STM: menace de grève sporadique en février

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Jeanne Corriveau
Édition du jeudi 10 janvier 2008

Mots clés : Claude Benoit, STM, Grève, Transport en commun, Montréal

Photo: Jacques Grenier

Les usagers des transports en commun pourraient de nouveau faire les frais d'une grève à Montréal. Les chauffeurs d'autobus et les conducteurs de métro de la Société de transport de Montréal (STM) ont annoncé hier leur intention de tenir, de façon sporadique, des journées de grève à partir de la fin du mois de février en guise de prélude à une éventuelle grève générale.

Lors d'une réunion tenue hier après-midi, les membres de l'exécutif du syndicat de chauffeurs d'autobus et de métro ont décidé d'exercer des moyens de pression «administratifs», qui se traduiront, au cours des prochaines semaines, par des manifestations organisées par les syndiqués dans des lieux stratégiques de la STM et de la Ville de Montréal. «La population ne sera pas touchée pour l'instant», a assuré hier le président du syndicat, Claude Benoit. Les employés ont également l'intention de boycotter les séances de formation prévues dans le cadre de l'acquisition par la STM d'autobus articulés et de véhicules hybrides.

C'est vers la fin du mois de février que la situation pourrait commencer à se corser pour les usagers des transports en commun puisque le syndicat prévoit tenir des journées de grève -- une journée par semaine pour commencer -- qui se multiplieront progressivement pour mener à une grève générale qui paralysera le service.

D'ici là, le syndicat doit engager des négociations avec la partie patronale afin de déterminer les services qui devront être assurés à la population en cas de débrayage. «Comme on ne s'entendra pas avec la STM, on devra probablement se présenter devant le Conseil des services essentiels, qui nous imposera les services qui devront être donnés à la population», a indiqué M. Benoit. Compte tenu de l'avis de sept jours qui doit être transmis au Conseil des services essentiels avant tout arrêt de travail, Claude Benoit croit que les premières journées de grève sporadiques pourraient se tenir à la fin du mois de février ou au début de mars.

Les 3800 chauffeurs d'autobus et de métro sont sans contrat de travail depuis janvier 2007. Le syndicat affirme qu'une entente de principe est survenue le 9 décembre dernier dans le cadre de négociations menées devant le conciliateur nommé par le ministre québécois du Travail, David Whissel, mais que cette entente a été rejetée par la Ville de Montréal. Selon M. Benoit, cette entente respectait pourtant le cadre financier imposé par l'administration Zampino-Tremblay, qui exigeait un contrat de travail de cinq ans comportant un gel des salaires pour 2007 et des augmentations salariales de 2 % pour les quatre années suivantes. La STM a vivement rejeté cette version des faits lundi, affirmant plutôt qu'on avait enregistré des progrès importants dans les négociations mais qu'aucune entente n'avait été conclue.

Conscient de l'exaspération des Montréalais à l'égard des grèves dans les transports en commun, Claude Benoit a rejeté le blâme sur l'employeur: «Les chauffeurs d'autobus n'ont pas fait la grève depuis 1987. On était parlables et on en est même arrivés à une entente qui respectait le cadre financier de la Ville, lance-t-il. Les gens devraient plutôt s'en prendre à la Ville, qui ne s'entend plus avec les employés d'entretien de la STM, les chauffeurs, les employés de bureaux, les pompiers et les policiers.»

Quant au projet de loi envisagé par le ministre du Travail visant à retirer aux syndiqués des transports en commun le droit de faire la grève, M. Benoit affirme que, lors de rencontres tenues en décembre dernier, le ministre leur aurait fait savoir qu'au printemps prochain cette loi deviendrait réalité. «Nous n'avons plus rien à perdre», a déclaré hier le président du syndicat.

Du côté de la STM, on tentait hier de demeurer optimiste en affirmant qu'il restait encore du temps avant la mise en application du droit de grève obtenu par le syndicat au mois de novembre dernier. Le conciliateur a convoqué les deux parties pour une nouvelle rencontre mardi, a fait valoir la porte-parole de la STM, Odile Paradis. «On avait fait un grand bout de chemin dans la négociation et on souhaite compléter le petit bout qui nous reste, a-t-elle dit. Le fait que le conciliateur nous convoque, ça va nous permettre de poursuivre les discussions. On demeure toujours confiants d'en arriver à une entente négociée.»

Les représentants syndicaux n'auront d'autre solution que de participer à la rencontre de mardi avec le conciliateur, mais pour Claude Benoit, la seule option envisagée consisterait à entériner l'entente que son syndicat prétend avoir conclue le 9 décembre dernier.

Lors d'un entretien téléphonique hier, le ministre du Travail a refusé de confirmer son intention de faire adopter une loi retirant le droit de grève aux syndiqués des transports en commun. «C'est un scénario qui a été abordé parmi d'autres, mais il n'y a rien d'arrêté», a-t-il indiqué.

David Whissel a entrepris des consultations avec les représentants des syndicats, des sociétés de transports et des usagers afin de «trouver un équilibre qui ferait en sorte que, sans enlever le droit de négocier des parties pour s'entendre», on tiendrait compte de la population et des impacts qu'entraînent des conflits de travail dans ce domaine. «On est toujours en pourparlers pour voir comment on pourrait faire évoluer notre Code du travail», a-t-il ajouté.

M. Whissel affirme qu'il ne veut pas agir de «façon précipitée» malgré la menace de grève brandie par le syndicat des chauffeurs. «Au printemps dernier, je suis intervenu [lors du débrayage des employés d'entretien de la STM] et la grève a été l'une des plus courtes de l'histoire récente en matière de transports en commun, a-t-il rappelé. On souhaite que les parties s'entendent.»

En entrevue à la radio de Radio-Canada hier après-midi, le maire Gérald Tremblay a pressé les syndiqués de poursuivre les négociations: «On ne doit pas prendre la population en otage. Le transport en commun est très important. Il faut prendre en considération l'offre raisonnable que nous avons faite en fonction de la capacité de payer des contribuables. Alors, je trouverais déplorable que le syndicat et ses employés utilisent des moyens de pression qui vont prendre nos citoyens en otages. Ce serait tout à fait inacceptable.»

Le maire a nié qu'une entente de principe soit intervenue le 9 décembre dernier entre les chauffeurs et la STM. Il a expliqué qu'à la suite d'une rencontre tenue le 10 décembre, en présence du président du comité exécutif, Frank Zampino, et de représentants de la STM et du service des finances, il a été conclu que les hypothèses de règlement soumises par le comité de négociation nécessitaient des «ajustements» afin de respecter le cadre financier imposé par la Ville aux syndiqués. «On a demandé immédiatement aux deux parties de retourner à la table de négociation, ce qui a été fait la journée même, mais, malheureusement, elles n'ont pas eu le temps de conclure cette entente avant la période des Fêtes.»

L'an dernier, les 2200 employés d'entretien avaient débrayé pendant quatre jours, mais ils avaient dû retourner au travail sous la menace d'une loi spéciale. Au cours des 40 dernières années, les transports en commun ont fait l'objet de 15 grèves. Le dernier débrayage des chauffeurs d'autobus et de métro remonte à 1987.


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