Le fils Bhutto succède à sa mère

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Alexandre Shields
Édition du lundi 31 décembre 2007

Mots clés : Benazir Bhutto, Bilawal Zardari, Parti populaire du Pakistan, Pakistan (pays)

Les élections pakistanaises pourraient être reportées de trois mois

Pendant que les violences se poursuivent et pourraient même s'amplifier au Pakistan, des milliers de sympathisants de Benazir Bhutto se recueillent chaque jour au mausolée de la famille.

Photo: Agence France-Presse

Il n'a que 19 ans, soit six ans de moins que l'âge requis pour pouvoir se présenter aux élections législatives, mais Bilawal Zardari, le fils de feu Benazir Bhutto, a tout de même été catapulté à la présidence du Parti populaire du Pakistan hier. Le mari de la défunte, Asif Ali Zardari, a pour sa part hérité du titre de «coprésident» du principal mouvement d'opposition du pays. Des nominations qui surviennent alors que les doutes persistent sur la tenue du scrutin prévu le 8 janvier, mais aussi sur les circonstances du décès de l'ancienne première ministre.

Au terme d'une réunion à huis clos du comité central exécutif du Parti populaire du Pakistan (PPP), le jeune Bilawal Zardari a été désigné nouveau président du parti, devenant ainsi le troisième leader de la formation créée par son grand-père Zufilqar Ali Bhutto, exécuté en 1979. Il devra donc assumer le lourd héritage d'une dynastie politique marquée par la violence. Complètement novice en politique, il connaît mieux les rues commerçantes de Dubaï et de Londres, où il a grandi pendant les longues années d'exil de Benazir Bhutto, que le jeu compliqué de la politique pakistanaise.

Trois jours seulement après l'attentat ayant coûté la vie à Mme Bhutto, il s'est engagé à poursuivre le combat de sa mère en faveur de la démocratie. Pour le moment, il poursuivra toutefois ses études universitaires à l'Université d'Oxford. C'est son père, Asif Ali Zardari, désigné coprésident, qui assurera la direction effective de la formation politique.

«Bilawal ne tient pas beaucoup à entrer dans l'arène politique», a cependant souligné à l'Agence France-Presse l'ex-porte-parole de Mme Bhutto, Sherry Rehman, peu avant l'annonce d'hier. «La longue lutte du parti pour la démocratie se poursuivra avec une vigueur renouvelée», a néanmoins assuré Bilawal Zardari au cours d'une conférence de presse. «Bilawal! Continue! Nous sommes avec toi!», scandaient les militants présents. «Ma mère a toujours dit que la démocratie était la meilleure vengeance», a-t-il déclaré par la suite, avant que son père ne reprenne la parole qu'il ne lui a qu'exceptionnellement cédée.

Benazir Bhutto aurait pourtant voulu que ce soit son mari qui lui succède, selon ce qu'elle aurait indiqué dans son testament. Mais M. Zardari est perçu avec méfiance par nombre de Pakistanais. Ancien ministre de sa femme, il a passé huit ans en prison pour corruption et est surnommé «Monsieur 10%» en raison de son amour des pots-de-vin. Il a donc désigné son fils Bilawal comme président officiel du parti, afin que le sang des Bhutto continue à diriger le mouvement. Asif Ali Zardari l'a même rebaptisé «Bilawal Bhutto Zardari».

Dans les rares entrevues qu'il a données, Bilawal a fait preuve de conscience politique et a dit combien il trouvait injuste la façon dont sa mère et son père ont été traités par l'armée pakistanaise et par le principal adversaire de Benazir Bhutto, Nawaz Sharif. À l'âge de 16 ans, il déclarait en 2004 à l'agence Press Trust of India que la justice et la démocratie étaient la clé pour résoudre tous les problèmes du pays. Fils unique de Benazir Bhutto, il est né en septembre 1988, un mois avant que sa mère ne remporte les élections générales, sous le régime du dictateur Zia-ul-Haq, pour devenir la première femme première ministre d'un pays musulman.

Fait à noter, le jeune homme n'a parlé qu'en anglais hier, posant la question de sa maîtrise de la langue nationale. Sa mère aussi, élevée à l'étranger, avait du mal avec l'ourdou au début de sa carrière politique.

