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Stéphane Baillargeon
Édition du mardi 08 janvier 2008

Mots clés : photographe, patrimoine, Tito Dupret, Culture, Art, Belgique (Pays)

Le photoreporter Tito Dupret offre les merveilles du monde en panographies sur Internet

Québec fait partie de l'album de la grande famille du patrimoine mondial qu'a entrepris de réaliser le photoreporter Jean-Christophe Dupret, dit Tito.

Tintin et Tito. L'un est Belge et idéaliste, l'autre aussi. Les deux parcourent le monde pour le montrer tel qu'il est et dénoncer au passage quelques coquins. À terme, quand son propre périple planétaire sera achevé, le photoreporter pourra se vanter d'avoir constitué l'album complet de la grande famille du patrimoine mondial.

À Chartres, en France, il a monté son appareil au plus haut de la cathédrale, tout près de la flèche. Le point de vue de Dieu donne le vertige.

Dans la Vallée des Rois en Égypte, il a réalisé une trentaine de panoramas interactifs. Les zooms permettent de regarder les dieux peints dans les yeux, enfin dans leur oeil visible de profil.

Au Népal, Tito a croqué des moines en adoration respectueuse devant le pilier érigé par l'empereur indien Asoka pour commémorer la naissance de Siddharta Gautama, le Bouddha, il y a plus de 2600 ans. On sent presque l'encens qui brûle dans le panorama.

Des merveilles semblables, Jean-Christophe Dupret, dit Tito, en a documenté des dizaines et des dizaines sur son site unique au monde world-heritage-tour.org. Il se concentre sur les monuments et sites de la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO qui compte déjà 851 inscriptions. Chaque fois, il réalise un panographe, c'est-à-dire une image à 360 degrés dans laquelle l'internaute voyage comme à l'intérieur d'une bulle.

«Mon travail est celui d'un journaliste et d'un réalisateur multimédia: je me rends sur les sites, je me renseigne en route et, sur place, je panographie les lieux, j'assemble les images en postproduction et enfin je poste celles-ci sur mon site», résume M. Dupret, joint par courriel en Chine, où il habite depuis quelques années. Le globe-trotter est né à Bruxelles en 1970, dans une famille de colons possédant de grandes plantations au Congo, maintenant à feu et à sang. Diplômé de journalisme, avec une spécialisation en photo et en vidéo, il a commencé sa carrière comme photographe de concert, tous genres confondus, du classique au métal. Metallica mène à tout, même au Minaret de Jam.

«J'ai quitté la Belgique en juillet 2001 après avoir clôturé mes petites affaires de free lance. Amoureux de la Liste du patrimoine mondial depuis un documentaire réalisé en 1997 pour un architecte à Lalibela en Éthiopie et scandalisé par le vandalisme des talibans à Bamiyan en Afghanistan contre les Bouddhas géants, j'ai rassemblé mes petites compétences en Web, photo, vidéo et journalisme pour me lancer tout entier dans cette aventure dont je ne suis pas le maître mais l'ouvrier. [...] Lorsque je travaille, je pense en fait aux personnes qui n'ont aucune chance de venir sur place. À cause d'un handicap, d'un manque de budget, de responsabilités familiales, d'impossibilité d'avoir un passeport, d'isolement politique-religieux-racial-sexuel (des sites sont interdits aux femmes par exemple), du manque d'accès à l'information, etc.»

Comment ça marche?

La technique de la panographie demeure moins connue que celle de la photo aérienne popularisée par earth.google.com. Elle s'avère tout aussi impressionnante, avec ses prises à 360 degrés donnant vraiment l'impression d'y être en pivotant dans tous les sens, au sol comme au ciel. Pour produire cet effet, l'opérateur réalise une trentaine de prises de vue recollées ensuite pixel par pixel.

D'autres sites utilisent la technique, dont beaucoup recensés sur panorama.dk. On peut maintenant y voir une impressionnante série sur les fêtes de fin d'année dans les grandes villes du monde.

Le site whtour.org se démarque par son sujet et son ambition. Les différentes photos de la Grande Muraille de Chine résument l'intérêt pédagogique de l'entreprise documentaire. Les panoramas réalisés dans la zone de Huanghua montrent la reconstruction carte postale, la muraille géante pour touristes. À Yinchi, plus à l'est, une autoroute coupe le dragon de pierre en deux. Dans le désert de Gobi, les vestiges se laissent à peine deviner sous les ensablements.

