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Que de préjugés on entretient!

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Dominique Garand (garand.dominique@videotron.ca)
Envoyé Le vendredi 04 janvier 2008 14:00



Lire l'article de Kathleen Lévesque et quelques réactions de lecteurs me donne envie de sacrer! Rassurez-vous, je n'en ferai rien et me contenterai d'expliquer un certain nombre de choses invisibles au regard extérieur. Je prendrai mon cas personnel en exemple, mais sachez qu'il peut s'appliquer grosso modo à chacun de mes collègues, du moins au département d'études littéraires où je travaille.
Savez-vous ce que j'ai fait principalement pendant ces vacances du temps des Fêtes? J'ai siroté une margarita sur une place du Sud? Non pas : j'ai corrigé des copies (et ce n'est pas fini...). Des examens, des travaux de fin de session (faisant de 12 à 30 pages). J'ai aussi lu et relu, crayon en main, des chapitres de mémoires que des étudiants dirigés par moi sont en train de terminer et qu'ils désirent déposer prochainement. J'ai commencé à préparer le cours que je donnerai à la session d'hiver, mais j'avoue que le temps m'a manqué et que je devrai, comme à l'habitude, pédaler la semaine prochaine pour fournir à mes étudiants un plan détaillé. Il faut dire que je dois donner une conférence d'une heure le 24 janvier sur un sujet assez difficile, et cela me préoccupe un peu : beaucoup de lectures à faire pour mettre cela au point. On m'a demandé en outre d'évaluer un article pour une revue et une demande de subvention déposée par un professeur d'une autre université.
Poursuivons. J'ai donné deux cours durant l'automne à des groupes totalisant 86 étudiants. J'ai aussi évalué trois mémoires de maîtrise et une thèse. Évaluer veut dire non seulement lire attentivement ces travaux, mais ensuite produire un rapport relevant leurs qualités et défauts. J'estime, pendant cette seule session, avoir lu au-delà de 2500 pages de travaux en tous genres, tout en préparant mes cours et, bien sûr, en les donnant. Parallèlement, j'ai écrit des articles pour des revues ou des livres collectifs. J'ai mis de côté l'écriture d'essais de longue haleine car cela m'est à peu près impossible si j'ai deux cours à donner. Seuls les dégrèvements nous donnent l'opportunité de nous enfoncer dans un projet d'écriture d'envergure. Or, vous savez fort bien ou devriez savoir que cet aspect de notre tâche est aussi évalué.
Je vous rappelerai seulement que notre tâche se divise en trois composantes. 1. L'enseignement, qui se décline en diverses activités : cours à donner, supervision de thèses, évaluation de thèses, préparation de matériel didactique, etc. 2. La recherche : production de livres et d'articles, supervision de groupes de recherche (nous formons ainsi de futurs chercheurs et procurons des emplois à nos étudiants), conférences, colloques, etc. 3. Les services à la collectivité : comités parfois légers, mais comportant souvent aussi des tâches très lourdes comme des directions de programme. Très sérieusement, pensez-vous qu'un professeur affecté à la direction d'un département comme le nôtre peut se permettre de donner 4 cours par année, en plus d'écrire des livres? Je réponds pour vous : c'est IMPOSSIBLE (sinon, burn out assuré au bout de deux ans).
Le travail de professeur présente de nets avantages que je ne saurais dénier. Par exemple, le fait de pouvoir gérer notre temps de façon très flexible (sauf dans le cas où on occupe un poste de direction). Mais cet avantage a aussi un revers : comme nous sommes toujours sollicités à droite et à gauche, nous n'avons jamais l'impression d'être vraiment en vacances. Cela fait bien huit ans que ma femme me demande d'être totalement disponible pour la famille pendant mon mois de vacances estivales et je n'ai jamais réussi à le faire (toujours un mémoire à évaluer ou un étudiant à diriger parce qu'il prévoit déposer au mois d'août, sans parler des cours de septembre à préparer, ou encore de la demande de subvention à fignoler, etc. etc.).
Bref, loin de moi l'idée de me plaindre de ma situation, mais j'estime que je suis en droit de me plaindre de la mauvais presse qu'on nous fait à partir de données fragmentaires, de la mauvaise foi de journalistes qui montent en épingle un aspect isolé de la réalité, ce qui a pour effet de discréditer injustement l'ensemble des professeurs.
Dominique Garand, prof. en études littéraires, UQAM

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