Alimentation - L'autruche perd des plumes
Mots clés : éleveurs, viandes exotiques, autruche, Consommateur, Alimentation, Québec (province)
Les ratites et les gibiers d'élevage ont moins d'attrait pour les consommateurs

Pour cette catégorie d'animaux, la débâcle n'épargne pas le Québec, où le nombre de fermes versées dans ce type d'élevage est passé de 177 à... 27 dans les dix dernières années. Actuellement, 1200 de ces oiseaux coureurs rentrent parfois la tête dans les terres agricoles d'ici. Contre 2800 en 1996. Et l'hémorragie n'est pas sur le point d'être arrêtée, croit Claude Fournier, secrétaire de la filière des grands gibiers, du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).
«Cette baisse va se poursuivre, a-t-il indiqué hier au Devoir, parce que ce secteur est très mal organisé. Dans l'ensemble, il n'arrive pas à rejoindre les consommateurs avec ses produits et peine d'ailleurs à rentrer dans les réseaux de grande distribution [que forment les chaînes d'épiceries] en raison des faibles volumes de production et du manque de promotion. C'est dommage, car le Québec est sur le point de perdre une incroyable expertise qu'il avait réussi à se construire dans ce domaine depuis quelques années.»
Les canards battent de l'aile
Au-delà des autruches et de ses cousins germains, les sangliers mais également les chevreuils d'élevage pâtissent également d'une baisse d'affection des consommateurs, indiquent les responsables fédéraux du chiffre. En dix ans, la taille des troupeaux s'est érodée respectivement de 45 % et 8 %. Idem pour les lapins, dont un quart a disparu au pays, ou pour les canards, dont le cheptel bat un peu de l'aile au Canada, avec une diminution de 14 % depuis 2001. Au Québec seulement, un quart de ces oiseaux ont disparu des fermes d'élevage pendant la même période de temps.
La perte de vitesse de ces viandes, généralement plus maigres que le boeuf ou le porc et donc fortement recommandées dans les régimes alimentaires de populations vieillissantes, peut paraître paradoxale. Mais elle n'étonne pas vraiment Raymonde Garant, présidente de la Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec (FEGGQ) qui voit là, finalement, les conséquences d'un manque de communication mais aussi d'un marché agroalimentaire qui ne joue pas en faveur de ce type de production.
«Nous sommes en concurrence avec des viandes largement subventionnées et dont le prix est, de ce fait, artificiellement tiré vers le bas, dit-elle. Or, dans les élevages de sangliers, de bisons ou d'autruches, nous n'avons pas d'aide financière du gouvernement. De plus, nos élevages sont de petite taille et, pour survivre, nous sommes obligés de vendre plus cher», ce que les consommateurs ne comprennent pas toujours, déplore-t-elle.
L'exception du bison
Étrangement, le bison, dont le prix est également élevé, ne semble pas trop souffrir de cette situation. En effet, les troupeaux canadiens sont parmi les rares, dans le domaine des gibiers d'élevage, à vivre au temps de la croissance, selon les données de Statistique Canada. Depuis 1996, le pays en compte en effet 330 % de plus, avec un total actuel de 196 000 têtes. Le Québec ne fait d'ailleurs pas exception à cette règle: le nombre de ces bovidés à bosse y a doublé en une décennie en passant de 2200 à 4300 entre 1996 et 2006. «Et ça pourrait aller encore mieux, si les épiciers arrêtaient de s'approvisionner en bisons de l'Ouest canadien, là où les coûts de production sont moins élevés qu'au Québec», dit Mme Garant qui espère que la récente campagne de promotion des aliments locaux, annoncée par le gouvernement Charest, mais aussi un projet en cours de certification des grands gibiers du Québec viendront, à court terme, renverser cette tendance.
Les défenseurs de la biodiversité pourraient d'ailleurs le souhaiter eux aussi. Dans l'ensemble, en effet, le portrait livré hier par Statistique Canada n'est pas pour les réjouir en annonçant, au final, avec ce recul des espèces qualifiées d'alternatives par les fonctionnaires, une diminution importante de la diversité agricole au Canada. Or, cette question préoccupe au plus haut point l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui, à plusieurs reprises l'an dernier, a sonné l'alarme en incitant ses États membres à «freiner l'érosion des animaux de ferme».
Depuis sept ans, en raison de l'industrialisation des pratiques agricoles et du manque de soutien d'espèces moins productives, une race d'animal domestique disparaît chaque mois de la surface du globe, estime la FAO. La situation est préoccupante, selon elle, puisque la diversité génétique, dans le secteur agricole comme ailleurs, permet aux environnements de mieux faire face aux changements et aux maladies.
Vos réactions
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Le goût? Une question de goût - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
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Et le goût, bordel ? - par Robert Mainville
Le mardi 08 janvier 2008 08:00

