L'argent n'a pas d'odeur

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Reuters
Édition du jeudi 10 janvier 2008

Mots clés : mafia, ordures, Déchet, Crime organise, Italie (pays)

À Naples, la mafia transforme les ordures en or

Naples -- L'argent n'a pas d'odeur, affirmait l'empereur Vespasien, et de nos jours la mafia napolitaine va plus loin: elle transforme les ordures en or.

Des quartiers entiers de la grande ville du sud de l'Italie croulent sous les sacs poubelles depuis des semaines. Le ramassage des ordures été suspendu en raison de la saturation des décharges publiques de la région et les habitants de la Campanie s'interrogent sur les véritables causes de cette situation.

Embarrassé, le gouvernement de Rome a dépêché sur place l'ancien chef de la police nationale, Gianni De Gennaro, avec un mandat de quatre mois pour trouver une solution.

Erreurs de gestion, corruption et emprise de la mafia locale, la Camorra, sont les explications les plus souvent avancées.

«Avant 1994, la Camorra contrôlait tout le cycle d'élimination des déchets domestiques», rappelle Michele Buonomo, président du groupe écologiste Legambiente Campania.

Il y a 14 ans, le gouvernement, décrétant un véritable état d'urgence, a nommé un commissaire spécial chargé «de mettre de l'ordre dans les ordures» et d'assurer le fonctionnement normal du ramassage et de l'élimination des déchets, en l'arrachant à la mainmise de la mafia.

«La Camorra, ce qui l'intéresse surtout, c'est le contrôle des décharges», explique Buonomo. Selon lui, les mafieux utilisent ces décharges pour amasser non seulement les ordures ménagères, mais aussi des déchets industriels venant de toute la péninsule, au mépris de la législation et de la santé publique. Ces activités illégales seraient peut-être même proportionnellement plus lucratives que le trafic de drogue, dit-il.

Toujours présente

Le plan de 1994 visait à rétablir un contrôle public sur les décharges et à définir une stratégie cohérente d'élimination des déchets. Quatorze ans plus tard, après six commissaires spéciaux et deux milliards d'euros d'argent public dépensés, la Camorra est toujours là.

Les décharges officielles -- en nombre insuffisant -- ne sont plus sous son contrôle, mais elle a trouvé des moyens détournés pour poursuivre ses activités lucratives, qui lui rapporteraient encore six milliards d'euros par an, au plus grand mépris des règles environnementales.

La mafia reste active dans le transport des déchets et dans la gestion de décharges «sauvages» en pleine campagne, une source de pollution qui expliquerait le taux anormalement élevé de certains cancers dans la région.

Les familles de la Camorra ont également acheté des terrains à des prix sacrifiés, en menaçant les propriétaires, puis les ont revendus au prix fort aux compagnies officielles chargées du stockage des déchets, affirme Buonomo. Des déchets destinés à être brûlés dans un incinérateur géant... qui devait être inauguré fin 2007 mais pourrait ne pas voir le jour avant l'an prochain.

Reste que la mafia, si elle joue un rôle dans la situation actuelle, n'est pas la seule en cause. Magouilles politiques, économies de bouts de chandelle, laxisme dans la gestion sont aussi à blâmer.

État de siège

«Ce n'est pas la Camorra qui a créé cette situation d'urgence», affirme Roberto Saviano, auteur de Gomorrhe, un ouvrage de référence sur la mafia napolitaine. «Elle n'aime pas les situations d'urgence et elle n'en a vraiment pas besoin. Quoi qu'il arrive, elle veut faire de l'argent et continuer à en faire.»

Pour répondre aux besoins les plus urgents, les autorités ont prévu la réouverture d'une décharge fermée depuis 11 ans, à Pianura, un faubourg de l'ouest de la ville, afin d'y déposer les 110 000 tonnes de déchets amassées dans la région.

Mais les riverains de l'ancienne décharge de Pianura, hostiles à sa réouverture car inquiets pour leur santé, en bloquent les accès depuis samedi. Ils ont affronté à plusieurs reprises les forces de l'ordre, bloqué des routes et des voies ferrées.

Le quartier, qui est pratiquement bouclé, ressemble à une zone de guerre, avec des barrages gardés le jour par de paisibles habitants mais la nuit par des bandes de jeunes qui n'hésitent pas à attaquer les forces de l'ordre. Deux policiers ont été blessés mardi soir.

Hier, quelques camions ont été autorisés à entrer à Pianura pour livrer des produits de première nécessité aux magasins.

Les services du président du conseil, Romano Prodi, ont laissé entendre que le projet de réouverture de la décharge de Pianura pourrait être abandonné.

La décision finale reviendra à De Gennaro, qui est arrivé hier à Naples.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com