Maintien des élections

À moins de dix jours de la date prévue pour les élections législatives, le nouveau coprésident du PPP, Asif Ali Zardari, a aussi annoncé hier que sa formation participerait au scrutin. «Malgré cette situation si dangereuse, nous irons aux élections, en accord avec ce qu'elle [Mme Bhutto] voulait et ce qu'elle pensait», a fait valoir le veuf de 54 ans. Il a du même coup exhorté l'ex-premier ministre pakistanais Nawaz Sharif à la tête du second parti de l'opposition, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz, à faire de même. Semblant répondre à cet appel, le parti de M. Sharif a peu après fait savoir qu'il prendrait également part au scrutin, alors qu'il soutenait depuis jeudi soir qu'il le boycotterait.

Même si le PPP a refusé par avance tout report du scrutin, la tenue de ces élections demeure cependant incertaine. La Commission électorale et le principal parti qui soutient le président Pervez Moucharraf ont laissé entendre depuis deux jours que le scrutin serait probablement reporté. La Ligue musulmane du Pakistan-Qaïd, pilier de la coalition soutenant le chef de l'État, a même annoncé avoir «suspendu sa campagne en raison de la situation qui prévaut» depuis la mort de Mme Bhutto. «Un report de 10 à 12 semaines» des législatives «est une option réaliste», a ajouté Tariq Azim, ancien ministre et porte-parole du mouvement.

La décision revient en théorie à la Commission électorale, qui doit se réunir d'urgence aujourd'hui à Islamabad, et qui avait d'ores et déjà annoncé samedi que le processus électoral était «défavorablement affecté» par la mort de Mme Bhutto et les violences et émeutes qui ont paralysé ce pays de 160 millions d'habitants, doté de l'arme nucléaire.

Depuis l'assassinat de l'ex-première ministre et chef de file de l'opposition, au moins 47 personnes ont péri un peu partout au Pakistan. Hier, les rues de Karachi, théâtre des pires violences, étaient cependant globalement calmes (voir texte en page B 2). Dans la province du Pendjab, dans le centre du pays, deux hommes transportant des engins explosifs ont été tués par leurs bombes qui ont explosé prématurément alors qu'ils s'apprêtaient apparemment à commettre un attentat suicide. L'explosion a eu lieu non loin d'une maison où se trouvait samedi un ancien ministre des Affaires religieuses du gouvernement du président Moucharraf, a affirmé la police.

Les violences pourraient se poursuivre et même s'amplifier au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. «L'année 2007 s'est soldée par un cadavre d'exception. Pour 2008, le monde devra attacher sa ceinture. L'année s'ouvre sur la peur de voir le pouvoir pakistanais péricliter et le pays être entraîné dans un scénario à l'afghane ou à l'irakienne», prédisait en fin de semaine Al Hayat, le journal de référence de la diaspora arabe.

Circonstances nébuleuses

La diffusion d'images des derniers instants de Benazir Bhutto a par ailleurs continué d'alimenter la polémique sur les circonstances exactes de sa mort. Une bande vidéo présentée par la télévision pakistanaise hier tend à démontrer que l'attentat aurait été perpétré par deux attaquants, au lieu d'un seul. Ainsi, un homme aurait fait feu sur Mme Bhutto, avant que l'autre ne déclenche la charge explosive qu'il portait. De plus, l'ancienne première ministre se trouvait semble-t-il à l'intérieur de son véhicule au moment de l'attaque, et non pas debout, saluant ses partisans à travers le toit ouvrant.

Si le gouvernement affirme sans retenue qu'elle a succombé à une fracture du crâne causée par l'explosion, plusieurs des proches de l'opposante disent qu'elle a été atteinte d'une balle à la tête. Les militants du PPP n'hésitent pas à qualifier M. Moucharraf d'«assassin», à l'accuser d'avoir «tué» leur dirigeante, au mieux en négligeant sa sécurité, au pire en orchestrant son meurtre.

Le parti a d'ailleurs mis en place une commission pour demander que les Nations unies exigent d'Islamabad une enquête indépendante sur l'assassinat. Le premier ministre britannique Gordon Brown et le président pakistanais Pervez Moucharraf ont pour leur part évoqué hier au téléphone la possibilité d'une coopération internationale dans l'enquête sur l'assassinat, a annoncé Downing Street.

Dès le lendemain de l'attentat de jeudi dernier, Islamabad a été prompt à désigner le réseau d'Oussama ben Laden comme étant le commanditaire de l'assassinat, par l'intermédiaire du chef présumé d'al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud, un chef de tribu du nord-ouest. Celui-ci a immédiatement apporté un démenti par la voix de son porte-parole.


Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC et Reuters


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Étranges moeurs politiques - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 01 janvier 2008 17:00

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