée. Le I-Ching de début d'année a été on ne peut plus clair: «conflit», suivi du «créateur». J'imagine qu'il faut passer par une phase de désordre pour en arriver à extirper la lumière de l'oeuvre. Non, l'Oeuvre. C'est mieux, déjà. J'ai plus d'espace pour manoeuvrer dans le grand O cosmique.

Tiens, dans Paris Match de la semaine dernière, celui avec Carla et son futur fiancé Sarkozy en page frontispice (j'ai pas pu résister, Sarko me rappelle mon père!), il y a la rubrique «Dans le bureau de... ». Celui de Philippe Labro, journaliste-écrivain-réalisateur, dans le 16e arrondissement, m'a fait envie. Un désordre ordonné, prétend l'article. J'aimerais être bordélique comme ça, surtout dans le 16e.

Je me console en me répétant: «A clean desk is a sign of a sick mind.» Chez Labro, les crayons de plomb, au moins une centaine, sont alignés en ordre de couleurs sur le bureau. Et Labro explique qu'il prend le temps de les tailler: «La concentration que cela implique pousse presque à la méditation.» Wow! C'est riche, être un intellectuel français. On peut tailler ses crayons en réfléchissant. «Je pense, en toute immodestie, que mon alignement de crayons est une oeuvre artistique qui pourrait faire l'objet d'une "installation"», prétend Labro.

J'attends toujours que le Musée d'art contemporain me fasse une offre pour mon oeuvre. Dalí avait ses montres molles, j'aurai mon bureau mou.

Tourment des choix

Dans le chapitre «Éliminez le désordre» du livre Je suis débordée à la maison - Guide de premiers secours pour s'organiser au quotidien, on nous explique que le mot «désordre» est synonyme de «bazar», «foutoir», «pagaille», «bordel», «souk», «panique». Rien de très positif, quoi. On précise que le désordre agresse physiquement, mentalement, financièrement, qu'il résulte en une suite de décisions non prises et d'une accumulation de choses. Et qu'être perfectionniste n'est pas une excuse valable pour procrastiner et faire des redressements devant un calendrier de pompiers.

À croire qu'ils ont visité mon bureau. Ça me prendrait un incitatif majeur. Du genre «méthode musclée» comme celle qu'a employée le gouvernement britannique avec ses fonctionnaires l'an dernier. 7,4 millions de livres sterling (14,6 millions $CAN) pour leur expliquer comment garder leur bureau propre. Lire: aucun objet personnel et des morceaux de ruban gommé pour indiquer où placer le clavier de l'ordi, les stylos, la tasse de thé... Militaire, mes amis, voilà le mot.

J'aimerais l'être un peu plus, moi qui suis assez ordonnée dans tous les autres départements de mon appartement. Mon bureau est la seule pièce qui incite la femme de ménage à la prudence. Elle n'ose plus.

Sujets avortés

L'avortement est une pratique courante dans mon bureau. Que de théories bancales ne demandent qu'à naître et se retrouvent dans le grand vide sidéral des sujets qu'on abandonne faute de temps, de persévérance, d'inspiration ou de courage. Je retombe à l'instant sur un entretien téléphonique fait avec un confrère de mon oncle, spécialisé en douance. Ça date de la sortie du doc Mailloux à TLMP en 2005.

Faute d'avoir le temps de pondre un mémoire de maîtrise sur la question de la génétique et de l'intelligence, j'ai laissé mourir. Pourtant, c'était juteux. En gros, il me disait que sur le plan sportif, on accepte très bien que tout le monde ne soit pas égal et qu'un Bruny Surin coure plus vite qu'un Blanc, alors que sur le plan intellectuel, on n'ose pas trop insister sur le fait que les petits Asiatiques sont plus doués en maths.

Le spécialiste en question, un prof en psychoéducation de l'Université de Montréal, me soulignait qu'il est faux de prétendre que les tests de QI sont biaisés d'un point de vue culturel. Je n'ai pas mis la GRC là-dessus. Mais ce qui m'avait le plus frappée, c'est cette phrase: «Entre 25 % et 40 % des enfants du primaire pourraient sauter une année. Un enfant doué (10 %) pourrait faire son primaire en trois ou quatre ans au lieu de six.» Je vais jeter tout ça, ce n'est pas bon pour la crédibilité du système scolaire, élitiste en plus. Je m'en voudrais de foutre le bordel après la réforme.

Et puis, à propos de bordel, je me passionne pour le 100 mètres haies entre Obama et Hillary. Ça fera peut-être mentir tous les sondages, statistiques génétiques et tests de QI. Un métis contre une femme, un grand moment historique. Chose certaine, au rayon de l'intelligence, George W. Bush ne manquera à personne, sauf aux pratiquants de la «simplicité» involontaire.

