Risque accru d'une récession mondiale
Mots clés : Économie, récession mondiale, ONU, États-Unis (pays)
Pour éviter le pire, l'ONU conseille «des interventions internationales concertées»
New York -- Le ralentissement apparent de l'économie américaine pourrait entraîner l'économie mondiale dans une récession cette année et mettre fin à un long cycle de croissance robuste en Asie et en Afrique, selon un rapport annuel publié hier par l'ONU. «La principale incertitude provient de l'économie américaine», affirme ce rapport intitulé Situation et perspectives de l'économie mondiale en 2008. «Un ralentissement plus marqué de la première puissance économique du monde portera un rude coup à nombre de pays pauvres, car il ralentira le commerce mondial et mettra fin à la montée en flèche des cours des produits de base dont ils ont bénéficié ces dernières années», dit le document.Les prévisions initiales de l'ONU indiquent que la croissance mondiale ralentira et ne s'élèvera qu'à 3,4 % cette année, poursuivant la tendance à la baisse qui l'a conduite de 3,9 % en 2006 à 3,7 % en 2007.
Le rapport souligne que la croissance mondiale a été «robuste» l'an dernier, avec plus de 100 pays enregistrant des croissances de leur revenu par habitant de 3 % ou plus. Selon le texte, les économies des pays en développement et des pays émergents ont accru leur part du commerce mondial, de 35 % en 2000 à plus de 40 % en 2007. «Mais il y a un danger manifeste et immédiat que l'économie mondiale marque le pas. Durant le deuxième semestre de 2007, l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et la crise du crédit en cours ont suscité une incertitude sur les marchés financiers mondiaux. Cela, combiné à la baisse du dollar et au problème non résolu des vastes déséquilibres mondiaux, pourrait réduire encore plus la production mondiale», dit le rapport.
Pour empêcher que cela ne se produise, l'ONU conseille «des interventions internationales concertées visant à corriger les déséquilibres mondiaux et à apaiser les marchés des changes».
Le réalignement des taux de change est un des éléments qui permettraient de lutter contre les déséquilibres mondiaux, mais l'ONU avertit que le fait de «s'appuyer uniquement sur l'ajustement des taux de change risquerait de faire perdre confiance dans le dollar et d'induire un abandon de celui-ci, ce qui précipiterait sa chute».
Les banques centrales des grandes économies ont pris diverses mesures pour atténuer les tensions financières. Mais ces interventions «ne s'attaquent pas aux causes profondes des énormes déséquilibres entre les pays à surplus financier, tels la Chine, le Japon et les principaux pays producteurs de pétrole, et les pays à déficit financier, les États-Unis en particulier», poursuit le rapport. «Il convient de s'attaquer à ces déséquilibres, au moyen de stimulants économiques dans les pays à surplus pour compenser les effets de la compression de la demande aux États-Unis», conseille l'ONU.
Risque de récession
Le Forum économique mondial acquiesce: le risque de récession aux États-Unis menace les perspectives mondiales en 2008, alors même que la sécurité énergétique et alimentaire est fragilisée, selon une étude publiée hier. «Devant l'année nouvelle, une récession américaine est possible et les économistes sont divisés sur le point de savoir si une croissance asiatique fondée sur la consommation peut suffire à entraîner l'économie mondiale», a observé le Forum de Davos dans son rapport annuel sur les risques dans le monde.
Alors que la Réserve fédérale s'attend à des dépréciations d'actifs de 150 milliards de dollars liées à la crise du crédit immobilier américain, les autres pertes du secteur financier «pourraient être considérablement plus élevées». Selon cette étude menée auprès d'une centaine de hauts responsables politiques, économiques et universitaires, le Royaume-Uni semble parmi les plus menacés par la crise du fait de l'importance du secteur financier dans ce pays.
En Europe centrale et orientale, les déficits commerciaux de plusieurs pays pourraient s'avérer insupportables en 2008, selon l'étude.
Les auteurs du rapport s'inquiètent de la montée des prix de l'énergie, observant que l'économie mondiale a fait preuve d'une «résistance remarquable» à ces hausses depuis 2004. «Les limites de cette résistance sont peut-être proches», selon l'étude.
Les experts se sont dits préoccupés en outre par la sécurité alimentaire mondiale, au moment où les prix de nombreuses denrées sont à leur plus haut et les réserves au plus bas depuis 25 ans. «L'approvisionnement alimentaire mondial est vulnérable à une crise internationale ou à une catastrophe naturelle», selon le rapport.
L'étude rédigée par le réassureur Swiss Re, la banque Citigroup, l'assureur Zurich Financial Services et la société de bourse américaine Marsh & McLennan doit servir de base de discussion à la réunion annuelle du Forum économique mondial qui s'ouvre le 23 janvier dans la station de ski suisse de Davos.