La renommée et l'audace du fou du patrimoine lui permettent maintenant de s'insérer où d'autres n'osent pas ou ne peuvent tout simplement pas s'aventurer. Ses dix-huit panographies de la galerie de Seti 1er, autorisées par le ministère égyptien de la Culture, demeurent uniques au monde. Sur une des photos témoins de Macao, on voit un petit groupe de manifestants rappelant la répression de la place Tienanmen, une heureuse et hasardeuse rencontre. Mais, en général, le panophotographe travaille vite, sans autorisation spéciale.

«Je dis que je travaille sans peur parce que le voyage apprend cela. C'est important puisque la peur est une maladie très répandue sur la planète, car c'est le fonds de commerce de toutes les sortes de pouvoirs qui ferment des frontières sous ce prétexte. Or mon propos est exactement le contraire: rien au monde ne justifie que, de l'autre côté d'une ligne imaginaire, l'on soit une chose et pas l'autre. C'est donc aussi une des tâches que je m'assigne: en traversant toutes les frontières physiques des pays, et celles de toutes les peurs, je tente de prouver pas à pas -- ne fût-ce qu'à moi-même -- que ce monde n'est qu'un.»

Le Belge Tito a épousé la Chinoise Bijuan Chen qu'il a rencontrée après avoir échappé de justesse à la fièvre jaune et songé devenir moine. Les montagnes abruptes de la région de Dazu, avec leurs exceptionnelles sculptures rupestres, avaient agi très fortement sur le pèlerin en quête d'absolu de substitution. Maintenant, le couple travaille à quatre mains: Tito photographie et Bijuan, surnommée Juna, recompose les prises à l'ordinateur.

Encore vingt ans

Leur organisme sans but lucratif est financé en partie par le J. M. Kaplan Fund de New York. Le mécène américain a rajouté 60 000 $ en 2005, de quoi tenir encore quelques années, en vivant chichement. «Cela permet de voyager beaucoup moins brutalement mais toujours sans filet de sécurité, et il n'a pas été possible d'être rémunéré depuis six ans. C'est un problème que je dois régler. À ce propos, je cherche une organisation, idéalement une université, pour accueillir ce travail afin de le poursuivre de façon plus sereine.»

Un quart de la Liste du patrimoine mondiale est panographié, mais seulement 18 % en ligne. Dans quelques jours, à la mi-janvier, à raison d'un ajout ou deux par semaine, plus de 80 nouveaux dossiers apparaîtront en ligne: d'abord Petra en Jordanie, puis le Bauhaus de Tel-Aviv en Israël, puis Damas en Syrie, ensuite Jérusalem et ainsi de suite jusqu'à Zanzibar en Tanzanie à travers tout le Moyen-Orient et l'Afrique de l'Est.

Le couple Dupret-Chen compte documenter toute la région asiatique avant de s'attaquer à un autre coin du monde, peut-être l'Amérqiue du Sud, complètement à découvert pour l'instant. «Au rythme actuel, il faudra plus de 20 ans pour couvrir toute la Liste si les dieux des sous et de la santé le permettent. De plus, la Liste est augmentée de nouvelles inscriptions chaque année. Je me dis que ce qui est fait est fait, tant mieux pour ces sites-là et qu'à l'impossible nul n'est tenu.»

On ne se frotte pas impunément aux grandes beautés du monde. Pour Tito Dupret, chaque nouveau site constitue «une mine de bonheurs, d'apprentissage, de vertiges, de questions, d'espoirs et de désespoirs». Il raconte avec émotion sa première grande découverte patrimoniale, celle des onze églises monolithiques excavées à Lalibela en Éthiopie, à même la roche pour recréer une Jérusalem déjà difficilement accessible au XIIe siècle. «C'est tellement impressionnant et génial qu'on se dit à l'évidence que les rêves et les idéaux des hommes sont ce qu'ils ont de plus précieux, c'est leur salut sur cette terre.»

La destruction des Bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan, en 2001, a donné à ce Tintin mystique du patrimoine une autre raison de désespérer de ses semblables. «Lorsque les talibans ont dynamité les Bouddhas géants en 2001 -- et ils viennent de recommencer cette année-ci au nord-ouest du Pakistan --, j'étais sous le choc, exactement comme de perdre une personne proche. C'est aussi un héritage du voyage: on est beaucoup plus sensible et donc beaucoup plus concerné par toute chose. On laisse entrer en soi le monde avec ses joies et ses peines. Surtout ses maux, il faut bien l'avouer...»


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patimoine en stock - par Henri Soucie
Le mardi 08 janvier 2008 19:00

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