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La cause des génocides
Parmi les réalités contemporaines, aucune ne suscite autant d'horreur et de désapprobation que le génocide. Cet affrontement explosif, aussi violent qu'imprévu, répond à ce que sont, dans l'ordre des phénomènes physiques, les éruptions volcaniques, les raz de marée, les ouragans, etc. Ce ne sont pas bien sûr des phénomènes nouveaux, l'histoire attestent qu'ils sont immémoriaux et appartiennent à des cycles qui balaient les incohérences et rétablissent l'ordre lésé des choses.
Notre pratique et notre discours face à ces cataclysmes témoignent d'une incapacité à les comprendre, du refus même de descendre au fond des choses. Un discours vague, répétitif, dont le thème unique est une condamnation, une horreur suspecte à force d'être aveugle, et des opérations d'interposition qui empêchent l'expression de la violence sans en guérir la cause, ni instaurer un ordre nouveau. Le pourrissement d'une paix artificielle...
Parmi les exigences les plus profondes de l'existence humaine, il y a une nécessité de cohérence dont la nation constitue la forme la plus ancienne et la plus constante d'organisation. L'identité nationale corrige l'entropie des inclinations sauvages, tout comme la maladie de l'individualisme moderne qui est une autre forme de retour à l'informel. Les peuples ne sont pas faits pour vivre ensemble, mais chacun dans l'espace et la sphère que des processus complexes, mûris sur une longue durée, lui ont défini. Méconnaître ce fait nous ramène à un âge primitif, sauvage, même s'il semble se présenter sous un nouveau nom, la mondialisation.
Les génocides répondent à une accumulation de frustrations ethniques, de vivre ensemble forcé, de viol répété et insoluble de l'espace culturel vital. Les conditions créées par la mondialisation, même si elles apparaissent comme inédites, reproduisent en fait le règne de la force brutale, celui de l'argent absolu, et s'accompagnent d'une migration incontrôlée qui répètent les invasions des barbares qui ont fait crouler les grandes civilisations du passé. La promiscuité ethnique engendre une atmosphère à haute densité qu'une étincelle suffit à faire détoner.
On nous dira que nous ne risquons pas ici de telles tragédies. Nous le voulons bien, puisque le fédéralisme nous a doucement, insidieusement privés de notre identité la réduisant à un signe linguistique de plus en plus séparé de notre âme nationale, et celle-ci de plus en plus diluée, imprécise et perdue dans une mémoire vague qui confond anglais, français et immigrant de tous horizons. On nous jette des pelletées de fêtes aux yeux pour éteindre le cuisant souvenir de ce que nous aurions pu être, de ce que nous avions commencé à être il y a 400 ans. Baudelaire dirait : « C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie ».
Nous connaissons un châtiment plus grand que le génocide, celui d'une disparition à petit feu, interminable et consentie, une jubilation de la défaite et de l'avilissement politiques dont la Commission Bouchard-Taylor vient de nous donner la représentation implacable.