Tsst, tsst, je m'égare à nouveau. Je retourne illico à la lecture des Lettres d'une religieuse portugaise, tellement surannées et dont je ne sais que faire. Me reste aussi à décider sur quel rayon je rangerai Petit éloge de la mémoire et Petit éloge de la douceur. À défaut d'ordonnée, je vous la souhaite douce et mémorable.

cherejoblo@ledevoir.com

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«Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as.»

- Koan zen

«C'est dans l'inachevé qu'on laisse la vie s'installer.»

- Vladimir Jankélévitch

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Tombé: sur le magazine britannique The Green Parent (décembre-janvier 2008). Avant de le balancer au recyclage, j'y ai trouvé des articles intéressants sur skier vert (White is the new green!) et sur des meubles «versatiles éco chic» à construire avec du carton pour les enfants. Tous les parents savent que les emballages sont souvent plus excitants que le contenu. Dans le cas de ce magazine, c'est le contraire.

Fait: tourner le CD No Promises de Carla Bruni pour mes voisins français, à la fête des Rois. Leur «première dame» a sorti ce disque en 2006 et y chante toutes sortes de textes en anglais, notamment de Dorothy Parker et d'Emily Dickinson. Parmi les CD que j'ai le plus écoutés en 2007. Et je le conserve.

Consulté: L'Art des listes - Simplifier, organiser, enrichir sa vie de Dominique Loreau (Robert Laffont). Ne pas confondre: l'auteure ne nous propose pas que des listes arides à compléter et à rayer avant de partir en voyage ou pour l'année. Même si le list-making est un outil d'épanouissement personnel très tendance, l'approche ici est beaucoup plus ludique. Liste des pensées, des soucis, des amours de notre vie, des rêves les plus fous, des petits plaisirs, des souvenirs olfactifs, des projets culturels. Un joli moment de réflexion pour mettre de l'ordre dans sa tête. En librairie le 15 janvier.

Adoré: le film Juno, qui fera plaisir à tous les pro-vie. Une ado décide de mener sa grossesse à terme. Bordélique à souhait, les white trash rencontrent les chic suburbs. Un film absolument craquant où les répliques et la fraîcheur y font pour beaucoup. Et le plus ado de tous n'est pas celle qu'on pense.

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Joblog

Ma tasse de thé

Creton m'a mis l'eau à la bouche. «Thé au Saint-James pour lancer 2008? Enfile ton catsuit en vinyle, on va faire sauter les pacemakers.» Faut pas me provoquer, j'adore ça. Aller prendre le thé dans une ambiance très rococo à l'hôtel Le Saint-James, celui-là même où descendent les Stones et U2? Why not, coconut? Ça commence bellement l'année pour une amatrice de thé qui s'est farci une belle-mère britannique pendant cinq ans. M'en reste l'immortel souvenir de cette phrase évocatrice lorsqu'elle versait le thé Twinings: «Do you take it weak, strong or as it comes?» Je me suis toujours demandé si elle faisait référence à son fils, mon Anglo chéri.

Pour en revenir au Saint-James, où je mettais les pieds pour la première fois, le décor est d'un luxe inespéré, mais avant d'y pénétrer (pourquoi pénètre-t-on dans un décor?), le portier vous accueille comme si vous étiez la réincarnation de lady Di, en vous susurrant à l'oreille que «Madame L.» est déjà arrivée. Creton, son nom. Pas grave. Je vous nomme employé de l'année pareil!

Truly gentleman, il n'a même pas cillé en prenant mon manteau et en voyant mon accoutrement S&M. Ça, c'est pro. Il faut dire qu'il a dû assister à pire avec Madonna comme cliente.

Les thés proviennent de chez Mariage Frères. Creton a choisi le Bouddha bleu, parfumé aux pétales de bleuet, et moi, Éros, évidemment, aux effluves de scandale. Nous arrosons aussi les scones de sherry et de bulles, mais ça, c'est notre côté païennes-colonisées-dévoyées.

Vu le nombre de permanentes au pouce carré, la moyenne d'âge de la clientèle doit friser les 75 ans (un peu moins si on compte toutes les «liftées»); nous avons l'air de deux gamines qui font l'école buissonnière.

En allant visiter «the loo» (comme disait l'ex-belle-mère), je croise le regard du chef cuisinier qui se fend d'un large sourire à la vue de mon catsuit. De retour devant ma tasse de porcelaine de Limoges, je pose une fesse en vinyle sur le velours capitonné du fauteuil en soupirant: «Le chef m'a prise pour une escorte.» Creton vient d'aller payer l'addition. Avec du comptant. Comme une vraie maquerelle.

Une réputation ne tient qu'aux détails.

- Pour la photo témoin: www.chatelaine.com/joblo.


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