Musées: la gratuité paie
Mots clés : Musées, MBAM, gratuité, Culture, Musée, Montréal
L'affluence a doublé cet automne au MBAM
L'opération portes ouvertes lancée cet automne par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) pour donner accès gratuitement à l'ensemble de ses expositions a dépassé toutes les attentes, attirant près de 230 000 visiteurs.Alors que 103 000 personnes avaient franchi les portes du MBAM entre septembre 2006 et janvier 2007, c'est pas moins de 228 000 visiteurs qui se sont pressées rue Sherbrooke à la même période cette année pour admirer les expositions temporaires et la collection permanente du musée.
«On pensait rejoindre environ 170 000 visiteurs, alors 228 000, c'est excellent. Et en plus, on sait que ces visiteurs se sont intéressés autant aux expositions temporaires qu'à notre collection permanente», se réjouit Nathalie Bondil, la directrice générale du MBAM.
Et le bilan pourrait encore augmenter d'ici la fin de l'opération, le 27 janvier. La gratuité se poursuivra toutefois jusqu'au 24 février pour ce qui est de l'exposition Pour l'art: Îuvres de nos grands collectionneurs privés, une exposition orchestrée grâce à la générosité de plusieurs grands amateurs d'art de la métropole.
Tout au long de l'automne, les visiteurs ont donc pu admirer les trésors des Sulpiciens, les bronzes de Cartoceto, l'exposition E-art consacré à l'art numérique et aux nouvelles technologies et Pour l'art, sans débourser un sou.
Pour Nathalie Bondil, ce coup de pub automnal visait essentiellement à mettre en valeur la collection permanente et les nombreuses activités du musée, puisque les projecteurs sont souvent braqués sur les expositions temporaires. En effet, trop de Montréalais ignorent encore que l'accès à la collection permanente du musée et la plupart des activités sont gratuites en tout temps, et ce, depuis environ 15 ans.
«Les gens font encore mal la différence entre la collection et les expositions. Il fallait donc faire un effort pour rappeler que l'accès à notre collection, élaborée grâce aux dons et aux acquisitions, est toujours gratuite. En fait, cette collection appartient au public et il est normal qu'ils y aient librement accès», soutient Mme Bondil.
Même si le MBAM n'est pas un musée d'État, financé seulement à 50 % par les fonds publics, il est fort probable que l'opération portes ouvertes soit répétée, histoire d'intéresser un public encore plus large aux trésors que recèle le musée montréalais. Certaines expositions, qui entraînent beaucoup plus de frais, ne permettent toutefois pas au MBAM de penser à instaurer une politique de gratuité permanente, explique la directrice.
La gratuité se répand
Avec cette opération, le MBAM s'inspire d'une tendance lourde qui a cours dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni, et aux États-Unis pour libéraliser l'accès aux institutions muséales, surtout celles massivement financées par les impôts des contribuables.
Après d'intenses débats, le gouvernement britannique a généralisé en 2001 l'accès gratuit à tous les musées nationaux de Grande-Bretagne, dont la Tate Gallery et le British Museum. Cette politique a eu pour effet de faire bondir de 62 % en un an l'achalandage dans les musées britanniques.
Plusieurs grands musées américains, dont ceux de Washington, ouvrent aussi gratuitement leurs portes à tous les visiteurs, notamment pour accéder aux collections permanentes.
La France, jusqu'ici farouchement opposée à la gratuité, vient d'emboîter timidement le pas en annonçant, en octobre dernier, l'expérimentation d'une politique de gratuité partielle dans 18 musées et monuments nationaux de moyenne et grande envergure.
Devant la pression de plus en plus forte du public pour obtenir l'accès gratuit à ses musées, la ministre de la Culture, Christine Albanel, a légèrement fléchi et proposé l'expérimentation d'un projet-pilote qui s'étendra jusqu'en juin 2008. Après quoi, le gouvernement analysera l'impact de cette politique de gratuité sur l'affluence et les publics rejoints avant de l'étendre ou non à d'autres musées.
À Paris, l'accès gratuit aux grands musées ciblés demeure frileux, puisqu'il ne visera que les jeunes de 18 à 25 ans, une soirée par semaine. Ce n'est donc pas demain la veille qu'on pourra passer gratuitement la porte du Louvre, du Musée d'Orsay, du Quai Branly ou du Musée national d'art moderne (Centre Pompidou), véritables vaches à lait de l'État français.
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